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La reine est morte, vive le roi !

Le décès de la reine Elisabeth II et l’expression grandiloquente du deuil des Britanniques ont donné une leçon magistrale au républicanisme de pacotille. Ces deux moments se sont inscrits dans le temps et l’espace en actes symboles universels. Le deuil de l’Union était plus qu’une manifestation aux intonations identitaires. Il est le reflet d’une culture, celle de l’attachement d’un peuple composite à une souveraine qui a consacré sa vie au service de son pays et de son peuple.

Les péripéties de la procession consacrée à la Souveraine, en ce lundi 19 septembre 2022, furent intenses, émouvantes, enveloppées par une sorte de sacralité jaillissant de toutes parts des lieux où ont été célébrés les derniers adieux de l’Angleterre et du Commonwealth à leur Souveraine.

Traversant de part en part la longue procession qui a marqué ces funérailles, la reine était constamment présente. A travers l’ensemble des actes de cette célébration, d’abord au sein de la Chapelle qui a accueilli le cercueil d’Elisabeth II et, ensuite, le long du parcours que le cortège funèbre a emprunté pour mener la monarque à sa dernière demeure.
L’image, l’esprit et la présence de la reine en ces temps funéraires se reflétaient partout, dans les sons et la chorale, dans les paroles prononcées en hommage à sa longue vie au service du Royaume-Uni. Coiffant tout, le silence qui a accompagné la célébration de ces funérailles à dimension mondiale fut maître et seigneur, sous les regards médusés des médias internationaux habitués au bruit assourdissant de politiques/politiciens sans envergure.

Le long du déroulé de ces funérailles, la reine a été présente avec force à chaque seconde, et en particulier lors de la minute de silence qui a clos cette cérémonie. Un silence qu’elle a elle-même inscrit à l’ordre du jour de ses funérailles comme tout le reste par ailleurs, parce qu’elle a regardé sa mort en perspective comme un acte objectif à mettre à l’agenda de son règne. Un silence absolu, que l’on écoutait à l’intérieur de l’abbaye de Westminster à l’empreinte terriblement émotionnelle, répercuté qu’il fut à l’extérieur, traversant l’univers d’une Souveraine qui a servi sa nation, son peuple et l’ensemble des pays du Commonwealth soixante-dix ans durant, dans les grands moments comme lors des couacs que le temps distille dans les travées de tout parcours.

Il n’est pas étonnant alors que la Premier League, Championnat de 1ere division de Football anglais, ait célébré samedi 17 septembre le respect et l’attachement des citoyennes et citoyens du Royaume-Uni à leur reine. Une minute de silence suivie de l’hymne national « God save The Queen » ont régné dans un calme absolu avant le lancement des matches. Aucun souffle ne fut perceptible. Seule l’essence d’un hommage subliminal a rythmé l’ouverture des compétitions programmées lors de cette journée. Ce fût le même scénario imposant qui a régné sur le déroulé des funérailles organisés en ce 19 septembre 2022.

Une monarchie qui s’est renouvelée avec le temps

Historiquement, la monarchie britannique, malgré certains ‘’scandales’’ qui ont émaillé sa traversée, notamment sous le règne d’Élisabeth II, n’a pas subi de déphasage organique et son image n’a pas été ternie de manière significative. Une sorte d’aura sacrale est restée ancrée tel un symbole dans la tête et l’imaginaire des Britanniques. Ceci expliquant cela, le deuil porté par les ressortissants (directs ou par filiation ante coloniale) de cette vieille institution a valeur d’authentification organique.

