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L’après-croissance

Le Maroc aborde une nouvelle étape de son développement. Les grands équilibres macroéconomiques se consolident, l’investissement se maintient à un niveau élevé et les marchés financiers gagnent en profondeur. Le défi consiste désormais à transformer cette dynamique en emplois, en productivité, en compétitivité et en progrès social.

Par Sanae El Amrani


Le rapport annuel 2025 de Bank Al-Maghrib marque probablement un tournant dans la lecture de l’économie marocaine. Pour la première fois depuis plusieurs années, le diagnostic de la Banque centrale s’éloigne des seuls équilibres macroéconomiques pour s’intéresser davantage à leur capacité à produire des effets durables sur l’emploi, l’investissement, la productivité et le niveau de vie. Derrière les performances enregistrées en 2025 apparaît une interrogation plus profonde : comment convertir la stabilité économique en développement plus inclusif et plus créateur de valeur ?

Les indicateurs confirment pourtant une amélioration sensible de l’environnement économique. La croissance atteint 4,9 %, l’inflation retombe à 0,8 %, le déficit budgétaire est ramené à 3,5 % du PIB, les recettes fiscales progressent de 51,4 milliards de dirhams, le taux directeur est abaissé à 2,25 %, la Bourse de Casablanca franchit pour la première fois le seuil des 1.000 milliards de dirhams de capitalisation et les réserves extérieures continuent d’offrir une assise confortable. Les marchés de capitaux se développent, les mécanismes de financement se diversifient et l’investissement public demeure soutenu.

Cette évolution confirme la solidité des fondamentaux construits au cours des dernières années. Les grandes infrastructures, les réformes budgétaires, la modernisation du système financier, la politique monétaire prudente et l’ouverture internationale offrent aujourd’hui au Maroc des marges d’action plus importantes que par le passé. Elles constituent un socle solide pour accompagner la prochaine phase de développement.

Le rapport montre toutefois que cette nouvelle étape obéit à une logique différente. Les enjeux portent désormais moins sur la capacité à préserver les équilibres que sur la manière dont ces équilibres irriguent l’économie réelle. Malgré 193.000 créations d’emplois en 2025, le chômage reste élevé, la participation au marché du travail demeure faible, le sous-emploi progresse, les écarts entre les catégories persistent et la productivité avance plus rapidement que l’emploi. La baisse des taux facilite le financement mais ne provoque pas, à elle seule, un véritable changement d’échelle de l’investissement privé. Les finances publiques se renforcent mais leurs marges deviennent plus contraintes sous l’effet de dépenses de plus en plus rigides. Les marchés financiers gagnent en profondeur tandis que l’économie continue de fonctionner largement en espèces.

Le rapport souligne également que la confiance des ménages reste davantage influencée par l’évolution du chômage et des prix que par celle du produit intérieur brut. Cette observation éclaire le décalage persistant entre l’amélioration des indicateurs macroéconomiques et la perception de la situation économique. La croissance devient réellement perceptible lorsqu’elle améliore l’accès à l’emploi, sécurise les revenus et renforce le pouvoir d’achat.

L’après-croissance commence précisément à cet endroit. La priorité n’est plus uniquement d’accélérer le rythme de l’économie, mais d’améliorer la qualité de ses résultats. La prochaine phase de développement sera évaluée à l’aune de la capacité du pays à transformer ses investissements en emplois durables, ses performances macroéconomiques en mobilité sociale, ses réformes financières en financement plus efficace des entreprises et sa stabilité en confiance.

 

Le nouveau diagnostic

Les équilibres changent de fonction

En présentant son rapport annuel 2025, Bank Al-Maghrib propose une lecture qui marque une évolution dans l’analyse de l’économie marocaine. Les grands équilibres macroéconomiques conservent leur importance, mais ils apparaissent désormais comme un point d’appui d’une nouvelle phase de développement. La croissance, la stabilité des prix, la maîtrise des finances publiques et la solidité du système financier créent un environnement plus favorable. La Banque centrale concentre désormais son analyse sur la capacité de cette stabilité à soutenir durablement l’investissement privé, l’emploi, la productivité et la compétitivité.

