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La confiance en chantier

À un peu plus de deux mois des élections législatives du 23 septembre 2026, le fonctionnement des partis politiques occupe une place centrale dans la séquence électorale. La mobilité des candidats, les alliances gouvernementales, le mode de scrutin, le renouvellement des responsables et l’ouverture des organisations partisanes influencent directement la perception des électeurs. Dans ce contexte, la campagne engage chaque formation sur sa capacité à présenter une identité claire, des candidats crédibles et un programme identifiable.

Par Mohammed Taoufiq Bennani


Le scrutin de 2021 constitue le principal point de référence. Le Rassemblement national des indépendants avait remporté 102 des 395 sièges de la Chambre des représentants, contre 37 en 2016. Le Parti authenticité et modernité avait obtenu 87 sièges, devant le Parti de l’Istiqlal avec 81 sièges. L’Union socialiste des forces populaires avait décroché 34 sièges, le Mouvement populaire 28, le Parti du progrès et du socialisme 22 et l’Union constitutionnelle 18. Le Parti de la justice et du développement, arrivé en tête en 2011 et en 2016, avait terminé avec 13 sièges, contre 125 cinq ans auparavant.

Ces résultats avaient conduit à la formation d’une majorité réunissant le RNI, le PAM et l’Istiqlal, soit 270 députés au moment de la constitution de la coalition. Aziz Akhannouch avait été nommé Chef du gouvernement après la victoire du RNI. Abdellatif Ouahbi dirigeait alors le PAM et Nizar Baraka l’Istiqlal. Cette alliance entre trois formations aux histoires, aux structures et aux références politiques distinctes illustre le poids des accords conclus après les élections dans la construction d’une majorité parlementaire.

La participation avait atteint 50,18 % des électeurs inscrits, contre 42,29 % en 2016. Sur 17,5 millions d’inscrits, environ 8,8 millions s’étaient rendus aux urnes. La tenue simultanée des élections législatives, régionales et communales avait favorisé cette mobilisation. Le chiffre officiel repose toutefois sur les listes électorales, ce qui place l’inscription des citoyens au cœur de l’évaluation de la participation politique.

Pour les partis, l’enjeu de septembre 2026 consiste ainsi à mobiliser leur électorat traditionnel tout en attirant les citoyens éloignés des structures partisanes. Le ministère de l’Intérieur, dirigé par Abdelouafi Laftit, conduit les préparatifs du scrutin et les concertations avec les formations politiques. Le gouvernement a officiellement retenu la date du 23 septembre 2026 pour l’élection des membres de la Chambre des représentants.

 

Des directions en mouvement

La préparation du scrutin s’accompagne d’une recomposition à la tête de plusieurs formations. Le RNI a ouvert une nouvelle étape en février 2026 avec l’élection de Mohamed Chouki à la présidence du parti, après le départ d’Aziz Akhannouch de cette fonction. Mohamed Chouki, qui dirigeait auparavant le groupe parlementaire du RNI, hérite d’une organisation disposant de la première force à la Chambre des représentants et portant le bilan de la majorité gouvernementale.

Au PAM, Fatima Ezzahra El Mansouri coordonne la direction collective mise en place lors du congrès de février 2024. Ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, elle occupe également la présidence du Conseil communal de Marrakech. Le parti aborde les élections avec ses 87 sièges obtenus en 2021 et une implantation importante dans plusieurs collectivités territoriales.

L’Istiqlal reste conduit par Nizar Baraka, reconduit à l’unanimité au poste de secrétaire général en avril 2024. Le parti, qui avait presque doublé son nombre de députés en passant de 46 sièges en 2016 à 81 en 2021, cherche à valoriser sa participation au gouvernement et son réseau territorial historique.

