LA VÉRITÉ
Le Maroc avance à grande vitesse dans sa transition numérique. Cette mutation ouvre de nouvelles perspectives économiques, éducatives et sociales, mais elle expose aussi les citoyens à des risques qui se multiplient et se transforment sans cesse. Cyberharcèlement, chantage, manipulation, atteintes à la vie privée, diffusion de contenus préjudiciables : l’espace numérique est devenu un prolongement du réel, avec ses opportunités… et ses dérives. Dans ce contexte, la campagne lancée par le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) pour lutter contre la violence numérique faite aux femmes et aux filles ne relève pas du simple événement de sensibilisation. Elle met en lumière un enjeu national fondamental : protéger les citoyens dans un univers digital où les règles sont encore en construction.
L’étape organisée à Casablanca en a offert un aperçu concret. Voir des élèves, des étudiants, des associations, des professionnels et des institutions échanger ensemble dans des ateliers vivants, animés par des experts en cybersécurité et des psychologues, révèle un changement de culture. On sort du discours strictement technique pour entrer dans une logique de prévention, de compréhension et de responsabilisation. Car, au fond, aucune loi ni technologie ne peut suffire à sécuriser un pays si les citoyens eux-mêmes ne sont pas armés intellectuellement pour reconnaître les dangers du numérique.
C’est là que se joue le cœur de la stratégie. La sensibilisation citoyenne aux risques numériques n’est pas un simple complément : c’est la pierre angulaire de toute politique de sécurité digitale. Ce sont les réflexes, les habitudes, la vigilance quotidienne des utilisateurs qui déterminent si l’environnement numérique devient un espace sûr ou un terrain miné. Un pays peut déployer les meilleurs outils de signalement ou renforcer son arsenal juridique, rien ne remplacera jamais le regard attentif d’un citoyen qui sait reconnaître une manipulation, refuser un comportement toxique ou signaler un contenu dangereux.
Saadia Wadah, présidente de la Commission régionale des droits de l’Homme Casablanca-Settat, l’a parfaitement résumé lors de cette étape : il faut briser les tabous, libérer la parole, encourager celles et ceux qui subissent des violences à demander de l’aide. Cela paraît évident, mais la réalité montre que beaucoup hésitent encore à parler, soit par peur, soit par culpabilité, soit parce qu’ils ne savent tout simplement pas à qui s’adresser. Cette campagne du CNDH a justement pour ambition de rendre cette démarche plus simple, plus accessible, plus naturelle.
Le slogan choisi, « Ne nous taisons pas face à la violence », reflète cette volonté d’impliquer tout le monde. La sécurité numérique n’est pas une affaire réservée à l’État ou aux experts ; c’est un projet collectif, un pacte social qui engage les institutions, les familles, les écoles et chaque citoyen. À l’heure où les algorithmes influencent les comportements et peuvent orienter des opinions, il devient indispensable de développer une culture numérique robuste, ancrée dès le plus jeune âge.
Construire une stratégie nationale de cybersécurité revient donc à placer le citoyen au centre. La technologie protège, mais c’est la conscience individuelle qui fait la différence. En investissant dans l’éducation numérique, en multipliant les espaces de discussion et en donnant aux Marocains les moyens de comprendre et d’agir, le pays pose les fondations d’un environnement digital plus sûr, plus résistant et plus juste. Une sécurité durable commence toujours par une population informée et confiante.
Suivez les dernières actualités de Laverite sur Google news