Les résultats enregistrés en 2025 illustrent cette évolution. La croissance économique atteint 4,9 %, portée par le redressement des activités non agricoles et une meilleure campagne agricole. L’inflation moyenne revient à 0,8 %, après les tensions observées les années précédentes. Le déficit budgétaire est ramené à 3,5 % du PIB, tandis que les recettes fiscales progressent de 51,4 milliards de dirhams, soit 15,3 % sur un an. La Banque centrale réduit son taux directeur à 2,25 %, la capitalisation de la Bourse de Casablanca franchit 1.040 milliards de dirhams et les marchés de capitaux poursuivent leur développement.

Ces indicateurs traduisent les effets des investissements réalisés au cours des dernières années. Les infrastructures de transport, les plateformes industrielles, les énergies renouvelables, les réformes budgétaires, la généralisation progressive de la protection sociale et la modernisation du secteur financier renforcent progressivement la résilience de l’économie nationale face aux chocs extérieurs.

Le rapport attire cependant l’attention sur une autre dimension de la performance économique. Malgré 193.000 créations nettes d’emplois en 2025, le taux de chômage reste établi à 13 % et le taux d’activité demeure limité à 43,5 %. Le chômage des jeunes atteint 37,2 %, celui des femmes 20,5 %, tandis que le sous-emploi progresse à 10,9 %. La productivité du travail augmente de 3,5 % par an entre 2022 et 2025, mais cette progression accompagne une évolution beaucoup plus modérée de l’emploi.

La même lecture apparaît dans le financement de l’économie. Les marchés financiers gagnent en profondeur. Le MASI progresse de 27,6 %, les émissions obligataires privées atteignent 117,4 milliards de dirhams et les actifs des OPCVM dépassent 1.491 milliards de dirhams. Dans le même temps, les crédits au secteur non financier progressent de 4,8 %, alors que les nouveaux prêts augmentent de 17,8 %, signe d’une reprise graduelle de l’activité bancaire. La circulation fiduciaire enregistre parallèlement une hausse de 18,5 % et représente désormais 28,5 % du PIB, confirmant la place toujours importante des paiements en espèces.

L’ensemble de ces évolutions conduit Bank Al-Maghrib à recentrer son analyse sur les réformes structurelles. Le rapport insiste sur la qualité du capital humain, l’amélioration de l’environnement des affaires, l’efficacité de l’investissement, le développement des marchés de capitaux, la maîtrise durable des finances publiques et l’accélération de l’investissement privé. Cette approche traduit une évolution du diagnostic économique. Les indicateurs macroéconomiques constituent désormais un socle. La progression de la productivité, la création d’emplois qualifiés, la montée en gamme de l’appareil productif et la diffusion des gains de croissance deviennent les principaux critères d’appréciation de la performance économique.

 

L’investissement à l’épreuve des résultats

L’investissement constitue l’un des principaux moteurs de la trajectoire économique marocaine depuis plus de deux décennies. Les infrastructures portuaires, autoroutières et ferroviaires, les plateformes industrielles, les équipements hydriques, les projets énergétiques ainsi que les programmes sociaux ont profondément transformé les capacités du pays. Le rapport annuel 2025 de Bank Al-Maghrib montre que cette dynamique entre aujourd’hui dans une nouvelle phase, où la priorité porte sur le rendement économique et social des capitaux engagés.

En 2025, l’effort d’investissement est resté parmi les plus élevés de la région. L’investissement budgétaire représente 7,3 % du PIB, tandis que les mécanismes de financement innovants ont mobilisé 40,1 milliards de dirhams sur la seule année et 149,7 milliards de dirhams depuis leur lancement en 2019. Ces ressources accompagnent les grands projets d’infrastructures, le développement industriel, les équipements liés à l’eau et à l’énergie ainsi que les grands chantiers engagés dans la perspective de la Coupe du monde 2030.

