Le Polisario, nouveau cheval de Troie de l’Iran
Par Yassine Andaloussi
Le conflit du Sahara demeure l’un des dossiers les plus sensibles de la géopolitique nord africaine, et depuis quelques années, un acteur extérieur y prend une place de plus en plus remarquée; l’Iran et son fameux « Axe de la Résistance », qui regroupe le Hezbollah, les Houthis et d’autres milices chiites au Moyen-Orient. Le Front Polisario, semble désormais s’inscrire dans cette galaxie d’alliances, ce qui rebat les cartes du conflit.
Selon plusieurs sources, dont un rapport du Washington Post en avril 2025 » Syria seeks to sever last Iran-linked networks for smuggling…« , l’Iran aurait pris en charge la formation de combattants du Polisario avant de les envoyer en Syrie pour défendre le régime de Bachar al-Assad. Plusieurs centaines de ces hommes auraient participé aux combats et nombre d’entre eux seraient encore détenus dans les geôles syriennes. Ce fait vient confirmer les accusations lancées par le Maroc depuis des années, Rabat affirme en effet que le Hezbollah libanais, bras armé de Téhéran, apporte un soutien logistique et militaire direct au Polisario. Ces accusations avaient d’ailleurs conduit le Maroc à rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran en 2018.

Au-delà de la formation, des livraisons d’armes sophistiquées auraient également eu lieu. Des analyses relayées par la Foundation for Defense of Democracies (FDD) mentionnent le transfert de missiles sol-air de type SAM-9, SAM-11 et Strela au profit du Polisario, via l’Algérie. Plus récemment encore, des rapports parlementaires américains ont évoqué l’utilisation par le Polisario de drones iraniens. Ce type d’armement, s’il est confirmé, représente un saut qualitatif dangereux pour l’équilibre régional, car il confère aux séparatistes une puissance de feu dans un territoire fragile et déjà exposé aux trafics et aux menaces terroristes.

Cette dynamique a trouvé un écho au sein du Congrès américain. En juin 2025, un projet de loi bipartite a été déposé pour inscrire officiellement le Polisario sur la liste des organisations terroristes étrangères. Le texte cite précisément le rôle de l’Iran, et du Hezbollah dans le soutien militaire et logistique accordé aux séparatistes du Polisario. Cette initiative reflète une inquiétude croissante à Washington et y voit une externalisation des frontières de » l’Axe de la Résistance » aux portes de l’Europe.

Si l’implication militaire est la plus commentée, l’aspect idéologique n’est pas en reste. Certains analystes, comme l’écrivain Emanuele Ottolenghi dans Townhall, soulignent que le Polisario s’inscrit désormais dans une logique d’alliances transversales où islamisme radical, marxisme révolutionnaire, mouvements écologistes et discours de justice sociale se rejoignent. Cette convergence, qualifiée d’« intersectionnelle », permet à des acteurs très différents de trouver un langage commun pour justifier leur solidarité. Le Polisario, en se rattachant à ce réseau, cherche ainsi à élargir son champ de légitimité au-delà de la simple revendication territoriale.
L’implication croissante de l’Iran aux côtés du Polisario traduit une internationalisation préoccupante du conflit. Elle ne se limite pas à un appui symbolique, mais semble s’étendre à des volets militaires, logistiques et idéologiques. Si certaines données doivent encore être vérifiées de manière indépendante, la multiplication des signaux concordants inquiète la communauté internationale, qui redoute que le Sahara devienne une nouvelle pièce de l’échiquier où l’Iran projette son influence. Pour le Maroc, ces révélations confortent sa position. Le Polisario ne serait pas seulement un mouvement terroriste, mais aussi un instrument de puissances étrangères hostiles à la stabilité régionale.
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