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La consécration de l’autonomie au Sahara : 26 ans de diplomatie royale, une rupture irréversible validée par l’ONU

Par Mohammed Taoufiq Bennani


Au lendemain de l’adoption de la Résolution 2797 par le Conseil de Sécurité (CS) de l’ONU, qui survient dans le sillage des célébrations du 50ème anniversaire de la Marche Verte et le 70e anniversaire de l’indépendance du Maroc, le paysage diplomatique a été définitivement remodelé. Ce moment charnière, qualifié d’historique, marquant et fort, consacre officiellement le transfert du dossier du Sahara vers la solution de l’autonomie sous souveraineté marocaine. S’exprimant lors d’un entretien exclusif sur 2M, M. Nasser Bourita, Ministre des Affaires Étrangères, de la Coopération Africaine et des Marocains Résidant à l’Étranger, a éclairé les mécanismes et les enjeux de cette décision majeure, révélant qu’elle est l’aboutissement d’une œuvre stratégique menée personnellement par Sa Majesté le Roi Mohammed VI sur une période de 26 ans.

 

La genèse d’une stratégie de 26 ans

Ce succès retentissant n’est pas le fruit du hasard, mais la culmination d’un engagement personnel et d’une vision claire impulsée par le Souverain dès 1999. Nasser Bourita rappelle que, vers la fin de 1998 et le début de 1999, le Maroc était encore engagé dans le Plan de Règlement et l’idée d’un référendum incluant l’option de l’indépendance ou de la séparation. Cependant, dès 1999, le Roi a entamé le travail pour sortir de ce schéma jugé difficilement applicable et sans issue. L’Initiative d’Autonomie, élaborée à partir de 2004, fut présentée officiellement en 2007, marquant ainsi une rupture stratégique fondamentale. Cette doctrine, baptisée crédible et sérieuse, est basée sur l’action, le résultat, la clarté et une patience stratégique, garantissant que les fruits de ces efforts soient récoltés au moment opportun.

 

La transformation du consensus international

Fort de cette crédibilité, le Maroc a réussi à ériger l’Autonomie en l’«ossature» du débat international. Le travail intensif mené par le Souverain a permis de sécuriser l’adhésion des grandes puissances mondiales. Le Ministre des Affaires Étrangères a souligné l’importance de l’engagement direct du Roi pour préserver la reconnaissance américaine (2020) même après le changement d’administration. Par la suite, le Royaume a orchestré un changement radical des positions européennes, dont l’Espagne en 2021, l’Allemagne en 2021, la France en juillet 2024, et le Royaume-Uni en juin 2025. Nasser Bourita a affirmé que ces pays influents et connaissant bien la région ont validé le modèle marocain, faisant du plan d’autonomie la référence incontournable.

 

La légitimité du « monde réel », un vote sans opposition

L’adoption de la Résolution 2797 a été marquée par un vote quasi unanime : 11 voix pour, 3 abstentions (Russie, Chine, Pakistan), et surtout, zéro vote contre. Ce résultat est l’élément le plus éloquent, prouvant qu’aucune puissance n’a exercé son veto ou voté contre la proposition marocaine. M. Bourita a révélé que pour atteindre le seuil critique de neuf votes au sein d’un Conseil de Sécurité particulièrement difficile (notamment en raison de la présence de l’Algérie comme membre), le Roi Mohammed VI est intervenu personnellement et directement auprès des dirigeants mondiaux au cours des « cinq ou six derniers jours » précédant le vote.

Concernant les trois abstentions, M. Bourita a expliqué qu’elles étaient principalement liées à des « problèmes avec le porteur de plume » (les États-Unis) et aux dynamiques géopolitiques complexes du moment. La Russie, par exemple, a maintenu sa neutralité pour le Maroc, faisant preuve de respect et de confiance en vertu du partenariat stratégique signé en 2016. De plus, elle a tenu compte de la position équilibrée et non alignée du Maroc sur la crise ukrainienne. Quant au Pakistan, son abstention était liée à des « problèmes avec le Cachemire » et à la nécessité de considérer tout vote à travers le prisme de ses intérêts nationaux.