Cette dynamique s’illustre par plusieurs chantiers structurants. La poursuite de l’extension du complexe portuaire Tanger Med, le développement de Nador West Med, l’accélération de la ligne à grande vitesse entre Kénitra et Marrakech, les programmes nationaux de dessalement de l’eau de mer, les investissements dans les énergies renouvelables ainsi que l’émergence d’une filière industrielle dédiée aux batteries électriques et aux composants de la mobilité décarbonée renforcent progressivement le positionnement du Maroc comme plateforme industrielle et logistique régionale. À ces projets s’ajoutent les infrastructures ferroviaires, routières, aéroportuaires et sportives inscrites dans les programmes de développement du Royaume et dans l’organisation de la Coupe du monde 2030.

Cette politique a contribué à renforcer l’attractivité du Maroc. Les performances sectorielles restent contrastées. Les exportations aéronautiques progressent de 10,1 % pour atteindre 29,1 milliards de dirhams, tandis que celles de l’industrie automobile reculent de 1,8 %, à 154,7 milliards de dirhams, sous l’effet principalement de la baisse des ventes de véhicules assemblés. Les phosphates et leurs dérivés continuent parallèlement de soutenir les exportations marocaines. Le tourisme enregistre de nouveaux records et plusieurs secteurs industriels consolident leur position sur les marchés internationaux. Les investissements réalisés au cours des dernières années améliorent également la logistique nationale, réduisent les délais de transport et renforcent la compétitivité des entreprises.

Le rapport de Bank Al-Maghrib attire cependant l’attention sur une évolution importante. La progression de l’investissement public appelle désormais une montée en puissance de l’investissement privé. La Banque centrale souligne que l’amélioration de la productivité, la création d’emplois qualifiés et l’accélération de la croissance potentielle dépendront davantage de la capacité des entreprises à investir dans l’innovation, la modernisation des outils de production, la recherche, la digitalisation et la montée en compétences des ressources humaines.

Cette orientation s’inscrit dans un contexte où plusieurs réformes sont engagées. La nouvelle Charte de l’investissement, le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, la réforme des établissements et entreprises publics, le développement des partenariats public-privé ainsi que les dispositifs destinés aux très petites, petites et moyennes entreprises visent à élargir la participation du secteur privé à l’effort national d’investissement.

Bank Al-Maghrib insiste également sur la qualité de l’allocation du capital. La rentabilité des investissements, leur capacité à générer davantage de valeur ajoutée, leur contribution aux exportations, à l’emploi et à la productivité constituent désormais des indicateurs déterminants. Cette approche accompagne l’évolution du modèle économique marocain, marqué par une diversification progressive des activités industrielles, des services à forte valeur ajoutée et des investissements orientés vers les transitions énergétique, hydrique et numérique.

Le contexte international conforte cette orientation. Les recompositions des chaînes de valeur mondiales, les politiques de relocalisation industrielle, les exigences environnementales des marchés européens et l’organisation de grands événements sportifs offrent au Maroc des perspectives importantes. Elles créent de nouvelles opportunités dans les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique, des batteries électriques, de l’hydrogène vert, de l’industrie agroalimentaire et des technologies de l’information, tout en renforçant l’attractivité du Royaume auprès des investisseurs internationaux.

 

L’emploi, le véritable révélateur

La croissance économique enregistrée en 2025 a permis au marché du travail de retrouver une évolution plus favorable après deux années marquées par les effets cumulés de la sécheresse et du ralentissement de plusieurs secteurs d’activité. Selon les données reprises par Bank Al-Maghrib, l’économie nationale a créé 193.000 emplois nets, contre 82.000 en 2024, après une perte de 157.000 postes en 2023. Cette amélioration accompagne le redressement de l’activité agricole et la poursuite de la progression des secteurs non agricoles.

Cette amélioration doit également être rapprochée de l’évolution de la population en âge de travailler. Sur les 407.000 personnes supplémentaires ayant atteint cet âge en 2025, seules 177.000 ont rejoint le marché du travail. Près de 230.000 personnes sont ainsi restées en dehors de la population active, parce qu’elles poursuivent leurs études, assument des responsabilités familiales ou ont renoncé à rechercher un emploi. Cette évolution explique en partie la stabilisation du taux d’activité à seulement 43,5 %.

