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Le rideau se lève sur la CAN 2025 : L’enjeu d’une nation, prélude d’une ambition planétaire

Le Maroc ouvre son tournoi continental CAN 2025, test majeur de sa crédibilité internationale. Le coup d’envoi de la Coupe d'Afrique des Nations est donné le 21 décembre au Complexe Sportif Prince Moulay Abdellah, avec le match Maroc - Comores. L'organisation, perçue comme un prélude stratégique au Mondial 2030, marque l'histoire de la compétition en déployant 24 camps de base officiels pour les sélections participantes.

Par Mohammed Taoufiq Bennani


Le 21 décembre 2025, au Complexe Sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat, lorsque le Maroc affrontera les Comores pour le match inaugural, le coup d’envoi de la Coupe d’Afrique des nations sera, en réalité, bien plus qu’une simple joute footballistique. C’est un véritable théâtre d’opérations stratégiques qui s’ouvre, une séquence décisive où le Royaume entend déployer son expertise organisationnelle et affirmer, avec une clarté nouvelle, son rôle de puissance continentale. Ce tournoi, qui se déroulera jusqu’au 18 janvier 2026, est une vitrine minutieusement polie, conçue non seulement pour capter l’attention de l’Afrique, mais aussi celle du monde entier. À quelques jours de l’ouverture officielle, marquée par une cérémonie prévue à 18h30, et alors que plus de 700 000 billets ont déjà trouvé preneurs auprès de spectateurs de 113 nationalités, les observateurs internationaux s’accordent que cette CAN s’inscrit dans une logique stratégique plus large, utilisant le sport comme un levier de projection fondamental.

 

Le sport comme pilier d’une diplomatie renouvelée

La décision d’accueillir la Coupe d’Afrique des nations 2025 ne procède ni de l’opportunité ni du hasard, mais elle relève d’une approche calculée, où les États investissent le football comme un instrument à part entière de leur politique étrangère et de leur stratégie d’influence. Le Maroc, déjà positionné parmi «les sélections les plus fortes d’Afrique et du monde arabe» depuis sa performance historique à la Coupe du monde 2022, consolide ainsi une légitimité sportive qui nourrit sa réputation nationale. En effet, comme le souligne James M. Dorsey, figure éminente de l’analyse géopolitique du sport, la diplomatie ne se joue plus exclusivement dans les chancelleries feutrées, mais se construit désormais dans l’espace public, notamment par la capacité des États à organiser des événements de cette envergure. En accueillant le tournoi continental, le Royaume agit manifestement comme une «puissance régionale» qui construit méthodiquement son influence en Afrique et en Méditerranée. Le sport est devenu un «levier central de cette dynamique» d’influence, qui intègre par ailleurs la diplomatie religieuse, la coopération sécuritaire et la présence économique en Afrique. Par conséquent, cette CAN est une démonstration tangible de capacité d’organiser, de sécuriser et de gérer des flux humains et médiatiques selon des standards élevés.

 

L’examen de passage pour le grand rendez-vous de 2030

Au-delà du prestige immédiat, cette Coupe d’Afrique des nations est unanimement perçue par les experts comme un jalon structurant et une «répétition générale» sur la route menant à la Coupe du monde 2030, que le Maroc co-organisera avec l’Espagne et le Portugal. Simon Chadwick, professeur de sport et de géopolitique économique à SKEMA Business School à Paris, est catégorique, affirmant que «La CAN est du travail préparatoire. Le vrai moment de bascule sera le Mondial 2030». L’organisation actuelle est ainsi un test, un signal, qui permet au pays d’affiner son récit et d’exposer sa méthode. La réussite logistique est capitale, car «l’expérience vécue façonne les perceptions». Si le tournoi paraît «bien organisé, agréable et fluide», il deviendra, métaphoriquement, un «point d’engagement pour 2030». Ce pari organisationnel est d’autant plus audacieux que le Maroc a mobilisé des infrastructures de pointe, notamment en déployant pour la première fois dans l’histoire de la compétition 24 camps de base officiels, chacun comprenant un site d’hébergement et un centre d’entraînement dédiés pour les équipes. Ces installations, réparties à travers le Royaume dans six villes hôtes, témoignent de la volonté conjointe du Maroc et de la CAF «d’élever les standards de la compétition». Néanmoins, l’enjeu de la préparation est immense, tandis qu’«une CAN réussie sera vue en Afrique», «une Coupe du monde ratée serait vue dans le monde entier».

 

La naissance d’un écosystème sportif continental

L’ambition marocaine transcende le simple calendrier des matchs, se projetant vers la construction du premier véritable écosystème sportif de grande ampleur en Afrique. Cet effort massif, soutenu par la vision Royale qui fait du football «un levier de réussite et de développement humain durable», s’est traduit par des investissements colossaux. Le budget directement lié à l’organisation est évalué à environ 2,2 milliards de dirhams, mais l’effort public global dépasse les 12 milliards de dirhams si l’on inclut les conventions de financement pour la rénovation des six grands stades aux normes CAF et la construction du Grand Stade de Benslimane. Cependant, l’investissement n’est pas uniquement matériel. Le professeur Simon Chadwick observe que la stratégie sportive est intimement liée à la «stratégie numérique» du pays, cherchant à encourager les startups et à développer un avantage compétitif dans le sport et le gaming. Ce projet vise à positionner le Maroc comme un hub continental pour les industries numériques liées au sport. Ce modèle économique intégré est envisagé comme un moteur de retombées économiques considérables, incluant la création d’emplois, l’augmentation du PIB national et l’attraction d’investissements étrangers.

 

L’impératif du récit face aux fractures sociales

Alors que le Maroc se prépare à accueillir des centaines de milliers de visiteurs, l’un des défis majeurs réside dans la maîtrise du «récit international». Le chercheur Simon Chadwick met en garde : «Si le Maroc ne raconte pas son histoire, d’autres le feront à sa place, et pas forcément dans le bon sens». L’image du pays dépendra autant de la gestion logistique du tournoi que de sa capacité à adresser ses propres défis internes. C’est là que se manifeste une antithèse sociale critique : «J’ai passé beaucoup de temps au Maroc récemment. Je sens un pays divisé. Les fractures économiques sont visibles», avertit M. Chadwick. Il expose la réalité brutale selon laquelle, «pendant que le Maroc construit le plus grand stade du monde, des milliers de personnes vivent encore sous des bâches dans l’Atlas». Ce contraste saisissant risque d’attirer l’attention des médias internationaux. Par conséquent, pour assurer un succès qui résonne au-delà du terrain, le Maroc doit impérativement prouver que le sport contribue réellement à la réduction des inégalités, en mettant en œuvre une stratégie de «legacy sociale ambitieuse» qui produise des résultats «mesurables, concrets, visibles».

 

La CAN 2025 s’ouvre donc non comme une apothéose, mais comme un commencement, offrant au Maroc une occasion historique d’affirmer sa crédibilité internationale et de consolider son attractivité. Le succès immatériel qu’on appelle le soft power, l’image ou bien la crédibilité, constitue le véritable rendement de cet événement, dépassant les retombées économiques projetées de plus de 500 millions d’euros. Cependant, l’héritage durable de ce modèle ne sera pas mesuré uniquement par la qualité des infrastructures modernisées ou par la performance sur le terrain. Le vrai test du temps résidera dans la capacité du Royaume à convertir l’éclat éphémère de la compétition en un développement humain et social inébranlable. Le Maroc réussira-t-il à opérer cette transmutation alchimique, faisant du football non seulement un levier d’influence, mais aussi un catalyseur de cohésion sociale avant l’échéance capitale de 2030 ?


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