Le Grand Prix National de la Presse placé sous le signe du renouveau
LA VÉRITÉ
Le Sofitel Rabat Jardin des Roses s’est transformé, en ce lundi 17 novembre 2025, en un espace vibrant où se mêlaient élégance, mémoire et regard critique sur le monde. Le Grand Prix national de la presse y a déployé ses couleurs, ses voix, et surtout son appel renouvelé à une culture de l’information plus fine, plus exigeante, plus fidèle à la profondeur de la société marocaine.
Dès l’ouverture de la cérémonie, le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, a donné le ton d’une soirée empreinte d’exigence et d’espoir. Il a rappelé la nécessité urgente d’un journalisme tourné vers l’investigation, nourri d’analyse et de recherche documentaire. Selon lui, le Maroc entre dans une nouvelle ère, celle de l’après 31 octobre, qui exige une presse capable de comprendre les enjeux profonds, de les questionner et de les éclairer avec rigueur.
Le ministre a insisté sur l’importance de dépasser la logique du simple relais d’informations pour s’engager dans une presse de qualité, une presse qui accompagne le Royaume dans la défense de ses intérêts stratégiques et dans la consolidation de son modèle national. Un appel clair à la responsabilité, mais aussi à la créativité et au courage éditorial.
Dans cette édition placée sous la présidence de Fatima Zahra Ouriaghli, le jury s’est distingué par la richesse de ses sensibilités et par la diversité de ses parcours. Aux côtés de la présidente, Mohammed Taoufik Ennassiri, Mouhsine Bountaj, Abdellatif Bensfia, Sanae Rahimi, Mohammed Zouak, Fatima Anejdam, Adil Alaoui, Mohamed Bourouis, Ahmed Arkam et Youssef Belhaissi ont uni leurs regards pour explorer un corpus d’œuvres qui traduisent l’esprit d’un Maroc pluriel et en mouvement. Leur démarche, exigeante et attentive, a donné à cette édition une dimension artistique et intellectuelle affirmée.
Chaque hommage et chaque prix a ensuite pris l’allure d’un tableau vivant de la mémoire journalistique marocaine. Les récompenses honorifiques ont salué la grandeur de Naïm Kamal, figure de Quid.ma, ainsi que celle de Said El Jadidi, distingué à titre posthume. Elles ont aussi rendu un vibrant hommage aux journalistes marocains travaillant à l’étranger, en mettant en lumière le parcours de Jawad Badda de beIN Sports et celui de Fatima Zahra Bouaziz de l’agence EFE. Ces figures incarnent un journalisme à la fois enraciné et ouvert sur le monde, fidèle à l’essence culturelle du Maroc.
Les œuvres primées dans les différentes catégories ont dessiné une mosaïque d’expressions et de styles. La télévision a célébré le travail d’Abdellah Jaafari de Medi1 TV, qui a capté l’énergie de l’Académie Mohammed VI de Football, ainsi que celui de Younes El Bdiwi de la chaîne culturelle de la SNRT, qui a choisi de mettre en lumière la thématique du Waqf scientifique. La radio a révélé la sensibilité narrative de Nabila Qamimi, qui a revisité le souffle de la Marche verte, et celle de Mounia Arshi, qui a exploré la réforme du Code de la famille à travers une approche humaniste et sociale.
La presse écrite a retenu l’attention grâce à l’enquête incisive de Nabila Bakas du quotidien Le Matin, qui a choisi de s’intéresser à la réalité des hôpitaux publics et à la manière dont certains rouages en influencent le quotidien. La presse électronique a mis à l’honneur le travail de Khadija Alimoussa, qui a traité avec finesse la question de l’enrôlement des enfants dans les camps de Tindouf. La presse d’agence a récompensé le sujet de Mohamed Haddadi consacré au chapelet, objet simple mais chargé d’histoire, devenu l’un des cadeaux les plus symboliques offerts aux pèlerins.
Le journalisme d’investigation a brillé à travers l’enquête menée par Asma Aïnoun et Zakaria Dhalfi de 2M sur le programme Moukhtafoun et l’affaire Marouane Al Mokaddem. Une œuvre dense, construite comme une exploration des zones d’ombre. La production amazighe a émergé avec une force particulière grâce à Ibrahim Ishwi, qui a mis en lumière la coutume Tada, ainsi qu’à Fadwa Amghar, dont le reportage sur la récolte des moules à Tiznit s’est distingué par son regard ethnographique et poétique.
Le Sahara et son imaginaire culturel ont également trouvé leur place dans cette édition. Cheikh Maâ El Ainine de Radio Laâyoune a été salué pour un reportage sur l’autoroute Tiznit Dakhla, route de sable et de lumière, tandis que Ghali Karhi de la chaîne Laâyoune a été distingué pour un travail consacré aux chevaux d’Oued Noun, héritiers d’une tradition équestre qui transcende le temps. La presse régionale a récompensé Hafedh Malain de Laâyoune Now pour son œuvre sur la Marche verte, présentée comme un demi siècle de fidélité et de mémoire. La photographie a honoré Abdelmajid Bziouat de L’Économiste, dont la prise de vue consacrée à Mhamid el Ghizlan a révélé l’âme du patrimoine nomade. Le prix de la caricature n’a pas été attribué cette année, laissant en suspens un espace d’expression souvent essentiel pour la critique culturelle et sociale.
Cette soirée à Rabat a montré que le pays dispose des talents nécessaires pour relever ce défi. Il reste désormais à accompagner cette dynamique par des environnements professionnels, éthiques et technologiques à la hauteur de l’appel lancé.
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