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    Par:  

    Abdellah El Amrani

  • 02 juin 2020  à 23:36
  • Temps de lecture: 11 minutes
  • CHRONIQUESLa Chronique du confinement qui lasse: Le jour où j’ai failli être arrêté

    La Chronique du confinement qui lasse: Le jour où j’ai failli être arrêté
    Me Abdallah El Ferdaous, ancien président du RAJA de Casablanca, et ses enfants Zineb et Othman El Ferdaous

    Il y a toujours un détail qui, une fois évoqué, devient déterreur de souvenirs enfouis. C’est intéressant dans la mesure où certains de ces derniers méritent d’être narrés. 

    Le remaniement ministériel du 7 avril dernier ne m’ayant pas fourni les inspirations nécessaires pour formuler une opinion à même de satisfaire les attentes de mes lecteurs, je me suis résolu, d’en publier seulement la liste. 

    Sans commentaire. Mais voilà qu’une lecture hâtive des noms composant les nouveaux venus me fait découvrir le retour d’un nom qui m’est particulièrement familier: El Ferdaous. Je n’en connaissais qu’un seul, celui que porte un avocat Me Abdallah El Ferdaous, ami intime de feu Me Maâti Bouabid, ancien Premier ministre. Et c’est de la part de ce dernier qu’était venu me voir, en mars 1983, Abdallah El Ferdaous, à l’époque président du prestigieux club du Raja. 

    Il m’aborde à l’heure du petit-déjeuner à la Chope, lieu de rencontres matinales entre des ténors du prétoire. On apercevait Maîtres Benzakour, l’ancien Médiateur, Khatib, ancien ministre de l’intérieur ou le regretté Hamid Lahbabi, ancien dirigeant fédéral de football. Maâti Bouabid se faisait très fréquent dans ce lieu, devenu emblématique, puisque son cabinet d’avocats trouvait à quelques dizaines de mètres. 

    – Al Oustad Bouabid, me dit Abdallah, veut vous voir le plus tôt possible. Il vous attend, si vous le souhaitez, demain dans son bureau à Rabat. Juste après la cérémonie d’accueil du nouveau Premier ministre espagnol Felipe Gonsalez. 

    Le lendemain, en cours de route, Me El Ferdaous m’explique que le Premier ministre allait me proposer un projet éditorial au vu de « la qualité de mon parcours professionnel. » Pourtant mon CV n’était pas si fourni. 

    Après un passage à Maghreb Informations et la proximité intellectuelle avec le leader syndicaliste Mahjoub Benseddik, la fréquentation de Moulay Abdallah Ibrahim pour la traduction de son « rapport de doctrine et d’orientation du 4ème Congrès de l’UNFP en 1974 « , j’ai dirigé pendant cinq ans le bureau de la MAP à Casablanca. 
    Il n’y avait pas de quoi se réveiller au milieu de la nuit pour entonner l’hymne national. J’ai créé une entreprise, « Nejma Communication « , pour, justement, échapper à la précarité qui accompagne souvent le métier de journaliste dans une entité publique. Et « Nejma Communication » commençait en cette troisième année d’existence à produire ses fruits.

     Elle se mettait à rivaliser avec les cinq premières agences du pays en remportant des marchés grâce à des dossiers solides. Ses spots télévisés traitaient de tout: agroalimentaire, industrie et services. 

    « Nejma Communication » éditait en outre un hebdomadaire arabophone « Addar Albaïda » et un mensuel francophone « L’économiste du Maghreb  » à laquelle collaborait régulièrement un certain Habib El Malki. 

    C’est un article que j’avais signé sur les colonnes de ce dernier qui m’avait attiré l’intérêt du fondateur de l’UC. Il me l’a révélé dès le début de la rencontre en présence de son émissaire Me Abdallah El Ferdaous. 

    – Voyez-vous Mr El Amrani, m’a-t-il lancé, je ne vous connais pas, vous m’avez été recommandé par MM Guédira et Fkih Regragui conseillers de Sa Majesté. Tous les deux vous lisent régulièrement et trouvent vos approches libérales en harmonie avec la vision de la société que nous voulons tous promouvoir.