 

Une rupture de forme et de fond dans le texte onusien

L’analyse du texte même de la Résolution 2797 témoigne d’une « rupture de contenu et de langage ». Sa forme s’est drastiquement simplifiée, passant de 43 paragraphes sur quatre pages dans les résolutions antérieures, à seulement 14 paragraphes sur deux pages. De surcroît, les sujets secondaires, tels que les questions des droits de l’Homme qui occupaient auparavant 15 lignes, sont désormais absents ou réduits à une seule phrase, concentrant le texte sur la solution politique. Le langage utilisé par le CS est devenu direct et impératif : la résolution « Affirme » que l’autonomie est la solution, « Admet/Reconnaît » que l’autonomie est le point de départ, et « Exhorte » les parties à s’engager sur cette base.

Le point de basculement majeur réside dans la clarté inédite du socle et de l’objectif des négociations. L’initiative d’autonomie véritable sous souveraineté marocaine est mentionnée six fois, clairement établie comme la base de départ et d’arrivée des pourparlers. M. Bourita insiste sur le fait que la mention explicite de la « souveraineté marocaine » est le « tournant majeur » de ce texte. Pour la première fois dans une résolution du CS, il est affirmé que l’autonomie est la solution.

 

La clarification du droit à l’autodétermination

Le Maroc, selon M. Bourita, n’a « aucun complexe » concernant le terme d’« autodétermination ». Il rejette l’interprétation étroite qui réduit ce droit à un unique vote (référendum). Il précise que l’autodétermination doit être vue comme une action quotidienne impliquant le vote, les initiatives économiques, et l’exercice des droits civils et politiques. L’Autonomie, en conférant à la région des organes législatifs, exécutifs et judiciaires sous la souveraineté du Royaume, constitue la « meilleure incarnation » du principe d’autodétermination, tel qu’il est défini dans les pactes internationaux des droits de l’Homme.

 

Un cadre de négociation précis et contraignant

La résolution clarifie également le cadre formel du processus. Elle identifie explicitement les quatre parties prenantes : le Maroc, le Polisario, l’Algérie et la Mauritanie, mettant fin aux ambiguïtés concernant le rôle de chaque acteur. De plus, le Conseil de Sécurité a fixé un délai maximal d’un an pour les négociations, exigeant du Secrétaire Général qu’il présente des rapports réguliers (« sur une base régulière »), une mesure qui met fin à la tactique du gain de temps. Le rôle de la MINURSO est désormais strictement défini comme un « support logistique » au service de l’Envoyé Personnel, non comme un acteur indépendant du processus.

 

L’impératif de la mise à jour de l’Initiative

À présent que le cadre international est fixé, le Maroc se tourne vers l’étape de la mise en œuvre responsable. Le Roi a souligné la nécessité de mettre à jour et de détailler l’Initiative d’Autonomie de 2007. Cette actualisation intégrera les avancées institutionnelles majeures survenues depuis lors : la nouvelle Constitution de 2011, la Charte de la régionalisation avancée de 2015, et les modèles de développement spécifiques aux provinces du Sud. Le document, qui n’était initialement qu’une proposition diplomatique de six pages, doit dorénavant détailler les compétences précises des futurs organes (législatifs, exécutifs, judiciaires) pour servir de base concrète aux négociations.

 

Responsabilité et main tendue régionale

La Résolution 2797 représente le couronnement de deux décennies et demie de diplomatie basée sur le sérieux et la clarté. Le Maroc, adoptant une perspective responsable, ne considère pas cette décision comme une « victoire » à exploiter. Au contraire, il s’engage à traiter cette nouvelle légitimité avec responsabilité pour parvenir à une solution qui « préserve la face de toutes les parties ». Le Souverain a réitéré son appel historique au dialogue « franc et responsable » avec l’Algérie, soulignant que les deux nations n’ont nul besoin de médiation en raison de leur histoire et de leur destinée commune. M. Bourita conclut que le Royaume est aujourd’hui plus proche que jamais d’une solution au dossier du Sahara. Mais, qu’en pensent les parties réticentes ? Accepteront-elles de jouer la partie selon cette nouvelle configuration validée par la légitimité internationale ?


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