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    Par:  

    Mounir Serhani

  • 01 mars 2021  à 15:33
  • Temps de lecture: 7 minutes
  • CHRONIQUESLa psychologie des haut-parleurs!

    La psychologie des haut-parleurs!
    Mounir Serhani

    Au Maroc, on est presque des Épiméthée. Au Maroc, on agit et puis on agit, après coup. Au Maroc, tout le monde regarde tout le monde. Tout le monde espionne tout le monde. Pas pour des finalités policières ou encore moins professionnelles. Non, loin de là. Surveiller l’autre, le suivre, vouloir le connaître et s’enquérir de sa vie, tout ça c’est du sport collectif. Un centre d’intérêt, des hobbies. On a beaucoup de détectives talentueux qui ne bossent pour personne. Qui travaillent au quotidien sans toucher un centime. Rien. Nada. Néant ! Des passionnés qui s’amusent dans leur boulot : s’informer, dans les deux sens, réflexif et réciproque. Les oignons sont en partage. On se mêle et s’entremêle. Au Maroc, on ose te poser des questions que tes proches n’osent même pas esquisser. On te pose des questions sur ton salaire, le prix de ta maison, la taille de ton épouse, la superficie de ta cuisine… Comme on a le culot de se mettre à nu devant toi, sans que tu le demandes en te faisant part des détails de sa vie privée, voire même intime. Rien n’est tabou. Rien n’est dispensé de l’interrogation, de l’interrogatoire que te font subir ces autres, si inconnus soient-ils. Les limites ? Aucune. Tout est permis.

    On parle trop dans notre pays. On ennuie la nature notre bavardage inutile, creux et futile. Le chauffeur de taxi te parle le long du trajet, le coiffeur te bombarde de questions à compter sur les poils de ton crâne hirsute, le passager dans un compartiment de train n’arrête pas son monologue effréné, le voisin que tu ne rencontres que rarement te soûle par des histoires qui t’intéressent même pas, le poissonnier te rainette des mythes marins auxquels il n’a jamais assisté… Au bain maure, le caissier t’adresse la parole alors que tu es presque nu. Au café, un voisin de table te demande un briquet pour te parler de son four en panne chez lui. Une société en manque de paroles. Les gens sont prolixes.

    Pire encore, on parle en faisant l’éloge du silence. Alors là, c’est trop drôle. Il ne parle pas, il est silencieux, taciturne… ce sont des antiphrases ou des atténuations chez nous. A entendre certains adages, on croit qu’on prône le mutisme. Or tout le monde parle. Il y a même des personnes qui se permettent d’adresser la parole à des objets, sans être fous ni paranoïaques. Faute d’interlocuteur humain, on se crée un auditeur. Comme Robinson en pleine île, solitaire, loin des autres, isolé, on s’invente un vendredi ou un masque capable d’endurer nos conneries inaudibles. C’est de l’insoutenable légèreté de l’être. Le silence nous fait défaut. On n’arrive pas à se taire. On ne laisse pas de blancs dans nos conversations. Il faut voir ces débats unanimes et simultanés pendant lesquels tout le monde parle avec tout le monde : une rixe verbale, une joute oratoire, une espèce de « partouse » communicationnelle ! Des entretiens croisés et enchevêtrés. Le sujet se perd et rien ne l’emporte sur le bruit collectif évidemment insignifiant. Cette crise du dialogue, on ne la vit pas mal. Au contraire, on s’y habitue sans complexe. Elle est même vue comme l’essence du débat ; l’exemple oratoire à suivre. Et bien sûr à force de parler, on finit par ne plus écouter l’autre qui prend à son tour la parole, le cas échéant.

