Le Maroc face à l’enjeu de l’équilibre hydrique
Par Yassine Andaloussi
Le Maroc a traversé sept années consécutives de stress hydrique intense. La disponibilité moyenne en eau par habitant est restée inférieure à 620 m³ par an, bien en dessous du seuil international de pénurie fixé à 1 000 m³. La répartition des ressources demeure profondément inégale. Les bassins du Nord et du Nord-Ouest concentrent l’essentiel de l’eau de surface, tandis que le Centre, le Sud et certaines parties de l’Oriental subissent des déficits chroniques. Les fortes pluies enregistrées récemment ont provoqué un rebond exceptionnel. Les réserves des barrages atteignent désormais environ 61% de leur capacité totale, soit plus de 10 milliards de mètres cubes stockés. Ce niveau dépasse largement celui de l’an dernier à la même période et constitue une opportunité rare pour renforcer les infrastructures hydriques et sécuriser durablement la ressource pour les mois et les années à venir.
Pour réduire les déséquilibres régionaux, le Maroc a développé le concept des autoroutes de l’eau. Il s’agit d’un réseau d’infrastructures capable de transférer l’eau des bassins excédentaires vers les zones déficitaires. Le projet déjà opérationnel reliant le bassin du Sebou à celui du Bouregreg permet de sécuriser l’approvisionnement en eau potable de l’axe Rabat-Casablanca et de soutenir les besoins industriels. L’objectif à moyen terme est d’étendre ces connexions vers d’autres bassins stratégiques, notamment celui de l’Oum Er-Rbia et du Souss, afin de soutenir l’agriculture, l’industrie et l’urbanisation. Ce système interconnecté marque un changement de paradigme. L’eau n’est plus gérée seulement localement mais considérée comme une ressource nationale mobilisable là où elle est le plus nécessaire.
Les barrages du Maroc, au nombre de plus de 150, jouent un rôle central dans la politique hydrique nationale. Leur sécurisation ne se limite pas à l’entretien physique des ouvrages, mais repose sur des systèmes d’information automatisés de télésurveillance, qui permettent de gérer en temps réel les niveaux d’eau, les débits, les données météorologiques et la sûreté structurelle. Ces systèmes intègrent des capteurs sophistiqués, comme des piézomètres et des radars, ainsi que des dispositifs d’alerte tels que la télé-alerte ou les SMS pour prévenir les crues et protéger les zones situées en aval. La cybersécurité de ces infrastructures constitue désormais un enjeu majeur. Le Maroc a déjà entrepris des mesures pour renforcer la protection de ces systèmes grâce à un partenariat avec la Russie, reconnue pour sa maîtrise de la sécurité des infrastructures énergétiques, afin de verrouiller complètement l’accès et prévenir toute cyber-tentative malveillante pouvant provoquer des catastrophes.
Les composants et fonctionnalités de ces systèmes sont multiples. La surveillance hydrologique mesure en temps réel les entrées et sorties d’eau, les niveaux des réservoirs et les débits. La surveillance géotechnique permet de suivre les déformations, la stabilité, la pression interstitielle de l’eau et les infiltrations afin de prévenir tout risque de rupture. La télégestion et l’automatisation centralisent la gestion de plusieurs ouvrages depuis une seule interface, ce qui optimise les décisions en situation critique. Enfin, la sécurité et les alertes combinent GPS différentiel, télédétection et systèmes d’alerte à la population pour assurer une prévention rapide des dangers liés aux crues, tout en s’appuyant sur des protocoles de cybersécurité robustes pour protéger les données et les commandes des infrastructures critiques.
Le rebond récent des réserves, qui atteint désormais environ 61% de la capacité totale des barrages, illustre l’importance de ces outils. Ils permettent de transformer les apports exceptionnels en ressources utilisables, de limiter les pertes liées aux crues et de garantir l’eau pour l’irrigation, l’approvisionnement en eau potable et les usages industriels. La sécurisation des barrages s’impose ainsi comme une combinaison de technologie, prévention et gestion durable, essentielle pour la résilience hydrique du pays.
Le déploiement des autoroutes de l’eau et la sécurisation des barrages présentent plusieurs défis. Les coûts financiers et énergétiques du transport inter-bassins sont élevés et nécessitent une intégration progressive des énergies renouvelables. Il faut aussi préserver les bassins donneurs et prévenir les usages excessifs. Ces questions seront au cœur du Conseil de gouvernement prévu jeudi 5 février, qui examinera les priorités d’investissement et les mécanismes de gouvernance pour accélérer ces infrastructures. L’objectif est de transformer le rebond hydrique actuel en une politique durable, équitable et résiliente capable de garantir la sécurité hydrique du pays face aux aléas climatiques et aux pressions sur les ressources.
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