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Le temps de la continuité

Par Sanae El Amrani


Chaque génération construit sa mémoire sportive autour de quelques dates qui traversent le temps. Pour les Marocains, elles ont longtemps été peu nombreuses. La première participation à une Coupe du monde en 1970, le sacre continental de 1976, l’exploit de 1986, lorsque le Maroc est devenu la première nation africaine et arabe à atteindre les huitièmes de finale d’un Mondial. Pendant plusieurs décennies, ces références ont façonné l’histoire du football national, séparées par de longues périodes où les performances internationales restaient plus irrégulières que durables.

Depuis quatre ans, cette chronologie s’écrit à un autre rythme. La demi-finale historique de la Coupe du monde 2022 a ouvert une nouvelle séquence. Le quart de finale disputé aujourd’hui face à la France s’inscrit dans cette continuité. Pour la première fois, les grandes performances du football marocain ne sont plus perçues comme des épisodes isolés, mais comme les étapes successives d’un projet sportif qui s’installe dans la durée.

Cette évolution transforme également la mémoire des plus jeunes. Une nouvelle génération de supporters a grandi avec les arrêts décisifs de Yassine Bounou, les accélérations d’Achraf Hakimi, la victoire face à l’Espagne aux tirs au but, le succès contre le Portugal et les grandes affiches qui ont suivi. Pour ces jeunes Marocains, les références ne se limitent plus aux récits transmis par leurs aînés. Elles se construisent sous leurs yeux, au fil de compétitions où les Lions de l’Atlas occupent désormais une place parmi les équipes attendues dans les derniers tours.

Ce changement apparaît également dans le regard porté par le football mondial sur la sélection marocaine. Pendant longtemps, les analyses internationales présentaient le Maroc comme une équipe capable de créer la surprise. Aujourd’hui, les commentaires portent sur son organisation, la qualité de sa formation, l’expérience de ses internationaux, la stabilité de son projet et sa capacité à rivaliser avec les meilleures sélections. Cette évolution du discours est révélatrice. Elle traduit une reconnaissance acquise sur le terrain et consolidée par la régularité des performances.

Le plus intéressant est sans doute ailleurs. Les débats qui entourent aujourd’hui les Lions de l’Atlas ressemblent de plus en plus à ceux que connaissent les grandes nations du football. Les discussions portent sur les choix du sélectionneur, les équilibres tactiques, la gestion des temps forts ou l’apport de chaque joueur. Cette exigence nouvelle accompagne naturellement l’installation du Maroc dans une catégorie où la performance est attendue, analysée et comparée aux meilleurs standards internationaux.

Le résultat du quart de finale face à la France trouvera sa place dans l’histoire de cette Coupe du monde. L’évolution la plus importante est déjà engagée. Le football marocain a cessé d’attendre un rendez-vous historique tous les vingt ou trente ans. Il construit progressivement une continuité sportive qui renouvelle sa mémoire collective, renforce sa crédibilité internationale et installe l’ambition parmi les repères durables du sport national. C’est probablement cette continuité qui constitue aujourd’hui sa plus grande réussite.


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