    C’est plus fort qu’eux, ils répondent à une simple question, courte et brève, en racontant en long et en large le comment et le pourquoi, prennent 10 minutes pour expliquer leur point de vue, et qui plus est coupent la parole… Attention! Les gens qui parlent trop ont souvent le don de se mettre les pieds dans les plats et de blesser les autres avec leurs propos. Plus tu parles, plus tu perds les gens ! Plus encore, ces gens-là exaspèrent leurs interlocuteurs qui n’ont qu’un souhait : prendre leurs jambes à leur cou! Les gens qui parlent trop sont souvent inconscients de l’effet qu’ils produisent chez les autres. Pire, ils sont généralement les derniers à s’en apercevoir. Même s’ils sont excédés, la plupart de leurs interlocuteurs ne veulent pas les blesser ou paraître impolis, dit-il. Alors, ils se taisent. Il arrive toutefois que la frustration l’emporte et que ça dérape. Mais qu’est-ce qui pousse les gens à trop parler ? À être bavards, sans ne rien dire d’intéressant ni de sensé. C’est le plus souvent une question de personnalité, de caractère, mais aussi de circonstances. Certaines personnes peuvent avoir énormément confiance en elles au travail, par exemple, mais perdre tous leurs moyens face à un individu qu’elles admirent. La nervosité les entraîne alors dans un flot de paroles. D’autres personnes font tout vite : marcher, manger, travailler et… parler! D’autres encore coupent la parole afin de ne pas oublier leurs idées. Ou encore elles agissent par impulsivité, comme si leurs paroles allaient plus rapidement que leurs pensées et que leur cerveau était décalé par rapport à leur activité labiale ! Mais quand on parle sans avoir suffisamment réfléchi, on risque de heurter les gens. Parfois aussi, c’est par narcissisme qu’on parle trop.

    Ce déferlement difficile à endiguer est un comportement qui se remarque également chez les individus manquant de confiance en eux ou souffrant d’anxiété sociale. Ainsi, chez plusieurs personnes, le moindre inconfort se traduit par une montagne de mots, par un je-ne-sais-quoi de monologique. Par exemple, le fait de rencontrer quelqu’un de nouveau peut les inciter (exciter) à trop parler et à trop se dévoiler, pour tenter un rapprochement. Ça ressemble à un rut saisonnier ou souvent chronique ; le risque, c’est évidemment d’ennuyer les autres ou de faire des gaffes : perdre les autres, autant dans la conversation que dans la vie. Souvent aussi, il s’agit de personnes qui tolèrent mal les silences dans une conversation. Elles parlent pour combler ceux-ci, même si ce n’est pas nécessaire. Les silences durent rarement plus de quelques secondes et permettent souvent aux gens de restructurer leurs pensées. Toutefois, un fait demeure : plus on parle, plus on risque de parler à tort et à travers et de dire des choses qu’il aurait été préférable de taire. Ce « trop parler » sert, comme on a tendance à le croire, à meubler des silences, des blancs pourtant vitaux et rhétoriques, ou parce qu’on a trop à dire. Ce trop de parole est une chose. Mais avoir des propos blessants, volontairement ou non, c’est une tout autre histoire. Cette espèce d’excès de zèle nous induit incontestablement en erreur. Nous ridiculise. Nous tourne en dérision, mais avec le consentement de l’interlocuteur qui a honte de nous dire la vérité en face. C’est justement ce « laisse-moi finir, s’il te plaît! » qui nous fait noyer dans le m’as-tu-vu, dans la mise en spectacle de soi qui n’intéresse personne. Il va falloir parler peu, moins, moins que les autres. La discipline en est une condition sine qua non : s’auto-observer (pour se maîtriser et se rendre compte de ses erreurs), évaluer ses performances, préparer tout un scénario (répéter mentalement ce qu’on veut dire), s’nequérir de l’intérêt de l’interlocuteur, s’entraider entre haut-parleurs pour appréhender le bruit mutuel qu’on peut causer suite à cette hémorragie. Car « si le silence nous pèse, c’est parce que nous en avons terriblement besoin », G. Courtois. A bon entendeur, merci.

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