    Nous nous sommes convenus, au terme de cette entrevue, pour prendre des dispositions particulières afin de produire une édition avant la tenue de l’assemblée constitutive du parti. 

    J’ai alors travaillé professionnellement, c’est à dire en temps réel, pour pouvoir servir au lecteur, en temps voulu, des informations d’actualité, la nouvelle étant une denrée périssable, on ne saurait la congeler sans risque de la rendre impropre à la consommation. 

    C’est ainsi que le jour J coïncidait avec un vote important au Parlement de l’époque : l’adoption d’un nouveau code des investissements industriels en remplacement de l’ancien qui avait bouclé sa dixième année d’existence.

    La colère de Me Bouabid 

    Pour n’importe quel niveau de journaliste en charge du secrétariat de rédaction il n’y a pas photo : la primauté devrait être accordée impérieusement à cet événement pour figurer au moins au rez-de-chaussée de la Une balisé par une photo du ministre auteur de la réforme.

    Celui-ci, Azzedine Guessous ministre du commerce et de l’industrie, s’était montré réticent envers l’invite que lui avait faite Me Bouabid afin d’adhérer au parti qu’il cofondait avec le soutien notamment du conseiller royal Guédira. La photo du ministre récalcitrant à la page une du journal Rissalat Al Oumma allait déclencher naturellement l’ire du nouveau Zaïm qui avait développé pendant longtemps des réflexes claniques au sein du landerneau des avocats rajaouis.

    « – Quoi? » s’était-il écrié en découvrant son ministre Guessous trôner en bas de page.Il avait enchaîné en me fixant d’un regard tellement abattu qu’il paraissait chargé de tous les dépits terrestres : « mais ce monsieur n’est pas avec nous! »

    Suite à l’alerte du Premier ministre rendant compte de ce qu’il considérait un cataclysme, ordre a été immédiatement donné par la hiérarchie sécuritaire de l’intérieur pour procéder à la saisie du journal et son ramassage dans tous les kiosques du royaume.

    Me Abdallah El Ferdaous avait détaillé dans une interview succulente à l’hebdomadaire Al Ayam comment en compagnie de l’ancien Premier ministre, ils avaient sillonné, pendant une grande partie de la nuit de ce jour, les quatre coins de Casablanca à la recherche des vendeurs ambulants des journaux qu’ils n’hésitaient pas à délester du poids des exemplaires de Rissalat Al Oumma qu’ils portaient. 

    Dans cette ambiance de mobilisation autour d’un sujet aussi saugrenu, tous les moyens de communication sont utilisés dont le téléphone radio. Hassan II, m’avait-on signalé, avait coutume d’y suivre certains événements lorsque ceux-ci impliquaient de hauts responsables. 

    Le lendemain autour d’un petit déjeuner au Hyat Regency avec Maîtres Abdallah El Ferdaous, Abdellatif Semlali et M’hamedi Alaoui, on m’apprit que L’Oustad Maâti Bouabid a pris ma défense auprès de Sa Majesté qui aurait pris connaissance de l’affaire du journal censuré et demandé qu’on prenne à mon égard des sanctions exemplaires. 

    Le témoignage du ministre Guessous

    « Majesté, aurait supplié Bouabid, Abdallah El Amrani est un jeune chérif de Ouezzane qui ne ferait de mal à personne. Il s’est trompé juste par manque d’expérience. »

    Vous devinez que face à ce tsunami d’informations déstabilisatrices, je ne pouvais que fuir loin de ce cercle asphixyant. J’ai donc rédigé ma démission sur le champ, en m’abstenant de présenter la facture de mon entreprise qui avait supporté le financement de ce numéro zéro.

    Ainsi que mes propres honoraires qui comprenaient les frais de quelques discours que j’ai rédigé à la demande express du Premier ministre qui avait appris à recevoir sans contrepartie. 

    Une autre version de cet épisode qui ayant mêlé le nom du roi défunt à cette affaire, je l’ai recueillie de la bouche de Azzedine Guessous à la veille de son départ pour Madrid comme ambassadeur. C’était, en juillet 1988, chez des notables de Tétouan, les frères Sedraoui, qui nous recevaient à déjeuner dans leur résidence balnéaire de Smir. 

