Justice pénale : le Maroc appelle à transformer les engagements internationaux en résultats concrets
Au 15e Congrès des Nations Unies sur la prévention du crime, à Abou Dhabi, le Maroc défend une coopération internationale fondée sur la dignité humaine, la prévention et l’implication de la société civile. Pour le Royaume, l’enjeu dépasse désormais l’adoption de déclarations : il s’agit de traduire les engagements collectifs en avancées tangibles pour les citoyens

À Abou Dhabi, le Maroc place la dimension humaine au cœur du débat international sur la prévention du crime et la justice pénale. Face à des menaces criminelles qui traversent les frontières, le Royaume appelle à renforcer la coopération entre les États, les institutions et la société civile. Avec une conviction : les engagements internationaux doivent produire des résultats perceptibles dans la vie des citoyens.
Cette orientation a été défendue par Azzeddine Farhane, ambassadeur et représentant permanent du Maroc auprès des organisations internationales à Vienne, lors d’une session consacrée aux contributions régionales et de la société civile au 15e Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et la justice pénale.
Organisé du 26 septembre au 1er octobre 2026, ce rendez-vous international réunit à Abou Dhabi des représentants gouvernementaux, des experts et des acteurs de la société civile. Le Maroc y occupe également une vice-présidence, au nom du Groupe africain.
La dignité humaine au cœur de la prévention du crime
Conformément aux Hautes Orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Maroc entend poursuivre la promotion d’une approche associant prévention, dignité humaine, renforcement des capacités institutionnelles et solidarité internationale.
Pour Azzeddine Farhane, les gouvernements ne peuvent répondre seuls à la complexité croissante des phénomènes criminels. La participation des associations, des universitaires, des professionnels de terrain, des jeunes et des communautés locales constitue ainsi une dimension essentielle de l’action collective.
Le diplomate marocain plaide notamment pour une participation de la société civile qui dépasse la simple consultation.
Cette orientation suppose d’associer les différents acteurs à l’identification des problèmes, à la conception des réponses et à leur mise en œuvre. Elle doit également permettre de mieux adapter les politiques de prévention aux réalités sociales et territoriales.
L’expérience marocaine au service de la coopération régionale
Le Royaume s’appuie notamment sur son expérience dans l’organisation, en avril 2025, de la réunion préparatoire régionale pour l’Asie occidentale.
Selon Azzeddine Farhane, cette rencontre a permis de dégager plusieurs enseignements sur la manière dont les réalités régionales peuvent enrichir les engagements internationaux.
D’abord, les manifestations de la criminalité diffèrent selon les territoires. Les vulnérabilités locales, les capacités institutionnelles et les conséquences sociales doivent donc être prises en compte dans l’élaboration des réponses internationales.
Ensuite, la diversité des expériences nationales peut contribuer à construire des priorités communes. Elle ne constitue pas nécessairement un obstacle au consensus.
Enfin, la coopération ne peut se limiter aux échanges diplomatiques. Elle doit s’inscrire dans la continuité, depuis les consultations régionales jusqu’à l’application et à l’évaluation des engagements adoptés.
Criminalité organisée et cybercriminalité : dépasser les cloisonnements
Cette exigence de coopération prend une importance particulière face à l’évolution des menaces criminelles.
La criminalité organisée, la corruption, la traite des êtres humains et les nouvelles formes de cybercriminalité mobilisent des compétences et des institutions différentes. Leur caractère transnational appelle également des réponses coordonnées entre les pays.
Dans ce contexte, le Maroc préconise une interaction accrue entre les gouvernements, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), les milieux universitaires et les organisations de la société civile.
Azzeddine Farhane appelle également à renforcer la complémentarité entre les instruments internationaux relatifs à la criminalité transnationale organisée, à la corruption et au terrorisme.
L’objectif consiste à dépasser les cloisonnements institutionnels afin de faciliter une coopération opérationnelle, adaptée à la complexité des menaces contemporaines.
Après la Déclaration d’Abou Dhabi, le défi de la mise en œuvre
Adoptée le 26 septembre, lors de l’ouverture du Congrès, la Déclaration d’Abou Dhabi définit les grandes orientations de la coopération internationale en matière de prévention du crime, de justice pénale et d’État de droit pour les cinq prochaines années.
Pour le représentant marocain, son adoption doit ouvrir une nouvelle étape plutôt que marquer l’aboutissement des discussions.
Il préconise ainsi des mécanismes de suivi plus solides entre les congrès, afin de permettre aux acteurs régionaux et à la société civile de participer non seulement à l’élaboration des engagements, mais aussi à leur application et à leur évaluation.
Cette proposition pose une question centrale : comment mesurer les progrès accomplis au-delà des déclarations diplomatiques ?
La réponse avancée par le Maroc repose sur la capacité des partenaires à transformer leurs engagements en actions nationales, puis en résultats concrets pour les populations.
Au terme de son intervention, Azzeddine Farhane a ainsi rappelé que le succès du Congrès devait se mesurer à sa contribution effective à la justice, à la sécurité et à la confiance des citoyens.
De la coopération internationale à la protection effective des personnes, le Maroc défend ainsi une même exigence : faire de la dignité humaine non seulement un principe de la justice pénale, mais aussi une référence pour en apprécier les résultats.

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