Cette évolution reste toutefois contrastée. Le taux de chômage s’établit à 13 % en moyenne nationale. Il atteint 16,6 % en milieu urbain contre 6,8 % en milieu rural. Les jeunes demeurent les plus exposés, avec un taux de chômage de 37,2 % chez les 15-24 ans, qui atteint 48 % dans les villes. Les femmes enregistrent un taux de 20,5 %, presque deux fois supérieur à celui des hommes, établi à 10,8 %.

Le rapport met également en lumière une caractéristique persistante du marché du travail marocain : le faible niveau de participation à l’activité économique. Le taux d’activité atteint 43,5 % en 2025, un niveau inférieur à celui observé dans plusieurs économies comparables. Cette situation concerne particulièrement les femmes, dont la participation demeure limitée malgré les progrès réalisés en matière de scolarisation et de formation.

La situation des femmes révèle l’ampleur de cette sous-participation. En 2025, seules 15,1 % des Marocaines en âge de travailler occupent effectivement un emploi, contre 61,1 % des hommes. Leur taux de participation au marché du travail, proche de 28 % en 2000, se situe désormais autour de 19 %, alors que le Nouveau modèle de développement fixe un objectif de 45 %. Cette évolution prive l’économie d’un important potentiel de compétences et de création de valeur.

La qualité de l’emploi constitue un autre enseignement du rapport. Le sous-emploi progresse de 10,1 % à 10,9 % de la population active occupée. Il atteint 21,7 % dans le secteur du bâtiment et des travaux publics et reste élevé dans plusieurs activités saisonnières. La part des emplois occasionnels représente 12,3 % de l’emploi total, tandis qu’une majorité de travailleurs exerce encore sans couverture médicale liée à leur activité professionnelle. Selon les données du rapport, 68,4 % des actifs occupés ne bénéficient pas d’une assurance maladie rattachée à leur emploi, avec des écarts particulièrement importants dans l’agriculture.

Les difficultés concernent également les jeunes diplômés. Plus des trois quarts des chômeurs ont moins de 35 ans et les diplômés représentent 84,9 % de la population au chômage, contre 53,6 % parmi les personnes occupées. Près de 65 % des demandeurs d’emploi sont au chômage depuis plus d’un an. Ces données traduisent un problème d’insertion professionnelle et d’adéquation entre les formations proposées et les besoins de l’appareil productif.

La progression du salariat apporte une autre indication sur la qualité de l’emploi. Les salariés représentent environ 61 % des actifs occupés, mais seuls 54 % d’entre eux disposent d’un contrat de travail. L’amélioration quantitative enregistrée en 2025 reste donc accompagnée par une forte présence de l’emploi occasionnel, informel ou insuffisamment protégé.

L’analyse de Bank Al-Maghrib dépasse les seuls indicateurs du chômage. La Banque centrale souligne que la croissance future dépendra davantage de la capacité de l’économie à créer des emplois qualifiés et productifs. La progression annuelle moyenne de la productivité du travail atteint 3,5 % entre 2022 et 2025. Cette évolution accompagne les transformations de plusieurs secteurs industriels et de services, mais elle reste insuffisante pour absorber l’ensemble des nouveaux arrivants sur le marché du travail et réduire durablement les disparités territoriales et sociales.

Cette évolution se reflète déjà dans plusieurs filières en expansion. Les écosystèmes de l’automobile et de l’aéronautique continuent de recruter des profils qualifiés, tandis que les investissements dans les énergies renouvelables, le dessalement de l’eau de mer, les industries des batteries électriques, la logistique portuaire et ferroviaire ainsi que les activités liées au numérique créent progressivement de nouveaux besoins en compétences. Le développement de ces secteurs contribue à faire évoluer la structure de l’emploi vers des métiers à plus forte valeur ajoutée.

Le rapport insiste également sur l’adéquation entre la formation et les besoins des entreprises. La montée en puissance de l’industrie automobile, de l’aéronautique, des énergies renouvelables, du numérique et des nouveaux métiers liés à la transition industrielle crée une demande croissante en compétences techniques et spécialisées. Cette évolution renforce l’importance de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de l’apprentissage comme leviers de compétitivité.