De conservatrice à l’extrême, cette monarchie s’est modernisée en adoptant les évolutions qu’a nécessitées le long règne d’Elisabeth II (70 ans, le plus long de tous les temps monarchiques à travers le monde – 1952/2022). Elle a su sauvegarder le respect qui lui est dû, notamment chez tous les Premiers ministres qui l’ont côtoyée, plus particulièrement le ‘’monstre’’ Churchill et le travailliste Tony Blair. Elle avait le sens des événements et choisissait avec tact (exception faite dans le cas Thatcher) le moment de dire ‘’Non’’ au politique lorsque celui-ci dépassait les bornes. Cette réserve constitutionnelle a imposé son style, celui d’une monarque qui régnait et ne gouvernerait pas mais qui, en certaines circonstances, tapait sur la table avec délicatesse/vigueur pour se faire entendre. En ces moments exceptionnels, constitution ou pas, son avis avait valeur d’ordre. Tous les Premiers ministres qu’elle a eus à nommer s’y sont soumis comme par volontarisme. Le monde a été, en effet, le long de la semaine allongée du 8 au 19 septembre 2022, le témoin oculaire de l’immense respect dû à la reine. Ce monde a surtout relevé au passage que l’un des secrets importantissimes de l’attachement des Britanniques à leur Souveraine vient surtout de la volonté permanente de celle-ci de ne jamais interférer dans le travail du gouvernement, sauf exceptions inévitables.

Ce fut ainsi le cas notoire avec Winston Churchill, qui croyait pouvoir indéfiniment donner des leçons de realpolitik à la reine, qui a fini par reconnaitre en elle une grande Souveraine et, surtout, Margareth Thatcher, qui avait oublié qu’il n’y a qu’une seule reine au Royaume-Uni – Elisabeth II – et a été obligée d’y adhérer à son corps défendant. Ce double couac n’a duré qu’un laps de temps – dérisoire pour un tel règne – et a fait comprendre à tous que la monarque est un arbitre incontournable et, de ce fait, elle est au-dessus des contingences, des politiques et de la conjoncture. Et c’est dans ce rôle qu’en plein Covid, la reine et non pas le Premier ministre s’est adressée le 5 avril 2020 à tous les Britanniques en ces termes : « Ensemble, nous nous attaquons à cette maladie, nous la vaincrons. J’espère que dans les années à venir, chacun pourra être fier de la façon dont il a relevé ce défi. Et ceux qui viendront après nous diront que les Britanniques de cette génération étaient aussi forts que les autres »(1).

Une leçon de gouvernance équilibrée

Elisabeth II, qui était pendant une bonne partie de son règne la seule femme aux rênes d’un État (en fait d’un Empire) et devait certainement se sentir solitaire, avait le sens des responsabilités. Elle s’est tracée très vite une limite inviolable : lire les prérogatives de la monarchie au regard strict de ce que permet la constitution. Car, n’en déplaise aux mordus du républicanisme de bon aloi, cette monarchie est restée, soixante-dix ans durant, attachée au parallélisme des formes, alors que les républiques de par le monde s’embrouillent dans la facétie de Présidents à la fois ronronnants et recroquevillés sur l’idée qu’ils se font de leurs pouvoirs, ‘’dépravés’’ qu’ils sont devenus par la tentation d’un autoritarisme à peine voilé et qui ne dit pas son nom.

En ce sens, la notion de « Président-monarque » n’est pas le fruit de l’imagination de quelques illuminés ou ostentation syllabique. Elle est le constat d’une pratique aujourd’hui discernable de visu dans l’univers républicain. Que les Chefs de gouvernement anglais aient été conservateurs ou travaillistes, la reine Elisabeth II les a accompagnés dans leur mandat en conseillère plus qu’en monarque désobligeante, en dehors de tout paternalisme qu’elle aurait pu pourtant revendiquer. Or, c’est dans ce piège que sont tombés nombre de Présidents de République qui, dans les faits et sous l’impulsion de la conjoncture, agissent en monarques par détournement, faisant fi de démocratisme à la carte et louvoyant avec la constitution et la loi.

