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Le médicament n’attend pas

Dans une pharmacie de quartier, une mère ressort sans le sirop prescrit à son enfant. Dans un dispensaire rural, un patient repart avec une ordonnance incomplète parce que l’antihypertenseur qu’il prend depuis des années est devenu introuvable. À l’hôpital, un traitement innovant est retardé faute d’approvisionnement stable. Ce sont ces scènes ordinaires que révèle aujourd’hui la crise du médicament au Maroc. Une crise qui ne se mesure pas seulement en ruptures de stocks ou en tableaux budgétaires, mais en inquiétudes quotidiennes, en soins interrompus, en espoirs différés.

La généralisation de l’AMO a fait entrer des millions de citoyens dans le système de soins. Le pays peut en être fier. Mais cette avancée met aussi à nu une fragilité préoccupante. Plus de patients, plus de prescriptions, plus de besoins, tandis que l’offre thérapeutique peine à suivre. L’accès théorique aux soins progresse, mais l’accès réel au médicament se fragilise. Ce décalage fragilise le sens même de l’effort collectif engagé depuis plusieurs années pour construire une couverture médicale solidaire.

Le malaise est désormais bien identifié. Des médicaments simples disparaissent alors que des traitements excessivement coûteux saturent les circuits de remboursement. Les génériques, censés constituer le socle de l’accessibilité, stagnent faute de mécanismes réglementaires pleinement opérationnels. Les industriels hésitent à investir dans des molécules essentielles devenues économiquement peu viables. Les pharmaciens, en première ligne, tentent de pallier ce qui ne devrait pas relever de leur responsabilité. Et les patients subissent, souvent en silence, des délais qui n’ont aucune justification médicale.

Une réforme aussi ambitieuse que l’AMO peut-elle réussir sans un pilier pharmaceutique solide, prévisible et soutenable. Derrière cette question se joue l’efficacité réelle du système de soins dans son ensemble, au moment où la demande explose et où les pathologies chroniques progressent.

La crise actuelle appelle moins de discours que des décisions claires. Réviser les cadres tarifaires lorsque la réalité économique l’impose. Donner enfin au pharmacien le droit de substitution pour garantir la continuité des traitements. Accélérer la montée en puissance de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé afin de fluidifier les autorisations, d’anticiper les tensions d’approvisionnement et de sécuriser les circuits de distribution. Redonner aux industriels la visibilité nécessaire pour investir durablement dans les médicaments essentiels.


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