Les transformations engagées dans le cadre de la Charte de l’investissement, de la réforme de la formation professionnelle, de la généralisation de la protection sociale et des stratégies sectorielles visent précisément à améliorer le fonctionnement du marché du travail. Pour Bank Al-Maghrib, la prochaine étape consiste à augmenter le taux d’activité, renforcer l’emploi formel, améliorer la productivité et accompagner la montée en qualification de la main-d’œuvre afin de soutenir une croissance plus inclusive.

 

Des finances publiques plus solides, des marges à préserver

L’année 2025 confirme l’amélioration progressive de la situation des finances publiques. Selon le rapport annuel de Bank Al-Maghrib, cette évolution résulte de la progression soutenue des recettes fiscales, de la poursuite des réformes budgétaires et d’une activité économique plus dynamique. Elle permet au Royaume de financer des programmes d’investissement ambitieux, de poursuivre la généralisation de la protection sociale, de mettre en œuvre les engagements du dialogue social et d’accompagner les politiques publiques consacrées à l’éducation, à la santé, aux ressources hydriques et aux infrastructures.

Le déficit budgétaire est ramené à 3,5 % du PIB, contre 3,9 % une année auparavant. Cette amélioration intervient malgré l’ouverture de 13 milliards de dirhams de crédits supplémentaires en cours d’exercice. Entre 2022 et 2025, les crédits additionnels mobilisés par l’État atteignent 65 milliards de dirhams, dont 28,5 milliards consacrés aux établissements et entreprises publics.

Cette évolution s’appuie sur une forte progression des recettes. Les recettes fiscales augmentent de 51,4 milliards de dirhams, soit 15,3 % sur un an. Elles représentent désormais 22,6 % du PIB, tandis que les recettes ordinaires atteignent 27,3 % du PIB, contre 25,3 % en 2024. Cette dynamique reflète la montée en puissance de la réforme fiscale, l’amélioration du recouvrement, la formalisation progressive de certaines activités et la bonne orientation de plusieurs secteurs économiques.

Les recettes non fiscales contribuent également à cet équilibre. Elles s’élèvent à 77,6 milliards de dirhams, dont 20,6 milliards proviennent des établissements et entreprises publics. L’Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie verse 6,5 milliards de dirhams, tandis que le Groupe OCP contribue à hauteur de 6,2 milliards, illustrant le rôle croissant des grands opérateurs publics dans les ressources de l’État.

L’effort budgétaire reste soutenu. Les dépenses globales représentent 30,2 % du PIB, contre 28,8 % l’année précédente. Les dépenses de personnel atteignent 179,7 milliards de dirhams, soit 10,4 % du PIB, après une progression de 9,2 %, principalement liée à la mise en œuvre des accords issus du dialogue social et aux recrutements dans les secteurs prioritaires, notamment l’éducation et la santé. Dans le même temps, l’investissement budgétaire demeure élevé avec 7,3 % du PIB, confirmant la poursuite des investissements consacrés aux infrastructures de transport, aux équipements hydrauliques, aux établissements de santé et d’enseignement ainsi qu’au renforcement de la compétitivité du territoire.

Le rapport souligne également l’intérêt croissant des mécanismes de financement innovants. Ceux-ci mobilisent 40,1 milliards de dirhams en 2025, portant le volume cumulé à 149,7 milliards depuis leur introduction en 2019. Ces instruments permettent de diversifier les sources de financement des projets publics tout en accompagnant les besoins d’investissement de long terme. Ils contribuent également à mieux répartir les modes de financement des grands programmes publics.

L’endettement du Trésor poursuit une évolution favorable. La dette directe atteint 1.145 milliards de dirhams, mais son poids dans l’économie recule légèrement, passant de 67 % à 66,6 % du PIB. Cette amélioration s’accompagne toutefois d’une hausse du coût moyen de la dette, qui atteint 3,8 %, conséquence du niveau des taux observés sur les marchés internationaux au cours des dernières années. Cette évolution conduit Bank Al-Maghrib à souligner l’importance d’une gestion prudente de l’endettement, fondée sur la maîtrise du déficit, l’élargissement de l’assiette fiscale et l’amélioration de l’efficacité de la dépense publique.

