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    Par:  

    Ahmedou DAYAHI

  • 02 juin 2020  à 23:32
  • Temps de lecture: 14 minutes
  • ÉCONOMIELa commission sur le modèle du développement à l’épreuve du Coronavirus

    La commission sur le modèle du développement à l’épreuve du Coronavirus
    Ahmedou DAYAHI, cadre de banque

    La pandémie COVID19 est-elle tombée à point nommé pour permettre à la Commission Spéciale sur le Modèle de Développement au Maroc (CSMD) de tirer les marrons du feu en lui offrant une réelle source d’inspiration ? 


    Le moins que l’on puisse dire à ce sujet, c’est que la propagation de la pandémie à l’échelle planétaire et la crise sanitaire qui en avait résulté, ayant dégénéré rapidement en crise économique, prête à méditation. 

    Cette crise qui a fait office d’un diagnostic, grandeur nature, a mis à nu les dysfonctionnements, les faiblesses et les vulnérabilités de certains modèles jusqu’alors idéalisés. 

    La CSMD, actuellement plongée dans sa réflexion pour livrer son rapport dans les délais impartis, n’a qu’à jeter un regard scrutateur sur quelques pays de l’Union Européenne, pour en tirer les conclusions. 

    En effet, aussitôt que la pandémie s’est répandue parmi leurs populations, ces pays se sont recroquevillés sur eux-mêmes, piétinant sur leur chemin les principes fondamentaux du sacro-saint « pacte de stabilité et de croissance ». 

    Et comme « aucun plan de bataille ne résiste au premier coup de canon », disait Bismarck, la cohésion européenne, tant prônée, s’est disloquée subitement. Les Etats ont confiné à la hâte leurs populations, avant de se confiner eux-mêmes à l’intérieur de leurs frontières nationales, qu’ils ont longtemps feint d’oublier. 

    Les pays les plus affectés par la pandémie, tel que l’Italie, l’Espagne ou encore la Serbie, pays candidat à l’adhésion à l’UE, n’ont pas trop tardé à dénoncer le manque de solidarité dont ont fait preuve les pays « frugaux », qui rechignent toujours à leur porter assistance. Ils sont même allés jusqu’à menacer ouvertement de réviser leurs futures cartes d’alliance.

    Ce n’est qu’une fois l’état de sidération dépassé, que les dirigeants de certains pays membres, notamment l’Allemagne et la France, ont pris conscience de l’ampleur du danger qui pèse sur la pérennité même de l’union. Aussi, Ils ont commencé à concocter des plans de sauvetage pour rattraper les effets du cafouillage qui a marqué la gestion communautaire de la crise. 

    D’aucuns peuvent se demander en quoi cela peut-il intéresser le Maroc et quels enseignements la CSMD peut-elle tirer de ce que s’est passé de l’autre côté de la méditerranée ? 

    Sans trop vouloir se livrer à une quelconque comparaison triviale, et initialement biaisée, entre le Maroc et les grandes puissances économiques européennes, il serait utile, au demeurant, de souligner que notre pays qui n’a pas été à l’abri d’une forte exposition à la pandémie, a réussi à gérer très correctement la crise. Ce succès relatif a même suscité l’admiration, parfois teinte de « jalousie », des médias de certains pays dits avancés. La décision souveraine du Maroc de prendre des mesures immédiates pour juguler la propagation de la pandémie, et que l’on peut qualifier d’audacieuses, a évité au pays de vivre des scénarios catastrophiques. 

    En revanche, l’ampleur des dégâts humains subis par certains pays de l’UE nous pousse à chercher à comprendre quelles étaient les vulnérabilités à l’origine de l’échec de ces pays au stress-test du Coronavirus. 

    A notre sens, cet échec serait imputable, essentiellement, à la conjugaison de deux facteurs : 

    Un effet de lobbying: L’emprise du marché et des acteurs économiques sur les pouvoirs publics, aurait empêché ces derniers de décréter les mesures préventives au moment opportun. Ainsi, et pendant que des débats politiciens stériles, tantôt sur l’efficacité de la chloroquine et tantôt sur l’utilité, ou non, du port des masques, défrayaient la chronique en France, par exemple, une population naïve et dénuée de toute protection était laissée affronter un fléau ravageur. 

    Un effet de politique d’austérité: Lorsque la prévalence de la pandémie a atteint son summum, l’opinion publique européenne découvre, non pas sans stupeur, l’ampleur du déficit en moyens dont souffrent les systèmes sanitaires de la plupart des pays de l’union (La France, l’Italie, l’Espagne, la Grèce et même l’Allemagne). 

    Ce déficit abyssal, aussi bien en termes de matériel médical qu’en nombre des lits en soins intensifs et de personnel soignant, a mis en évidence les carences structurelles des dispositifs de santé de ces pays. 