Dans l’opposition, Abdelilah Benkirane a été reconduit à la tête du PJD en avril 2025 avec 974 voix, devant Idriss Azami Al Idrissi et Abdellah Bouanou. Son retour à la direction du parti accompagne la tentative de reconstruction d’une formation passée de 125 à 13 députés entre 2016 et 2021. Driss Lachgar dirige toujours l’USFP, Mohammed Ouzzine le Mouvement populaire et Mohamed Nabil Benabdallah le PPS. Ces responsables entrent dans la campagne avec des positions institutionnelles, des bilans et des stratégies électorales distincts.

La bataille des candidatures

À chaque échéance électorale, les partis recherchent des profils disposant d’une implantation locale, d’un réseau social, d’une expérience communale ou d’une capacité de mobilisation. Cette compétition encourage la circulation de candidats et d’élus entre les formations. Le phénomène prend une importance particulière dans les circonscriptions où quelques centaines ou quelques milliers de voix peuvent modifier l’attribution d’un siège.

Pour une direction partisane, l’arrivée d’un président de commune, d’un parlementaire sortant ou d’une personnalité locale reconnue représente un gain électoral immédiat. Pour les militants, cette pratique soulève une question de cohérence entre l’adhésion, le parcours interne et l’attribution des investitures. La crédibilité d’un parti repose alors sur la transparence de ses critères de sélection, la place accordée aux militants et la correspondance entre le profil du candidat et les orientations annoncées.

Cette mobilité alimente aussi la difficulté à distinguer les formations. Le RNI se présente comme une force libérale centrée sur l’efficacité économique et la mise en œuvre des politiques publiques. L’Istiqlal revendique son histoire nationale, son implantation sociale et son référentiel de l’égalitarisme économique. Le PAM met en avant la modernisation institutionnelle et territoriale. Le PJD conserve un référentiel islamique et conservateur. Le PPS et l’USFP puisent leur identité dans la gauche marocaine. La traduction de ces références dans les programmes, les alliances et les candidatures donnera aux électeurs les éléments nécessaires pour comparer les offres politiques.

Cette dynamique s’observe déjà à l’approche du scrutin. Depuis le début de l’été 2026, plusieurs mouvements de responsables locaux, de présidents de communes et d’élus alimentent la concurrence entre les principales formations politiques. Le PAM a enregistré plusieurs ralliements dans différentes régions du Royaume et présente cette stratégie comme un moyen de consolider son implantation territoriale. De son côté, le RNI met en avant le renouvellement de ses candidatures en soulignant la place accordée à de nouveaux profils, aux jeunes et aux femmes, tandis que les autres partis accélèrent également la finalisation de leurs investitures. Cette compétition autour des candidatures confirme que les élections se jouent désormais autant sur la qualité des profils présentés aux électeurs que sur les programmes politiques. Elle relance aussi le débat sur la transhumance partisane, la fidélité aux engagements et les critères retenus par les formations pour désigner leurs représentants.

 

Une confiance fragile chez les jeunes

L’étude publiée par Afrobarometer le 16 mars 2026 apporte des données précises sur le rapport des jeunes Marocains aux institutions. Réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 1 200 adultes, l’enquête montre que 37 % des 18-35 ans déclarent faire partiellement ou beaucoup confiance au Parlement. La proportion atteint 34 % pour les conseils communaux et 33 % pour le Chef du gouvernement. La confiance envers les partis de la majorité et ceux de l’opposition s’établit également à 33 %.

La perception de la corruption pèse fortement sur cette relation. Parmi les jeunes interrogés, 33 % estiment que certains ou la plupart des conseillers communaux sont impliqués dans des affaires de corruption. Cette proportion atteint 32 % pour les parlementaires et 27 % pour les responsables de la Primature. Les jeunes évaluent aussi avec réserve les performances des institutions : 30 % approuvent le travail des conseillers communaux, 29 % celui du Chef du gouvernement et 28 % celui des députés.

Ces chiffres traduisent une exigence élevée en matière de responsabilité publique. Selon la même enquête, 67 % des jeunes considèrent que le Chef du gouvernement doit rendre compte au Parlement de l’utilisation des deniers publics. Une proportion de 63 % estime qu’il doit respecter les lois et les décisions des tribunaux. Les réseaux sociaux occupent parallèlement une place grandissante dans leur participation politique, à travers la publication de contenus, les campagnes numériques et les réactions aux décisions publiques.

