Le commerce extérieur en 2024 : Déficit accru, secteurs résilients et nouveaux horizons
L’Europe toujours leader, mais l'Asie gagne du terrain. Le commerce extérieur du Maroc en 2024 décrypté.
Par Mohammed Taoufiq Bennani
Le 23 juillet 2025, l’Office des Changes a dévoilé son rapport annuel exhaustif sur le Commerce Extérieur du Maroc pour l’année 2024. Ce document crucial révèle une dynamique commerciale complexe, marquée par une aggravation du déficit global, mais aussi par la résilience et la croissance de secteurs clés, ainsi que par des rééquilibrages géographiques. Comment le Maroc a-t-il navigué dans ce paysage commercial international en 2024, et quelles sont les tendances majeures qui se dessinent ?
Un déficit commercial en augmentation, mais des échanges en progression
Le déficit commercial du Maroc s’est établi à 304,9 milliards de dirhams (MMDH) en 2024. Il s’agit d’une aggravation de 6,8% par rapport à l’année précédente. Cette détérioration s’explique par une hausse des importations de 6,4%, atteignant 761,3 MMDH, alors que les exportations ont progressé de 6,1%, s’élevant à 456,3 MMDH. Néanmoins, les échanges commerciaux globaux du Maroc avec le reste du monde ont augmenté de 6,3% en 2024, marquant une reprise significative après une baisse de 1,7% en 2023. De même, le taux de couverture des importations par les exportations s’est établi à 59,9%.
L’Europe, partenaire indéfectible malgré les ajustements
Les échanges commerciaux du Maroc demeurent majoritairement dominés par l’Europe. En 2024, le continent européen représente 62% du total des échanges, bien qu’il ait légèrement diminué par rapport à l’année précédente (63,2%). En effet, 56,4% des importations marocaines proviennent d’Europe et 71,4% des exportations lui sont destinées. Les échanges avec l’Europe ont connu une augmentation de 4,1% pour atteindre 754,9 MMDH. Par ailleurs, l’Espagne reste le premier partenaire européen du Maroc avec 29,1% des échanges, suivie de la France (21%), de l’Allemagne (8,4%), de l’Italie (7,7%) et de la Turquie (6,7%). Cependant, le solde commercial vis-à-vis de l’Europe reste déficitaire, s’élevant à 103,2 MMDH en 2024.
Des excédents prometteurs avec la france, l’afrique et l’océanie
Malgré un déficit commercial global, le Maroc a enregistré des excédents significatifs avec certains partenaires. La balance commerciale avec la France, deuxième partenaire du Maroc, a affiché un excédent de 15,9 MMDH en 2024, en nette augmentation par rapport aux 11,9 MMDH de l’année précédente. Cet excédent est une tendance depuis 2017. De plus, le solde commercial du Maroc avec l’Afrique est resté excédentaire, s’établissant à 7,2 MMDH en 2024, même s’il a diminué par rapport à 2023. La détérioration de ce solde s’explique notamment par l’aggravation du déficit vis-à-vis de l’Égypte et la baisse des excédents avec la Côte d’Ivoire et Djibouti. En outre, l’excédent commercial avec l’Océanie s’est considérablement amélioré, atteignant 3,8 MMDH en 2024, grâce notamment à l’Australie dont l’excédent a plus que doublé. Aussi, le solde vis-à-vis de la Lituanie est passé d’un déficit à un excédent en 2024.

Les déficits persistants, Asie et Amériques en ligne de mire
À l’opposé des excédents, le Maroc fait face à des déficits commerciaux importants avec d’autres régions et pays. Le déficit commercial avec l’Espagne, premier partenaire commercial du Maroc, est resté significatif à 18,2 MMDH en 2024 et s’est même aggravé de 2,9 MMDH. De surcroît, les échanges avec la Chine ont dégagé un déficit commercial colossal de 86,3 MMDH en 2024, en nette augmentation par rapport à 2023. Cette aggravation s’explique principalement par une augmentation des importations chinoises de 14,2 MMDH. Par conséquent, le déficit commercial vis-à-vis des États-Unis continue de se creuser, atteignant 57 MMDH en 2024, suite à une hausse des importations de 10,5 MMDH. D’une manière générale, le déficit commercial avec l’Asie s’est aggravé de 15,7 MMDH pour s’établir à 152,5 MMDH en 2024. En revanche, le déficit commercial avec l’Allemagne a enregistré un léger allégement, tout comme celui avec la Fédération de Russie.
Les moteurs de l’exportation marocaine, automobile et phosphates en tête
Le secteur automobile a maintenu sa position de premier secteur exportateur pour la deuxième année consécutive. Ses exportations ont progressé de 6,3% pour atteindre 157,6 MMDH en 2024, portées par les écosystèmes Construction et Câblage. Ensuite, les phosphates et leurs dérivés se classent au deuxième rang des exportations, avec une valeur de 87,1 MMDH. Leurs ventes ont connu une croissance de 13,5% en 2024, après une chute en 2023, touchant les engrais, l’acide phosphorique et les phosphates bruts. Également, le secteur de l’agriculture et de l’agro-alimentaire a repris sa croissance, atteignant 87 MMDH en 2024, grâce à l’augmentation des ventes agricoles. Par ailleurs, l’aéronautique a enregistré une progression de 14,9%. Cependant, les exportations du textile et cuir ont légèrement reculé de 0,5%. En termes de produits, les voitures de tourisme (14,9% du total), les engrais naturels et chimiques (14%) et les fils et câbles (10,5%) sont les principaux produits exportés par le Maroc.
Les tendances des importations, énergie en baisse, biens d’équipement en hausse
Concernant les importations, la facture énergétique a baissé pour la deuxième année consécutive, s’établissant à 113,8 MMDH en 2024, soit un repli de 6,7%. Cette diminution s’explique principalement par une baisse des prix. Aussi, les importations de produits finis d’équipement ont progressé de 13%, atteignant 180,3 MMDH, poursuivant ainsi quatre années consécutives de hausse. L’augmentation des achats de voitures utilitaires, d’appareils électriques et de machines pour le travail du caoutchouc ou des plastiques explique cette évolution. De même, les importations de produits finis de consommation ont progressé de 10,7%, tirées par les voitures de tourisme, leurs pièces et les médicaments. Pour terminer, les importations de demi-produits ont augmenté de 8%, et celles des produits bruts de 4,3%.
L’année 2024 a été une période contrastée pour le commerce extérieur marocain. Bien que le déficit commercial global se soit accentué, la progression des échanges commerciaux avec le reste du monde est un signe positif de dynamisme. Le rôle prépondérant de l’Europe dans les échanges demeure une constante, tandis que des excédents avec la France, l’Afrique et l’Océanie contrastent avec les déficits persistants vis-à-vis de l’Espagne, de la Chine et des États-Unis. Par ailleurs, la performance remarquable des secteurs de l’automobile et des phosphates à l’export, ainsi que la baisse de la facture énergétique, sont des points forts notables.
En somme, ces données révèlent la nécessité pour le Maroc de poursuivre ses efforts de diversification des marchés et de valorisation de ses exportations à forte valeur ajoutée.
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