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Le Maroc devient 3ᵉ exportateur mondial de tomates, un tournant historique pour la filière

Par Mohammed Taoufiq Bennani


Le Maroc vient d’établir un record mondial en se classant officiellement troisième exportateur de tomates au titre de la campagne 2024-2025, avec 745 000 tonnes expédiées à l’étranger et des recettes avoisinant 1,2 milliard de dollars. Ce bond spectaculaire de 8,3 % par rapport à la campagne précédente le propulse devant l’Espagne, longtemps considérée comme un pilier de la filière en Europe. L’Union européenne, principal débouché des tomates marocaines, a absorbé près de 580 000 tonnes, consolidant le Royaume comme deuxième fournisseur du marché européen derrière les Pays-Bas. Ce classement confirme l’ascension d’un pays qui a su transformer un secteur agricole traditionnel en locomotive d’exportation et en levier stratégique de commerce extérieur.

Ce succès actuel s’inscrit dans une trajectoire construite sur plusieurs décennies. La production de tomates au Maroc, concentrée dans les régions d’Agadir, du Souss et du Gharb, a connu une profonde mutation avec l’essor des cultures sous serre et l’introduction de techniques d’irrigation plus économes et plus efficaces. Le Royaume a progressivement diversifié ses variétés, allongeant la saison de production et gagnant ainsi une place enviable sur les marchés hivernaux européens. Ces efforts ont été renforcés par la montée en puissance d’infrastructures logistiques modernes, qui permettent d’acheminer rapidement et dans de meilleures conditions des cargaisons massives vers les plateformes de distribution européennes.

Cette dynamique est aussi le fruit d’un contexte international qui a tourné à l’avantage du Maroc. La hausse des coûts énergétiques en Europe, notamment pour le chauffage des serres espagnoles ou néerlandaises, a réduit la compétitivité de ces producteurs face à une offre marocaine moins chère et mieux adaptée aux cycles naturels de production. La proximité géographique avec le marché européen a permis au Royaume de réduire ses délais de livraison et d’accroître sa présence dans de nouveaux pays, notamment le Royaume-Uni et l’Allemagne, élargissant ainsi le spectre de ses partenaires commerciaux.

Mais derrière la réussite, des défis structurants subsistent. La pression sur les ressources en eau, particulièrement dans le Souss, met en lumière la fragilité d’un modèle qui repose encore sur une irrigation intensive dans un contexte de sécheresse récurrente. Les exigences croissantes des consommateurs européens en matière de durabilité, de conditions sociales de production et de certification environnementale obligent également les producteurs marocains à s’adapter pour conserver leur avance. Les filières de formation, de recherche agronomique et de certification devront accompagner cette transition afin de préserver les acquis et d’éviter que la performance économique ne soit remise en cause par des contraintes écologiques ou sociales.

Le Maroc, désormais solidement installé dans le trio de tête mondial, doit transformer ce succès conjoncturel en stratégie durable. La diversification des débouchés au-delà de l’Europe, l’investissement dans la recherche variétale, la modernisation des systèmes d’irrigation et la montée en gamme vers des produits certifiés et respectueux de l’environnement apparaissent comme des conditions incontournables. La filière tomate n’est plus seulement un atout agricole, elle devient un véritable symbole de la compétitivité marocaine et de la capacité du pays à s’imposer sur les marchés mondiaux.

La réussite de la tomate a aussi un impact direct sur les régions productrices. Dans le Souss et le Gharb, des milliers d’emplois saisonniers et permanents sont générés par les exploitations, le conditionnement et le transport. Les coopératives agricoles y jouent un rôle croissant en structurant la filière, en facilitant l’accès aux financements et en permettant aux petits producteurs de s’insérer dans les circuits d’exportation. Au-delà de l’économie, cette dynamique favorise l’intégration sociale des femmes dans les chaînes de récolte et de tri, contribuant à transformer le tissu socio-économique local. Le succès international de la tomate marocaine se mesure ainsi aussi dans le quotidien de ces régions, où l’agriculture devient un moteur d’emploi et de stabilité.

Parallèlement, les perspectives internationales dépassent désormais le seul cadre européen. Le Moyen-Orient et l’Afrique subsaharienne s’imposent progressivement comme de nouveaux débouchés, attirés par la régularité de l’offre marocaine et par la qualité perçue du produit. Des partenariats commerciaux se dessinent avec des distributeurs africains, tandis que des cargaisons testées vers certains pays du Golfe ouvrent la voie à une diversification stratégique. Cette orientation Sud-Sud complète le succès en Europe et réduit la vulnérabilité face aux fluctuations des marchés occidentaux. Elle confère au Maroc une position plus équilibrée, consolidant son rôle non seulement comme fournisseur fiable mais aussi comme acteur structurant du commerce agroalimentaire mondial.


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