    Cette situation est l’aboutissement naturel de la politique d’austérité menée avec constance par ces gouvernements, et qui n’avait pour autre finalité que la duplication de l’ultra-libéral modèle de santé américain, construit autour de de la marchandisation du service sanitaire et sa soumission à la logique du marché. Une logique amorale, qui réduit la performance de l’hôpital public à sa capacité à compresser indéfiniment ses charges sans se soucier, nullement, de la mission d’intérêt général qu’il est sensé remplir. 

    On est donc en présence d’un modèle mercantile, qui a montré ses limites à plus d’un égard, que le Maroc ne peut prendre comme exemple, sinon pour en tirer des leçons. 

    Toutefois, la portée « court-termiste » des mesures prises par notre pays doit nous interroger, d’une part, sur leur soutenabilité et d’autre part, sur la capacité du pays à en assumer les conséquences économiques et sociales, dont les prémices sont déjà palpables. Cette interrogation est d’autant plus justifiée quand on réalise que le pire n’est pas encore derrière nous, que la phase critique n’est toujours pas dépassée et que, de surcroit, l’évolution de la pandémie demeure imprédictible. 

    Cette réalité n’est pas sans donner du fil à retordre à l’instance en charge de l’élaboration d’un nouveau modèle de développement, dans la mesure où son ingénierie en la matière devra d’abord pouvoir composer avec les effets de ces mesures d’urgence. 

    La perfusion administrée actuellement par l’Etat, à l’économie nationale, pour la sortir de sa léthargie, pourrait être tellement couteuses qu’elle accélèrerait le rattrapage de cette dernière par les déséquilibres de ces fondamentaux. 

    Autant d’inconnues et de contingences pernicieuses qui feront de l’appréhension des complexités polymorphes des séquelles de la crise, une tâche épineuse pour la CSMD.

    En effet, la commission devrait au préalable amorcer la démystification de la situation, pour pouvoir jeter les bases de son modèle de développement et de l’arrimer à la réalité post-Covid19 dans une cohérence d’ensemble. 

    Néanmoins, et quel que soit le degré d’incertitude de l’environnement dans lequel elle est appelée à opérer, la commission ne saurait pas faire l’impasse sur certaines vérités immuables, que la crise est venue confirmer. 

    Elle devrait se rendre à l’évidence, en ce sens, que nul nouveau modèle de développement ne pourrait être conçu que sur fond de changement de paradigme et en anticipation sur un nouvel ordre mondial en gestation.

    Aujourd’hui, s’il y’a une vertu que l’on peut attribuer à la crise du Coronavirus, ce serait bien son rôle d’accélérateur des mutations des modes organisationnels de notre société, mais aussi le renforcement de notre capacité de discernement entre l’indispensable et le superflu. 

    Dès lors, nous sommes appelés, plus que jamais, à repenser la réhiérarchisation de nos priorités pour en dégager celles qui constitueront les substrats de notre prochain modèle de développement. 

    A notre sens, si la réforme devait être engagée sur plusieurs fronts, tous cruciaux les uns que les autres, il en demeurera pas moins que le principe de souveraineté devrait y constituer le cadre fédérateur. 

    Etant une crise sanitaire, la pandémie Covid19, a mis en évidence l’extrême importance que revêt un système médico-social performant pour tout pays. 

    Mis à l’épreuve de la pandémie, sans qu’il soit, heureusement, poussé à ses limites, le système de santé marocain a certes montré une certaine résilience, mais aussi beaucoup de fragilité. 

    Cette épreuve a donné naissance à une prise de conscience collective que la mise à niveau de notre système sanitaire et le rehaussement de la qualité de ses prestations, doit constituer l’une des pierres angulaires de notre modèle de développement. 

    Aussi, cette mise à niveau ne pourra être envisagée qu’à travers une réforme profonde et tous azimuts de la filière et de l’écosystème sous-jacent. 

    Elle doit, nécessairement, s’étendre à l’ensemble des composantes du système, allant de la formation du personnel soignant et le soutien de la recherche scientifique, dans le domaine biomédical, au sein des CHU et des laboratoires publics, à la gestion des établissements hospitaliers. 

    Des mesures d’accompagnement adéquates sont également à prendre dans ce sens, aussi bien en termes de sensibilisation des populations aux mesures d’hygiène, qu’en matière de moralisation du secteur privé de la santé. 

    Toutefois, la requalification du système national de santé ne pourrait être envisagée en l’absence d’une véritable volonté politique sincère et déterminée à engager les réformes institutionnelles, législatives et sociales idoines favorables à la mise sur pied d’un modèle de développement sociétal pérenne et à mobiliser les ressources nécessaires. 

