Le choléra : L’ombre grandissante d’une menace sanitaire majeure plane sur l’Afrique
Urgence sanitaire en Afrique, 23 pays touchés, plus de 239 700 cas et 5 270 décès en 2025.
LA VÉRITÉ
L’Afrique fait face à une urgence sanitaire alarmante. Le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) a lancé un avertissement retentissant ce samedi 6 septembre 2025, soulignant la persistance du choléra comme une menace majeure pour la santé publique sur tout le continent. Cette alerte survient alors que les chiffres de 2025 dépassent déjà tragiquement ceux de l’année précédente, peignant un tableau sombre pour des millions de vies africaines.
Une épidémie aux chiffres alarmants
Le choléra continue de ravager le continent, confirmant sa place de principale menace pour la santé publique africaine, à la fois par le nombre de cas et par les décès enregistrés. Depuis le début de l’année 2025, vingt-trois pays ont rapporté plus de 239 700 cas et 5 270 décès, un taux de létalité de 2,2 %. En outre, les décès recensés en 2025 excèdent déjà les 4 725 victimes de 2024, marquant une recrudescence préoccupante. Le président angolais João Lourenço, qui préside l’Union africaine, a d’ailleurs déclaré que le choléra représentait « un obstacle majeur au développement économique, social et humain sur le continent ».
Les racines profondes de la vulnérabilité
Le choléra, une infection diarrhéique aiguë, se propage principalement par la consommation d’eau ou d’aliments contaminés, entraînant une déshydratation sévère potentiellement mortelle en quelques heures sans traitement. Le manque criant d’eau propre et salubre est le facteur prédominant des épidémies récurrentes en Afrique. Par ailleurs, les problèmes de paix et de sécurité ainsi que les systèmes de santé déjà sous tension exacerbent cette situation critique. Des chercheurs, comme Bob Offei Manteaw de l’Université du Ghana, soulignent que « le lien entre le changement climatique et la santé est devenu une question politique et concrète importante ». Les événements météorologiques extrêmes, tels que les inondations et les sécheresses, sont des amplificateurs connus de la propagation de cette maladie dans les communautés vulnérables.
La propagation impitoyable à travers le continent
L’épidémie s’étend dangereusement en Afrique de l’Ouest et du Centre, avec plus de 80 000 enfants exposés à un risque élevé. Des épidémies actives sévissent en République démocratique du Congo (RDC) et au Nigéria, menaçant la transmission transfrontalière. D’autres pays comme le Tchad, la République du Congo, le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Togo sont également aux prises avec des flambées actives. En RDC, pays le plus touché de la région, le ministère de la Santé a enregistré plus de 38 000 cas et 951 décès en juillet, les enfants de moins de cinq ans représentant un quart de ces cas. La capitale, Kinshasa, connaît une augmentation critique des cas suite à des pluies intenses et des inondations. Gilles Fagninou, Directeur régional de l’UNICEF, a alerté : « Les fortes pluies, les inondations généralisées et le nombre élevé de personnes déplacées alimentent le risque de transmission du choléra et mettent en danger la vie des enfants ». De même, au Tchad, 55 cas suspects et quatre décès ont été signalés dans un camp de réfugiés soudanais, où la surpopulation et le manque d’eau potable exacerbent la vulnérabilité.
L’appel urgent à l’action et la quête de l’autonomie vaccinale
Face à cette flambée, le CDC Afrique préconise une approche multisectorielle renforcée pour contenir l’épidémie. Ainsi, les dirigeants africains ont fermement plaidé pour la production locale de vaccins contre le choléra. Lors d’une conférence virtuelle organisée par Africa CDC, les présidents de l’Angola, de la Zambie, de la Namibie, du Malawi et de la RDC ont réclamé une accélération de la fabrication locale de vaccins et de fournitures essentielles. Le président zambien Hakainde Hichilema a mis l’accent sur un financement national pour réduire la dépendance au soutien externe. Le Ghana, par exemple, a déjà mené une opération de vaccination massive, distribuant 1,17 million de doses entre novembre 2024 et fin janvier 2025. Néanmoins, l’UNICEF, qui soutient la vaccination dans les zones touchées et fournit des équipements sanitaires, estime avoir besoin de 20 millions de dollars supplémentaires pour intensifier sa réponse d’urgence dans la région.
Construire la résilience pour l’avenir
La lutte contre le choléra est « une course contre la montre », a affirmé Gilles Fagninou de l’UNICEF, insistant sur la nécessité de fournir des soins de santé essentiels, de l’eau potable et une alimentation adéquate aux enfants déjà exposés. Les conditions d’eau, d’assainissement et d’hygiène (WASH) sont primordiales pour le contrôle du choléra. Au Ghana, où seulement 29 % de la population avait accès à des toilettes sûres en 2022, et où la défécation à ciel ouvert reste un problème, les efforts gouvernementaux sont en cours pour améliorer les infrastructures et prendre en compte les défis du changement climatique. Mais, en dépit des avancées, le chemin reste long pour de nombreux pays africains. Comment le continent peut-il non seulement endiguer cette menace immédiate, mais aussi bâtir des systèmes de santé et des infrastructures résilients pour se prémunir durablement contre de futures épidémies, surtout face à un climat en mutation ?
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