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L’Algérie piégée par sa propre hostilité commerciale

L’Europe riposte

Par Yassine Andaloussi


La guerre économique ne se déclare pas toujours à coups de sanctions spectaculaires. Parfois, elle prend la forme discrète mais redoutable d’un arbitrage juridique. C’est exactement la voie choisie par l’Union Européenne face à l’Algérie, qui a multiplié depuis 2021 les mesures de rétorsion commerciale contre des États membres, en particulier la France et l’Espagne. En agissant ainsi, Alger a voulu politiser ses échanges commerciaux pour punir les positions diplomatiques de certains pays sur le dossier du Sahara marocain. Mais cette stratégie agressive vient de connaître un retournement aussi cinglant qu’inattendu.

Bruxelles a décidé de ne plus tolérer les entraves systématiques à l’accord d’association signé en 2005. Des restrictions à l’importation visant des entreprises européennes ont été jugées discriminatoires, voire illégales. L’Algérie avait notamment gelé des échanges avec l’Espagne et freiné certains produits français sur son territoire. Ce choix de l’unilatéralisme a été interprété comme une attaque directe contre les règles du libre-échange et de la non-discrimination qui fondent les partenariats euro-méditerranéens. En réponse, l’Union Européenne a activé un mécanisme d’arbitrage rarement utilisé, preuve du niveau d’irritation atteint au sein des institutions communautaires.

Ce recours juridique est d’autant plus stratégique qu’il s’appuie sur des instruments contractuels acceptés par Alger elle-même. Il ne s’agit donc pas d’une ingérence mais d’une réaction interne au cadre bilatéral signé et ratifié. L’Union rappelle ainsi que le commerce ne saurait devenir l’otage de calculs diplomatiques ou de représailles politiques. Elle affirme sa capacité à défendre ses intérêts sans céder aux provocations d’un partenaire tentant de jouer la division.

Ce n’est pas le seul signal d’alerte envoyé par l’Europe. L’inscription de l’Algérie sur la liste noire des pays à haut risque en matière de financement du terrorisme et de blanchiment d’argent vient compléter le tableau. Cette double pression place Alger dans une posture défensive au moment même où elle espérait renégocier son accord d’association avec des clauses plus avantageuses. Au lieu d’obtenir un meilleur accès au marché européen, elle se retrouve isolée, perçue comme un acteur instable et peu fiable.

Le paradoxe est saisissant. L’Algérie dispose de leviers énergétiques importants et ambitionne de diversifier ses partenariats économiques. Pourtant, son comportement tactique l’enferme dans une logique de défiance qui nuit à ses intérêts. Dans un environnement mondialisé, les guerres économiques ne se gagnent pas par la confrontation directe mais par la consolidation d’un climat de confiance, par le respect des engagements et par la cohérence entre les actes et les discours.

L’affaire en cours avec l’Union Européenne pourrait donc coûter cher à l’Algérie, non seulement en matière d’image mais aussi en termes de flux commerciaux et d’attractivité pour les investissements étrangers. À vouloir transformer l’économie en arme politique, le régime algérien s’expose à une contre-offensive maîtrisée mais implacable. Et dans le champ silencieux de la guerre économique, chaque erreur se paie au prix fort.


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