    Sur cette question, nous nous demandons si la CSMD serait en mesure de mobiliser le courage nécessaire pour briser les tabous et pointer du doigt les vrais foyers de résistance au décollage économique et social du pays, ou va-t-elle plutôt se limiter à proposer des demi-mesures et à chercher des compromis en composant avec le népotisme, l’économie de rente et l’absolutisme de l’oligarchie de fait qui tient les rênes de l’économie du pays ? Notre capacité de discernement entre l’indispensable et le superflu, éveillée par la crise, doit nous permettre de rationnaliser notre gestion budgétaire pour mobiliser les ressources nécessaires à la mise en œuvre de ces réformes.

    Nous devrons dès lors rompre avec l’approche dispendieuse qui a toujours cherché à « marketer » l’image du pays par le spectacle, en multipliant les festivals, au profit d’une approche plus pragmatique qui promeut le Maroc par sa propicité à l’essor des compétences scientifique et des expertises techniques. 

    La souveraineté à laquelle nous devons prétendre au lendemain de la crise, est bien celle qui garantirait le maintien de l’ordre de notre société, la continuité des services publics et des fonctions régaliennes de l’Etat ainsi que le fonctionnement normal de notre économie en période de stress. Une souveraineté qui nous permettra de rester maitres de notre destin. 

    Or, ce niveau d’autonomie n’est accessible que si l’on maitrise l’un de ses principaux déterminants, à savoir, la souveraineté numérique. 

    Ainsi, tout modèle de développement ou vision de l’avenir qui n’intègrent pas une forte dimension numérique, seraient voués à l’échec.

    En effet, dans un monde interconnecté, aucun pays ne saurait assurer un fonctionnement normal de ses institutions sans disposer d’infrastructures fiables de transport et de stockage des données. 

    Le mode de vie auquel la pandémie a contraint la société mondiale a mis en exergue l’importance de la qualité de ces infrastructures en tant que facteurs de différenciation entre les nations. 

    C’est grâce à leur forte digitalisation que les pays développés ont pu contourner les restrictions imposées par la pandémie en adoptant une nouvelle organisation de leur activité économique et de leur mode de vie social. 

    L’appropriation par ces ses sociétés des solutions digitales et des plateformes collaboratives leur a permis d’adopter, sans difficultés, le télétravail, le télé-enseignement, la téléconsultation médicale, le téléachat…etc. 

    Le Maroc doit admettre que ces créneaux constituent désormais les valeurs sûres et les véritables métiers mondiaux du futur, et s’atteler, en conséquence, à la mise à niveau de son réseau de télécommunications et à l’accélération de la transformation digitale de son tissu économique et de son administration. 

    Cela est d’autant plus vrai que la crise a révélé la vulnérabilité de certaines activités cycliques, en déclin (l’automobile à moteur thermique, l’aéronautique…etc.), que le Maroc avait mis au centre de son plan d’accélération industriel 2014-2020, en déployant des écosystèmes qui leur sont dédiés. 

    Les décideurs du pays ont dû certainement capter les signaux émis par les voix qui se sont élevées dans les pays pourvoyeurs d’IDE appelant à la relocalisation de leurs industries, pour réorienter leur stratégie en la matière. Le numérique, l’intelligence artificielle et l’électronique de puissance sont incontestablement les terrains sur lesquels sera mené le combat de demain. Pour bien préparer ces terrains, et défricher son désert numérique, le Maroc gagnera, dans une première étape, à accélérer la digitalisation de la société en constituant des plateformes d’open data exploitables et le déploiement des passerelles « Gateway » nécessaires à leur interopérabilité. 

    Ensuite, le département en charge de l’économie numérique est appelé à œuvrer pour le développement d’un environnement propice à l’émergence de startups innovantes dans ces domaines. 

    Pour ce faire, il est nécessaire d’instaurer un cadre juridique d’accompagnement et de multiplier la création de technopoles dotées de structures de soutien à ces jeunes pousses, tels les incubateurs d’entreprises, les pépinières d’entreprises et les hacker-houses. Il est aussi indispensable pour le pays de soutenir la recherche et développement dans les domaines de gestion du big data, du cloud computing et des plateformes de co-working, qui seront à même de consolider sa souveraineté numérique. 

    A cet, égard, le Maroc pourrait compter sur ses propres talents. Les nombreuses compétences scientifiques de haut niveau, d’origines Marocaine, qui ont fait la une des médias et des réseaux sociaux, et l’ingéniosité dont ont fait preuve les chercheurs, les médecins et les ingénieurs Marocain, en ce temps de crise, a démontré que nous n’avons pas grands chose à envier aux pays détenteurs du savoir. 

    Ce sont là quelques pistes de réflexion, en dehors des sentiers battus, que la CSMD pourra explorer. Les problématiques que nous affronterons après le COVID19, ou éventuellement « avec le COVID19 », si la pandémie devient endémique au point que nous serons contraints à co-vivre avec, seront tellement inédites que nous ne saurions pas y répondre que par des solutions inédites. 

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