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Le Polisario sera-t-il bientôt désigné comme organisation terroriste par les États-Unis ?

Une proposition de loi américaine secoue la scène internationale en visant les liens du Front Polisario avec l’Iran et le Hezbollah.

Par Fayçal El Amrani


Une onde de choc traverse les milieux diplomatiques depuis que le Congrès américain a dévoilé une proposition de loi visant à désigner le Front Polisario comme « organisation terroriste étrangère ». À l’origine de cette initiative, le représentant républicain Joe Wilson, figure connue pour ses positions fermes en matière de sécurité, entend faire la lumière sur des connexions entre le mouvement séparatiste sahraoui et des réseaux terroristes internationaux, le Hezbollah  et les Gardiens de la révolution iraniens.

Le texte, intitulé sobrement « Loi sur la désignation terroriste du Front Polisario », s’appuie sur une série d’éléments présentés comme des faits : des formations militaires dispensées par des agents du Hezbollah dans les camps de Tindouf, des images d’armement de facture iranienne, des déclarations publiques de responsables sahraouis vantant leur capacité à manier des drones, et des participations à des événements avec des mouvements classés terroristes par les États-Unis.

Pour le Maroc, cette initiative représente une percée symbolique majeure, passant d’un soutien à son plan d’autonomie à une qualification du Polisario comme menace sécuritaire

Cette initiative législative ne tombe pas du ciel. Elle intervient dans un contexte géopolitique sous haute tension, marqué par un durcissement de la posture américaine face à l’Iran, l’un des principaux soutiens allégués du Polisario. La proposition de loi entend lier l’idéologie séparatiste du Polisario à ce que Washington considère comme l’« arc de l’instabilité » allant de Téhéran à Beyrouth, en passant par la Syrie.

En évoquant des entraînements militaires, la fourniture de drones armés et la présence d’éléments du Hezbollah en Algérie, les auteurs du texte tracent une cartographie précise de ce qu’ils qualifient d’« infiltration terroriste dans les territoires de non-droit du Sahel et du Sahara ».

Pour nous, les marocains, cette initiative confirme ce que Rabat dénonce depuis des années : l’ambiguïté du projet séparatiste et sa porosité aux influences régionales les plus déstabilisatrices. Les propos du soi-disant « ministre de l’Intérieur » du Polisario, Omar Mansour, qui vantait les formations en drones de ses combattants, sont désormais repris comme preuves à charge dans le rapport du Congrès.

Du point de vue marocain, cette proposition représente une percée symbolique majeure. Pour la première fois, un texte législatif américain ne se limite pas à exprimer un soutien au plan d’autonomie présenté par le Maroc en 2007, mais franchit un seuil : considérer le Polisario comme une menace sécuritaire.

Cette évolution n’est pas anodine. Elle reflète l’intense travail diplomatique de fond mené par le Royaume, notamment auprès de certains cercles influents du Congrès, mais aussi l’évolution du regard porté par les chancelleries occidentales sur la nature réelle du conflit du Sahara. Dans une région frappée par la prolifération des groupes armés non-étatiques, l’ambiguïté n’a plus sa place.

Le texte du Congrès n’est pas encore loi. Il devra franchir les étapes procédurales habituelles — adoption par la Chambre des représentants, le Sénat, puis signature présidentielle — mais son contenu révèle déjà un basculement. Non seulement il appelle à des sanctions financières contre les dirigeants du Polisario et leurs soutiens, mais il conditionne aussi toute levée de ces mesures à une adhésion claire au plan d’autonomie marocain. Une manière de dire que l’alternative est simple : l’intégration régionale et la paix sous souveraineté marocaine.

Le texte conditionne toute levée de sanctions à l’adhésion au plan d’autonomie marocain, reflétant un basculement géopolitique vers le réalisme et la stabilité régionale

Dans un contexte où les États-Unis cherchent à redéfinir leur présence au Sahel et à contenir l’expansion de l’influence iranienne, cette proposition s’inscrit dans une logique de clarification géopolitique. Et le Maroc, en tant qu’allié stratégique fiable, modéré et pivot africain, y trouve une confirmation de sa crédibilité.

Bien entendu, la désignation d’une organisation comme terroriste ne se fait pas sans résistance. Déjà, des voix en Europe — notamment dans certaines mouvances tiers-mondistes ou nostalgiques d’un romantisme révolutionnaire — expriment leur inquiétude. Mais la tendance globale, elle, penche en faveur du réalisme et de la stabilité.

Car au-delà des considérations partisanes, cette initiative souligne une évidence : le conflit du Sahara n’est plus perçu uniquement comme un différend post-colonial, mais comme une source potentielle d’instabilité régionale. Et dans ce nouveau paradigme, le Maroc apparaît non pas comme un simple acteur , mais comme le pôle de l’ordre, du développement et de lutte contre l’extrémisme.

En désignant le Polisario comme organisation terroriste, les États-Unis pourraient inaugurer une ère nouvelle dans le traitement international de ce dossier. Une ère où les ambiguïtés idéologiques cèdent la place à la responsabilité politique, où le dialogue n’est plus possible que sur la base du plan d’autonomie, reconnu comme « sérieux et crédible » par l’ensemble des grandes puissances.


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