L’analyse de la Banque centrale montre que les finances publiques disposent aujourd’hui d’une base plus solide pour accompagner les priorités nationales. La poursuite de cette trajectoire dépendra de la capacité à maintenir le rythme des réformes fiscales, à renforcer la qualité de la dépense publique, à améliorer le rendement des investissements et à préserver des marges budgétaires suffisantes pour accompagner les priorités économiques, sociales et territoriales des prochaines années.

Le financement change d’échelle

L’année 2025 confirme la montée en puissance du système financier marocain. Les marchés de capitaux poursuivent leur développement, la Bourse de Casablanca enregistre une progression remarquable, les organismes de placement collectif en valeurs mobilières atteignent un niveau historique et les banques accompagnent la reprise de l’activité économique dans un contexte marqué par l’assouplissement de la politique monétaire. Le rapport annuel de Bank Al-Maghrib met en évidence un écosystème financier de plus en plus diversifié, appelé à jouer un rôle plus important dans le financement de la croissance.

La Bourse de Casablanca réalise l’une de ses meilleures performances de ces dernières années. L’indice MASI progresse de 27,6 %, tandis que la capitalisation boursière dépasse pour la première fois 1.040 milliards de dirhams. Cette évolution reflète les bonnes performances des entreprises cotées, l’amélioration des perspectives économiques et le regain d’intérêt des investisseurs pour le marché marocain.

Le marché obligataire poursuit également son développement. Les émissions de titres de créance atteignent 117,4 milliards de dirhams, traduisant un recours plus important des entreprises aux financements de marché. Les actifs gérés par les OPCVM franchissent le seuil de 1.491 milliards de dirhams, confirmant l’élargissement de l’épargne investie sur les marchés financiers et le développement de nouveaux instruments de placement.

Le secteur bancaire conserve une position centrale dans le financement de l’économie. Les crédits accordés au secteur non financier progressent de 4,8 % en 2025. La production de nouveaux crédits augmente de 17,8 %, portée notamment par les financements destinés aux entreprises et aux ménages. Dans le même temps, le coût moyen du crédit recule à 4,82 %, à la suite des trois baisses successives du taux directeur décidées par Bank Al-Maghrib, désormais fixé à 2,25 %.

Cette reprise du crédit s’accompagne toutefois d’un niveau élevé de créances en souffrance. Leur encours atteint 102,3 milliards de dirhams à fin 2025, en hausse de 5 % sur un an, avec un taux de provisionnement ramené de 69 % à 68 %. Ces créances immobilisent une partie des ressources bancaires et limitent la capacité des établissements à réorienter leurs capitaux vers de nouveaux financements. Le projet de création d’un marché secondaire destiné à leur cession constitue, dans ce contexte, l’un des principaux chantiers prudentiels engagés par Bank Al-Maghrib.

La Banque centrale poursuit son action en faveur de la liquidité bancaire. Les injections hebdomadaires atteignent en moyenne près de 140 milliards de dirhams, permettant aux établissements de crédit de répondre aux besoins de financement de l’économie dans de bonnes conditions. Cette orientation accompagne la reprise de l’investissement et contribue à préserver des conditions financières favorables.

Le rapport attire également l’attention sur une évolution qui accompagne les transformations du système de paiement. La circulation fiduciaire progresse de 18,5 % en 2025 et représente 28,5 % du PIB. Cette progression intervient alors que les paiements électroniques, les services bancaires digitaux et les solutions de paiement mobile poursuivent leur développement. Cette situation traduit la coexistence de plusieurs modes d’utilisation de la monnaie et rappelle l’importance de l’inclusion financière, de la formalisation des activités économiques et de la diffusion des moyens de paiement électroniques.

Au-delà des résultats enregistrés en 2025, Bank Al-Maghrib souligne que le financement de la croissance reposera sur une complémentarité accrue entre les banques, les marchés de capitaux, les investisseurs institutionnels et les nouveaux véhicules d’investissement. L’élargissement des sources de financement constitue un levier essentiel pour accompagner les entreprises, soutenir l’innovation, développer les PME et renforcer la compétitivité de l’économie nationale.

