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Le PPE s’acharne sur le Sahara : un baroud d’honneur politique déguisé en croisade commerciale

Le Parti populaire européen veut revoir l'accord Maroc-UE pour en exclure les produits sahariens. Un geste lourd de symboles, mais vide de sens économique

Par Fayçal El Amrani


Le Parlement européen, encore une fois, transforme un dossier commercial en champ de bataille idéologique. Cette fois, c’est le Parti populaire européen (PPE) qui monte au créneau. Son objectif ? Exclure les produits originaires du Sahara marocain de l’accord commercial entre l’Union européenne et le Maroc. En clair : remettre en cause un partenariat stratégique vieux de deux décennies, au nom d’une lecture politique douteuse du droit.

Une croisade fruitière sous faux drapeau juridique

Devant la commission des pétitions, l’eurodéputée espagnole Carmen Crespo s’est lancée dans un plaidoyer dramatique. Elle accuse les importations marocaines, notamment de tomates, d’étrangler les producteurs andalous. Elle réclame des quotas douaniers, des mécanismes de réciprocité et surtout, l’exclusion de tout produit issu du Sahara – en invoquant l’arrêt de la CJUE d’octobre 2024.

Mais derrière cette posture juridique, le fond est ailleurs : le PPE instrumentalise la question saharienne pour masquer les échecs agricoles d’une Europe à bout de souffle. Car les tomates marocaines, qu’elles viennent de Dakhla ou d’Agadir, ne font pas baisser les prix européens : elles répondent à une demande que les producteurs européens ne peuvent plus satisfaire, en quantité ni en saison.

Selon Crespo, les exportations marocaines auraient bondi de 18 % en un an. Pourtant, cette dynamique commerciale respecte scrupuleusement les règles fixées par l’accord d’association UE-Maroc, régulièrement validé par les institutions européennes elles-mêmes.

Quant à l’argument juridique ? Il ignore la réalité du terrain : les populations sahariennes marocaines participent pleinement à l’économie nationale. Elles bénéficient des retombées agricoles, des infrastructures d’exportation, et des standards de qualité imposés aux opérateurs. Par ailleurs, l’interprétation « restrictive » de l’arrêt de la CJUE reste contestée, incomplète et en cours de débat politique.

En vérité, le cri d’alarme du PPE cache une autre réalité : l’échec de la politique agricole européenne (PAC), qui asphyxie les petits producteurs tout en laissant les marchés exposés à la volatilité. Plutôt que d’accuser le Maroc, les eurodéputés pourraient s’interroger sur les chaînes de distribution, les marges de la grande distribution, et la précarité des saisonniers européens.

Faire du Sahara un otage politique dans cette guerre commerciale n’est ni juste, ni lucide. Le Maroc, lui, reste attaché à un partenariat solide avec l’Europe, dans le respect du droit, mais aussi de la confiance mutuelle. Remettre cet équilibre en question serait un signal catastrophique pour toute la Méditerranée.

Et si l’Europe regardait enfin au sud avec lucidité?

Le Sahara marocain n’est pas une zone grise. C’est un territoire dynamique, intégré à une économie moderne qui nourrit, emploie et exporte. Vouloir en exclure les fruits, c’est nier la réalité économique, pénaliser les consommateurs européens… et surtout, s’enfermer dans la logique du rejet.


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