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Le Sénégal récupère sa souveraineté militaire : la France ferme sa dernière base en Afrique de l’Ouest

Par Fayçal El Amrani


Le Sénégal a officiellement repris le contrôle du camp militaire français Geille, situé à Dakar, ainsi que de la base aérienne attenante à l’aéroport international. Cette restitution marque la fin définitive de la présence militaire permanente de la France non seulement au Sénégal, mais également en Afrique de l’Ouest et, plus largement, en Afrique centrale. Un tournant historique, près de 65 ans après les indépendances africaines, et plusieurs siècles après le début de la présence militaire coloniale française sur le continent.

Implanté sur cinq hectares, le camp Geille abritait le commandement des Éléments Français au Sénégal (EFS) ainsi qu’une unité de coopération régionale. Au fil des décennies, ce site est devenu l’épicentre de l’influence militaire française à Dakar. Bien qu’il ait été envisagé un temps d’en faire un centre d’entraînement conjoint, cette hypothèse n’a jamais été concrétisée.

La cérémonie de transfert, sobre mais chargée de symbolisme, s’est déroulée en présence du général Mbaye Cissé, chef d’état-major des armées sénégalaises, et du général Pascal Ianni, commandant des forces françaises pour l’Afrique. Ce dernier a entériné la dissolution officielle des EFS, une unité composée d’environ 350 soldats, dont la mission consistait principalement à soutenir les forces sénégalaises en matière de formation et de coopération technique.

Une sortie progressive, amorcée depuis 2011

Contrairement aux retraits plus abrupts survenus dans d’autres pays africains, la fin de la présence française au Sénégal résulte d’un processus graduel et concerté, amorcé en 2011 avec le remplacement des Forces françaises du Cap-Vert (FFCV) par les EFS. Ce changement s’était accompagné d’un glissement progressif des responsabilités vers les autorités sénégalaises. En 2012, un nouveau traité bilatéral avait établi un cadre de coopération reposant sur le respect de la souveraineté nationale, plaçant l’ensemble des missions de défense sous commandement sénégalais.

Le calendrier de restitution des installations, validé par une commission mixte franco-sénégalaise, avait débuté le 7 mars 2025. Quatre des six sites militaires avaient déjà été remis au cours des derniers mois. La cérémonie de ce jeudi clôt ainsi ce processus avec la restitution des deux derniers : Geille et la base aérienne adjacente.

Cette évolution s’inscrit dans une dynamique plus large de retrait stratégique de la France en Afrique. Depuis 2022, Paris a successivement fermé ses bases au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Tchad et au Gabon. Si certaines expulsions ont été imposées par les autorités locales, d’autres ont été négociées dans un climat plus apaisé. À ce jour, la présence militaire française sur le continent est désormais limitée à Djibouti, où environ 1 500 soldats sont stationnés, et à un centre de formation partagé au Gabon, dont l’avenir reste incertain.

Le nouveau cap souverainiste du Sénégal

Ce retrait intervient dans un contexte politique renouvelé au Sénégal, marqué par l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye et du Premier ministre Ousmane Sonko, tous deux figures du parti panafricain PASTEF. Élus en avril 2024 avec un programme axé sur la souveraineté nationale et l’émancipation vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale, les nouveaux dirigeants sénégalais avaient clairement affiché leur volonté de mettre fin à la présence militaire étrangère sur leur sol d’ici 2025.

En novembre 2024, le président Faye déclarait :

« Le Sénégal est un pays indépendant, un pays souverain, et la souveraineté ne peut coexister avec la présence de bases militaires étrangères. »

Cependant, malgré la fermeté du discours, les autorités sénégalaises ont précisé que cette décision ne visait pas une rupture avec la France, mais plutôt une transformation vers un partenariat repensé, fondé sur le respect mutuel et une coopération entre égaux. La fin de la présence militaire française ne signifie donc pas la fin de la coopération bilatérale. Celle-ci se poursuivra désormais dans le cadre de mécanismes civils, éducatifs ou techniques, au service des intérêts communs.

Avec la fermeture du camp Geille, c’est une page d’histoire militaire, politique et symbolique qui se tourne. La France, qui a longtemps joué un rôle central dans les affaires de sécurité en Afrique de l’Ouest, voit ainsi se refermer l’un des derniers chapitres de sa présence physique sur le continent.

Pour Dakar, il s’agit d’un pas supplémentaire vers l’autonomie stratégique, inscrit dans une vision panafricaine portée par les nouvelles élites politiques du pays. Pour l’Afrique de l’Ouest, c’est peut-être le signal d’un rééquilibrage durable des rapports avec les anciennes puissances coloniales, dans un contexte géopolitique de plus en plus multipolaire.


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