 

Les priorités de la prochaine décennie

Au fil de son rapport annuel 2025 et des orientations présentées par son gouverneur Abdellatif Jouahri, Bank Al-Maghrib dessine les contours de la prochaine étape du développement économique marocain. Les progrès enregistrés en matière de croissance, de stabilité des prix, de finances publiques et de solidité du système financier créent des conditions favorables à une accélération des réformes structurelles. L’objectif consiste désormais à renforcer le potentiel de croissance du pays et à améliorer sa capacité à créer davantage de valeur ajoutée et d’emplois.

La Banque centrale identifie plusieurs leviers d’action. Le premier concerne le capital humain. L’amélioration de la qualité de l’enseignement, le développement de la formation professionnelle et l’adaptation des compétences aux besoins des entreprises apparaissent comme des facteurs déterminants pour accompagner les mutations de l’industrie, du numérique, des services à forte valeur ajoutée et de la transition énergétique.

Le deuxième levier porte sur l’investissement privé. Les réformes engagées ces dernières années, notamment la nouvelle Charte de l’investissement, le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, la réforme des établissements et entreprises publics ainsi que le développement des partenariats public-privé, visent à renforcer la participation des entreprises nationales et internationales au financement de l’économie. Bank Al-Maghrib considère que cette dynamique contribuera à améliorer la productivité, soutenir l’innovation et accélérer la création d’emplois qualifiés.

La Banque centrale souligne également l’importance de poursuivre les réformes destinées à améliorer l’environnement des affaires. La simplification des procédures administratives, le renforcement de la sécurité juridique, l’accélération de la digitalisation des services publics et la consolidation de la gouvernance figurent parmi les conditions favorables à l’investissement et à la compétitivité.

Le rapport accorde une place particulière aux transitions engagées par le Royaume. Les politiques de souveraineté hydrique, de transition énergétique, de développement des énergies renouvelables, de dessalement de l’eau de mer, d’économie numérique et de réindustrialisation constituent des moteurs appelés à renforcer durablement la compétitivité de l’économie marocaine et à accompagner sa montée en gamme.

La qualité de l’allocation des ressources publiques figure également parmi les priorités mises en avant. Le rapport relève que les dépenses de compensation ont atteint près de 18 milliards de dirhams en 2025, tandis que les dépenses fiscales ont dépassé 32 milliards de dirhams. Bank Al-Maghrib appelle à renforcer l’évaluation de ces dispositifs afin de mieux mesurer leur efficacité économique et sociale et d’orienter les marges disponibles vers les priorités les plus productives.

Bank Al-Maghrib met enfin l’accent sur la nécessité d’approfondir le développement des marchés de capitaux, de favoriser l’inclusion financière et de poursuivre la modernisation des moyens de paiement. Ces évolutions contribueront à diversifier les sources de financement des entreprises, à renforcer la transparence des transactions et à améliorer l’allocation de l’épargne vers les secteurs productifs.

Tout au long de la présentation du rapport annuel, le gouverneur Abdellatif Jouahri a insisté sur la nécessité d’accélérer les réformes structurelles afin de transformer les performances macroéconomiques en gains durables pour l’économie réelle. Il a rappelé que la stabilité financière et la maîtrise de l’inflation constituent des acquis essentiels, mais que les défis portent désormais sur l’emploi, la productivité, la compétitivité, le capital humain et la capacité de l’investissement privé à prendre progressivement le relais de l’investissement public. Cette lecture traduit la volonté de Bank Al-Maghrib d’inscrire le développement économique du Royaume dans une perspective de long terme.

À travers ces orientations, Bank Al-Maghrib défend une conviction : les équilibres macroéconomiques constituent un socle, mais ils doivent désormais se traduire par davantage de productivité, d’innovation, de compétitivité et d’emplois qualifiés. C’est à cette condition que le Maroc pourra inscrire durablement sa croissance dans une dynamique de création de valeur et de développement.


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