La persistance du déni : l’Algérie, dans un exercice périlleux de rhétorique, choisit l’isolement diplomatique
Dans un déni flagrant de la réalité diplomatique, le président algérien joue l'aveugle face au Maroc et au verdict du Conseil de sécurité sur la question du Sahara. Abdelmadjid Tebboune, dans son discours du 30 décembre, évite toute mention de la Résolution 2797 de l'ONU consacrant le plan d'autonomie marocain. Alger s'enfonce dans une politique de l'autruche et maintient une position dogmatique en porte à faux avec le consensus international.
Par Mohammed Taoufiq Bennani
Le mardi 30 décembre 2025, au Club des pins, haut lieu de relaxation de l’oligarchie militaro politique et affairiste du pays, les députés et sénateurs algériens convergèrent pour écouter le discours à la nation du président Abdelmadjid Tebboune. Cet uncomptable exercice du genre fut un discours fleuve, dont la première partie s’étira sur plus d’une heure quarante six minutes, consacrée principalement à une litanie de prétendues réalisations nationales. Toutefois, lorsque le chef de l’État aborda le dossier brûlant du Sahara, le voile des succès économiques s’effaça, laissant apparaître la persistance d’une doctrine immuable, figée dans le temps, et désormais en porte à faux avec le consensus international.
L’écho assourdi d’une tribune parlementaire
Le président Tebboune, lors de cette séance non ordinaire du Parlement réunissant le Conseil de la Nation et l’Assemblée Populaire Nationale, s’employa d’abord à défendre un bilan socio-économique devant les représentants de la nation. Il souligna l’engagement dans les réformes et les programmes de développement durable, tentant de peindre le tableau d’une Algérie dite « nouvelle » ou « victorieuse ». Pourtant, c’est dans la seconde partie de cette allocution, condensée en une dizaine de minutes, que les sujets de politique étrangère, de la Palestine au voisinage immédiat, furent abordés. C’est sur ce terrain diplomatique, plus accidenté que les autoroutes de l’autosatisfaction interne, que le discours révéla sa nervosité la plus manifeste.
Le mirage du droit international face à la résolution 2797
Abordant la question du Sahara, le président algérien se drapa dans le manteau de la légalité internationale pour justifier son soutien obstiné à la cause du prétendu « peuple sahraoui ». Il clama haut et fort que l’Algérie n’était pas intéressée par la terre et qu’elle appelait seulement au respect de la volonté des peuples et à leur consultation. D’ailleurs, pour tempérer l’ardeur d’un engagement qui s’érode, il affirma que « nous ne sommes pas Sahraouis plus que les Sahraouis eux-mêmes », concédant que ces derniers sont « libres » de choisir la solution qui leur convient. Cependant, ce piédestal de la légalité internationale s’est avéré fragile, car le chef de l’État a superbement ignoré la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette résolution, adoptée le 31 octobre 2025, consacre pourtant l’autonomie du Sahara sous souveraineté marocaine comme la pierre angulaire de toute solution politique. Le silence du président Tebboune sur ce point crucial équivaut à un déni obstiné de la réalité diplomatique, lui faisant jouer le rôle de l’aveugle et du sourd face au verdict d’une instance qu’il prétend respecter. Il évita également de réitérer sa formule habituelle, soit qu’il « ne va pas abandonner le peuple du Sahara occidental ».
La politique de l’autruche et les contradictions diplomatiques
Ce maintien dogmatique de la position algérienne, bien que le Maroc ait récemment marqué le point décisif à l’ONU, n’est pas sans fondement politique interne. Face à une situation décrite comme catastrophique sur les plans intérieur et extérieur, l’administration présidentielle semble s’être réfugiée dans la politique de l’autruche. Elle trouve un exutoire commode en se cachant derrière la rhétorique de l’ennemi extérieur et le soutien « innocent » au prétendu peuple sahraoui qu’elle soustrait affreusement de son milieu naturel qui est le Maroc. Or, l’Algérie est accusée de s’être mise au ban des nations au Conseil de sécurité concernant ce dossier. De surcroît, cette posture de défenseur inconditionnel du droit à l’autodétermination révèle de profondes contradictions diplomatiques. En effet, le régime refuse par ailleurs de reconnaître l’indépendance d’autres peuples qui clament le même droit avec des preuves tangibles. Ce deux poids deux mesures dans la doctrine du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes souligne une instrumentalisation politique du dossier sahraoui, davantage perçu comme une exception stratégique que comme un principe universel.
Le coût de l’entêtement diplomatique
Le discours du 30 décembre 2025, au-delà de ses promesses intérieures et de ses chiffres contestés, révèle une fois de plus la rigidité d’une doctrine diplomatique face aux évolutions du paysage géopolitique. En esquivant la mention de la résolution 2797, le président Tebboune confirme la ligne de conduite d’un pays qui s’entête à défendre une cause moribonde. Cette persistance dans le déni, qui s’inscrit après l’adoption de la nouvelle résolution onusienne, pourrait cependant coûter cher sur la scène internationale, renforçant l’image d’une nation qui s’isole par choix diplomatique.
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