    Il y avait, outre l’ancien ministre de l’Industrie et nouveau diplomate, le ministre de l’habitat de l’époque M’Fadel Lahlou et le Professeur Hamza El Ouazzani doyen de la faculté de médecine de Casablanca. 

    Azzedine Guessous intervenait après moi qui venait de commenter cet épisode peu connu du microcosme en corroborant mon propos. « Effectivement, avait-il précisé, un jour Sa Majesté m’avait retenu après un conseil de ministres et m’avait demandé si c’était vrai que je refusais de rejoindre le parti de Me Maâti Bouabid.

    J’ai réitéré ma position au Souverain en des termes très respectueux tout en lui indiquant que j’étais disponible à le faire si Sa Majesté le désirait. Je ferai tout pour mon roi y compris au poste de chauffeur au sein de sa flotte automobile. Alors, le Roi me fit une réponse sans équivoque : Non, je ne vous demande pas d’adhérer à l’Union Constitutionnelle. »

    Ce sont là deux témoignages, de personnalités encore vivantes, de ce que je considérais une simple affaire professionnelle sans effets politique ou judiciaire, mais qui me faisait courir un risque surdimensionné. Car, ce soir j’ai failli réellement être arrêté et embastillé.

    Autres temps, autres hommes
    A l’époque Me Abdallah El Ferdaous entretenait deux passions visibles : le Raja de Casablanca et Othman El Ferdaous. Ce dernier avait quatre ans en 1983. C’est son retour en force dans l’équipe gouvernementale qui a éveillé en moi cette phase ambiguë de mon parcours professionnel. 

    Othman El Ferdaous, à m’en tenir aux commentaires qui ont fleuri sur les réseaux sociaux, se prévalait déjà d’une notoriété bien assise sur le rocher altier de sa formation académique. L’annonce de sa nomination au poste de la culture et la jeunesse et sport a suscité un ouragan de réactions positives et de messages de félicitations. 

    Il paraîtrait un novice de la politique en considérant prématurée son entrée au gouvernement à 38 ans. Mais Othman El Ferdaous est comme Obelix : Il est tombé bébé dans la marmite de la potion magique politique. Son père, Abdellah El Ferdaous, est l’un des membres fondateurs de l’Union constitutionnelle (UC).

    C’est d’ailleurs sous cette bannière qu’Othman El Ferdaous intègre l’Exécutif. Ceux qui ont connu ce jeune homme parlent d’un homme passionné. « Il aime la conversation et dès qu’il s’empare d’un sujet, surtout de ceux qu’il affectionne comme l’Union Européenne ou le thé, il peut en parler pendant des heures », lit-on dans des écrits saluant sa nomination . 

    Sa famille maternelle, les Raji, règne sur un empire du thé marocain: Sultan.
    Le nouveau ministre présente le profil d’une tête bien faite : Diplômé en finance de l’école française Audencia Nantes, il effectue un passage comme consultant à PricewaterhouseCoopers, avant de se diriger vers… le journalisme en intégrant l’École de journalisme de Sciences Po Paris. Il écrit pour Paris Match ou Private Equity Magazine, essentiellement sur des sujets en lien avec la finance.

    De son passage en école de commerce, il garde son approche technicienne, pragmatique, et orientée vers les solutions. Il se fait connaître par la revue de presse OEF (ses initiales) qu’il envoyait depuis 2003, chaque semaine à 5.000 personnes, puis chaque quinzaine.

    C’est grâce à cette revue de presse qu’il est repéré par Karim Bouzida, qui était à l’époque directeur général de Mena Media Consulting. La mission d’OEF: structurer la veille stratégique de la boite, un secteur qu’il maîtrise parfaitement. Parmi ses clients figurent des administrations publiques, dont le ministère de l’Intérieur. Il y passe près de huit ans, avant de quitter la société et de monter sa propre affaire, Europa Conseil en 2016.

    Toutes ces nouvelles viennent nous confirmer que les temps ont bien changé au Maroc et que le digital a contribué à cette relative libération du Marocain beaucoup plus que ne l’ont fait les politiciens.

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