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La Mauritanie s’aligne discrètement dans une nouvelle équation stratégique

La Mauritanie amorce une nouvelle étape

Par Yassine Andaloussi


Le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani est reçu ce mercredi 9 juillet 2025 à Washington par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Cette rencontre, tenue sous l’impulsion américaine et facilitée par les Émirats arabes unis, consacre un tournant stratégique pour la Mauritanie. Elle dépasse le cadre protocolaire habituel pour s’inscrire dans une recomposition régionale plus large qui modifie les rapports de force en Afrique de l’Ouest et accentue l’isolement progressif de l’Algérie.

Depuis la rupture des relations entre Nouakchott et Tel Aviv en 2009, le dossier israélien était resté en suspens. Officiellement solidaire de la cause palestinienne, la Mauritanie avait pourtant évité toute confrontation directe avec les États qui ont choisi la voie de la normalisation. En coulisse, des signaux d’ouverture ont été émis ces dernières années, sous la pression discrète des États-Unis et du Golfe. La rencontre du jour vient donc confirmer un processus patient et silencieux. Elle ne marque pas seulement une reprise de dialogue entre deux États. Elle s’inscrit dans une logique d’alignement sur une stratégie de stabilité pilotée depuis Washington, où la Mauritanie occupe une place de plus en plus visible dans les schémas de sécurisation de l’espace sahélo-atlantique.

Pour Israël, cet entretien représente une avancée tactique dans un environnement diplomatique tendu. La guerre prolongée à Gaza a isolé Tel Aviv dans plusieurs forums internationaux. Dans ce contexte, multiplier les rapprochements bilatéraux avec des pays arabes ou africains permet à l’État hébreu de démontrer la continuité de sa diplomatie proactive. La Mauritanie présente un profil idéal pour un ancrage discret et progressif. Elle est stable, relativement épargnée par les convulsions internes de ses voisins sahéliens et dotée d’un littoral stratégique. Cette ouverture offre à Israël une opportunité d’étendre sa présence sur l’Atlantique tout en participant indirectement aux efforts de sécurisation du flanc ouest du continent africain.

Pour le président El Ghazouani, cette rencontre répond à une lecture pragmatique des réalités régionales. La situation sécuritaire en Afrique de l’Ouest s’est détériorée au fil des années. Les replis militaires successifs de la France, la montée des groupes armés non étatiques et la fragilité des régimes voisins obligent Nouakchott à redéfinir ses partenariats. Un rapprochement avec Israël, adossé à la garantie américaine et au financement émirati, permettrait d’ouvrir un nouveau canal de coopération en matière de renseignement, de lutte contre le terrorisme, de cybersécurité et de surveillance des frontières. Ce positionnement confère à la Mauritanie un rôle pivot dans le redéploiement des alliances régionales.

La démarche mauritanienne est également porteuse de retombées économiques. En se rapprochant d’un axe Washington Abu Dhabi Tel Aviv, Nouakchott espère bénéficier d’investissements ciblés dans l’agriculture, les technologies de l’eau, les infrastructures logistiques et la numérisation de son administration. La façade atlantique, avec les ports de Nouadhibou et Dakhla, pourrait devenir un espace intégré de transit sécurisé. Ce corridor renforcerait la coopération Sud Sud tout en ouvrant une brèche dans le cloisonnement diplomatique du Maghreb.

Ce réalignement stratégique provoque une réaction hostile à Alger. L’Algérie reste figée dans une posture doctrinaire héritée du non-alignement des années soixante. Elle rejette toute normalisation avec Israël et continue d’ériger la cause palestinienne en principe directeur de sa politique étrangère. Cette position, autrefois partagée par une majorité de pays arabes, ne trouve plus d’écho régional significatif. Le Maroc a franchi le pas depuis 2020, le Soudan a engagé le processus et plusieurs États du Golfe coopèrent ouvertement avec Israël. En refusant toute adaptation, Alger s’isole davantage. Sa diplomatie peine à proposer une alternative crédible au camp des États qui privilégient la sécurité et le développement économique à la rhétorique idéologique.

La rencontre entre El Ghazouani et Netanyahu est donc plus qu’un simple événement bilatéral. Elle marque une rupture silencieuse dans les équilibres traditionnels. En engageant cette démarche depuis Washington, la Mauritanie affirme sa volonté de rejoindre un cercle d’États résolument tournés vers la coopération pragmatique. Elle choisit de s’émanciper de la tutelle morale imposée par les dogmes anciens, sans pour autant renier verbalement son attachement au peuple palestinien. Ce double langage, fréquent dans les transitions diplomatiques, vise à préserver la cohésion nationale tout en se repositionnant sur la scène internationale.

Il ne faut pas s’attendre à une annonce immédiate de reprise des relations diplomatiques officielles. Le président mauritanien avancera par paliers. L’opinion publique reste sensible à la question palestinienne, et les partis d’obédience islamiste pourraient exploiter toute précipitation. Mais le choix stratégique est fait. La Mauritanie entre dans l’orbite de la nouvelle architecture sécuritaire de l’Afrique de l’Ouest. Elle assume son rôle de maillon stable entre le Sahel en crise et les puissances technologiques du Golfe et du Levant. À mesure que cette orientation se consolide, l’influence algérienne s’érode, lentement mais sûrement, emportée par son refus de lire les signes du temps.

Demander à ChatGPLe président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani est reçu ce mardi 9 juillet 2025 à Washington par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Cette rencontre, tenue sous l’impulsion américaine et facilitée par les Émirats arabes unis, consacre un tournant stratégique pour la Mauritanie. Elle dépasse le cadre protocolaire habituel pour s’inscrire dans une recomposition régionale plus large qui modifie les rapports de force en Afrique de l’Ouest et accentue l’isolement progressif de l’AlgérDepuis la rupture des relations entre Nouakchott et Tel Aviv en 2009, le dossier israélien était resté en suspens. Officiellement solidaire de la cause palestinienne, la Mauritanie avait pourtant évité toute confrontation directe avec les États qui ont choisi la voie de la normalisation. En coulisse, des signaux d’ouverture ont été émis ces dernières années, sous la pression discrète des États-Unis et du Golfe. La rencontre du jour vient donc confirmer un processus patient et silencieux. Elle ne marque pas seulement une reprise de dialogue entre deux États. Elle s’inscrit dans une logique d’alignement sur une stratégie de stabilité pilotée depuis Washington, où la Mauritanie occupe une place de plus en plus visible dans les schémas de sécurisation de l’espace sahélo-atlantiqu

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