Dans leur adieu à Elisabeth II dix jours durant, les britanniques, aux quatre coins du Commonwealth, ont ainsi donné une leçon didactique à tout l’Univers, et de manière plus admirable encore aux Européens, qui ont été forcés de reconnaître la maturité d’un peuple composite formé de 20 nationalités différentes, malgré les ambitions autonomistes, voire antagoniques des uns ou des autres de cette vaste contrée essaimée sur plusieurs continents (Amérique, Asie et Afrique). Outre la longue file de personnes de tous les genres, de toutes les classes et de toutes les sensibilités, qui ont tenu à rendre un dernier hommage à leur Souveraine, la symbolique transmise en direct à travers le monde en ce 19 septembre 2022 fut des plus expressives.

L’adieu des Britanniques à leur reine, lors de ses funérailles programmées, ne peut donc que forcer l’admiration et obliger à reconnaître qu’un roi qui se consacre pleinement au service de son pays et de ses ‘’sujets’’ (abstraction faite de l’once de frugalité de cette acception) ne peut qu’être aimé, admiré, peut-être également adoubé à l’éternité.

Hormis quelques rares voix dissonantes, qui ont émargé çà et là à l’annonce du décès d’Élisabeth II, en Irlande notamment, tout le monde a exprimé – qui dans l’intimité et qui de manière solennelle – son deuil face à la perte d’une reine à la longévité inconcurrencée. Tous ont constaté avec émoi l’attachement de tout un peuple à leur Souveraine et, par-delà, à l’institution qu’elle représente. C’est en cela que plus de 2000 officiels de par le monde ont participé à la cérémonie marquant les funérailles officielles d’Élisabeth II, notamment le roi et la reine de Suède, l’empereur du Japon, le Prince Moulay Rachid du Maroc, le Président américain et bien d’autres célébrités. Cet événement historique a fait dire à certains que « la souveraine disparue n’était pas seulement la souveraine d’un peuple, mais aussi, à sa façon, la reine du monde »(2).

Le temps d’un changement qualitatif ?

C’est en référence à ces instants et à ses acquis que l’on apprécie toute la mesure de ces mots célébrissimes : Le roi est mort, vive le roi.

Charles III saura-t-il persévérer dans la voie de la sagesse constitutionnelle tracée par sa mère ? L’avenir le dira. On a raconté de lui qu’il est capricieux, grincheux sur les bords sur des détails domestiques et n’hésite pas à sermonner celles et ceux qui étaient à son service de son temps de Prince héritier. Mais un prince, aussi héritier soit-il, n’est pas le roi. Celui-ci à un devoir de réserve en ce qui concerne les affaires de l’Etat et du pays au Royaume Uni. Réussira-t-il à sauvegarder le respect des institutions, notamment du gouvernement et du parlement, surtout la Chambre basse (la Chambre des Communes) qui est élue par le peuple ? Mieux encore, bénéficiera-t-il de la même aura auprès des citoyennes et citoyens de l’Angleterre et de tout le Commonwealth ? Le temps politique britannique en sera témoin.

Certains médias anglais croient savoir que Charles III devrait introduire des changements dans le système de gestion de la monarchie, notamment l’allègement du budget qui lui est consacré et la réduction du nombre de personnels au service du roi. Par ailleurs, au vu de la longue période où il a été Prince héritier, il s’est familiarisé avec les affaires publiques aux côtés de sa mère. Il est donc au fait de la situation politique actuelle en Angleterre notamment, dominée par la crise économique et financière d’une part et, d’autre part, par les velléités d’indépendance de certains États membres du Commonwealth. Saura-t-il gérer toutes ces questions avec le tact et la diplomatie dont a fait preuve Elisabeth II le long de ses 70 années de règne ?
Une chose semble acquise néanmoins, la monarchie britannique n’a pas peur d’évoluer. Ce fut le cas sous le règne de Georges VI, le père d’Elisabeth II. Et ce fut fondamentalement fait avec la reine défunte.
Encore un dernier enseignement : il n’est pas nécessaire d’être royaliste ou monarchiste invétérés pour apprécier la valeur intrinsèque d’une monarchie dans le propre de sa structure.

Dont acte.

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Notes :
(1) L’Express du 13 septembre 2022
(2) France 24 du 19 septembre 2022


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