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La désinformation comme arme de déstabilisation de la cohésion africaine CAN 2025

LA VÉRITÉ


Entretien avec Dr. Mahmoud El HassouniEnseignant-Chercheur SUP MTI Rabat


La CAN 2025 organisée par le Maroc est largement perçue comme une réussite. Partagez-vous ce constat ?

Absolument. À bien des égards, cette Coupe d’Afrique des Nations restera un succès majeur. L’organisation a été irréprochable, la logistique au niveau des standards internationaux et l’événement a permis de mettre en valeur le continent africain dans son ensemble. Sur les plans infrastructurel, sécuritaire, médiatique et symbolique, le message envoyé était clair. L’Afrique est capable d’excellence lorsqu’elle agit avec rigueur, méthode et vision.

Pourtant, la finale a cristallisé de fortes tensions. Comment l’expliquez-vous ?

La finale, en apparence, n’était qu’un match de football. Un match discutable dans ses décisions, frustrant pour certains, jubilatoire pour d’autres. Mais c’est précisément là que se situe le problème. Le football n’est jamais uniquement du sport. Il active des émotions collectives très puissantes. Joie, colère, sentiment d’injustice, fierté nationale. Lorsque ces émotions sont partagées par des millions de personnes, la capacité d’analyse rationnelle diminue fortement.

Ces émotions peuvent-elles réellement être exploitées ?

Oui, et c’est un point fondamental. L’émotion collective constitue un terrain extrêmement fertile pour la manipulation. Dans ces moments de vulnérabilité, les individus deviennent plus réactifs que critiques. La désinformation se nourrit précisément de ces contextes. Elle ne cherche ni la vérité ni l’apaisement, mais l’amplification et la polarisation. Elle prospère lorsque l’émotion prend le pas sur la raison.


Parlez-vous alors d’un phénomène spontané ou d’une stratégie délibérée ?

Il serait naïf de croire au hasard. La désinformation contemporaine est une arme stratégique à part entière. Elle est asymétrique, peu coûteuse et très efficace. Dans le cas de la CAN, les vagues de contenus haineux, de récits biaisés et de narratifs toxiques ne relèvent pas d’une simple colère populaire. Elles s’inscrivent dans une logique plus structurée, visant à fragiliser les symboles de réussite et à délégitimer les modèles qui fonctionnent.

Quel est, selon vous, l’objectif réel de ces campagnes ?

L’objectif dépasse largement le cadre sportif. Il s’agit de s’attaquer à l’image panafricaine du Maroc. Construire une image crédible à l’échelle du continent demande du temps, des investissements lourds, une diplomatie active et une vision stratégique cohérente. En revanche, détruire une image est beaucoup plus simple. Il suffit de récits simplistes, d’indignations sélectives et de relais bruyants dans un contexte émotionnel chauffé à blanc.

À qui profite cette division ?

C’est la question centrale. Le Maroc est engagé dans une dynamique ascendante claire, économique, diplomatique, infrastructurelle, sportive et géostratégique. Cette trajectoire suscite admiration chez certains, mais jalousie ou inquiétude chez d’autres. Le Maroc devient une cible non pas parce qu’il écrase, mais parce qu’il avance. Non pas parce qu’il exclut, mais parce qu’il réussit sans chaos. Le bon élève dérange toujours.


Quel est le rôle des citoyens dans cette mécanique ?

Le drame est que la désinformation ne fonctionne jamais seule. Elle a besoin de relais. Trop souvent, ces relais sont des citoyens sincères mais manipulés. Des individus convaincus de défendre une cause juste, alors qu’ils deviennent involontairement des instruments au service d’agendas qui les dépassent. Diviser les peuples africains, fracturer leur cohésion émotionnelle et politique, affaiblir les dynamiques d’intégration, voilà le véritable objectif.


Quel message adressez-vous aux Africains face à cette situation ?

L’Afrique n’a rien à gagner dans l’indignation permanente et la confrontation virtuelle. Les différends réels ou perçus se règlent par la lucidité, le calme et la diplomatie. La cohésion africaine est un capital stratégique. La désinformation cherche à le détruire. À nous de ne pas lui offrir ce terrain. Il est temps de refuser d’être des marionnettes, de privilégier la raison, la vision et la responsabilité collective.

À bon entendeur.


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