Cette génération représente environ le tiers de la population marocaine. Son rapport au vote dépendra largement de la qualité des candidatures, de la présence des partis sur le terrain et de la place accordée aux préoccupations concrètes : emploi, pouvoir d’achat, logement, éducation, santé et mobilité sociale.

Femmes et renouvellement

La Chambre des représentants compte 96 femmes sur 395 députés, soit 24,3 % de ses membres. Ce chiffre marque une progression par rapport aux 81 élues de la législature précédente. L’essentiel de cette représentation provient des circonscriptions régionales prévues par le dispositif électoral. En 2021, seules 6 femmes avaient remporté un siège dans une circonscription locale.

Cette donnée éclaire les mécanismes de sélection au sein des partis. La présence des femmes dans les bureaux politiques, les directions nationales et les conseils territoriaux a progressé, tandis que l’accès aux candidatures locales compétitives reste fortement dépendant des décisions d’investiture. Cette évolution s’illustre par les responsabilités exercées aujourd’hui par plusieurs femmes au sein des institutions, notamment Fatima Ezzahra El Mansouri, ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville et figure dirigeante du PAM, Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des Finances, Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, ainsi que d’autres responsables occupant des fonctions gouvernementales, parlementaires ou territoriales. La campagne de 2026 permettra d’apprécier la place accordée aux femmes sur les listes locales, dans les circonscriptions les plus compétitives et au sein des équipes appelées à exercer les principales responsabilités politiques.

Le renouvellement concerne également les jeunes candidats. Les partis disposent d’organisations de jeunesse, de fédérations professionnelles et de structures régionales, mais la sélection finale privilégie souvent les profils déjà implantés. L’ouverture des investitures à de nouvelles générations constitue donc un indicateur concret de démocratisation interne.

 

Le champ politique et ses portes d’entrée

Les travaux de Pierre Bourdieu sur le champ politique apportent un éclairage utile à cette situation. Le sociologue décrit un espace structuré par des règles, des positions, des ressources et des rapports de force. Les élus, les cadres partisans, les responsables gouvernementaux et les candidats y construisent des carrières et acquièrent une connaissance spécialisée du fonctionnement institutionnel.

Cette professionnalisation crée une distance avec les citoyens lorsque les procédures d’adhésion, les modalités de promotion et les critères d’investiture restent peu accessibles. L’entrée dans un parti, la participation aux décisions locales et l’accès aux responsabilités forment ainsi des éléments essentiels de la relation entre les organisations et la société.

Les citoyens accordent leur légitimité aux représentants par le vote. Les formations politiques ont donc intérêt à simplifier l’adhésion, publier leurs procédures internes, préciser leurs critères de sélection et développer des mécanismes réguliers de consultation. Cette ouverture renforcerait la participation des jeunes, des femmes, des cadres associatifs, des universitaires, des entrepreneurs et des salariés.

À l’approche du 23 septembre, la campagne électorale placera chaque parti face à une série de questions concrètes. Qui seront ses candidats ? Selon quels critères seront-ils choisis ? Quel programme défendront-ils ? Avec quelles formations envisageront-ils de gouverner ? Quels engagements prendront-ils sur l’emploi, les services publics, la protection sociale et le pouvoir d’achat ?

La réponse à ces questions déterminera la capacité du RNI de Mohamed Chouki, du PAM conduit par Fatima Ezzahra El Mansouri, de l’Istiqlal de Nizar Baraka, du PJD d’Abdelilah Benkirane, de l’USFP de Driss Lachgar, du Mouvement populaire de Mohammed Ouzzine et du PPS de Mohamed Nabil Benabdallah à mobiliser les électeurs. La confiance se construira autour des candidatures, de la cohérence des programmes, de la clarté des alliances et de la qualité du lien établi avec les citoyens.


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