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John Bolton, l’avocat du diable

Par Fayçal El Amrani


Il y a dans l’univers diplomatique certaines figures qui ressurgissent toujours au mauvais moment, comme si le désordre mondial les appelait. Toujours prêtes à agiter les tensions, rarement capables de construire un compromis. John Bolton appartient à cette catégorie. Son retour dans les débats autour du Sahara marocain n’étonne guère, tant il incarne une diplomatie de l’affrontement, nostalgique d’un monde régi par les rapports de force et les lignes rouges tracées sans nuance.

Dans une récente tribune, il reproche à Washington d’avoir reconnu la souveraineté du Maroc sur son Sahara, y voyant une capitulation stratégique face à la Chine et à la Russie. Mais cette lecture est non seulement fausse, elle est aussi déconnectée des réalités diplomatiques et humaines sur le terrain. Depuis 2020, les États-Unis ont pris une décision réfléchie, confirmée sous plusieurs administrations, en accord avec les orientations de l’ONU. Le plan marocain d’autonomie n’est pas une improvisation, mais une réponse construite, soutenue par une large majorité de pays, et considérée par les diplomates américains eux-mêmes comme « sérieuse, crédible et réaliste ».

« À Tindouf, les camps vivent coupés du monde, sans élections depuis plus de 40 ans, sans transparence, et sous le contrôle d’un appareil militarisé qui ne représente que lui-même »

Ce que Bolton refuse d’admettre, c’est que la véritable impasse vient d’ailleurs : d’une Algérie enfermée dans un jeu d’influence régionale, et d’un mouvement séparatiste figé, le Polisario, qui ne parle plus au nom de personne. À Tindouf, les camps vivent coupés du monde, sans élections depuis plus de 40 ans, sans transparence, et sous le contrôle d’un appareil militarisé qui ne représente que lui-même. Pendant ce temps, au Sahara marocain, les villes s’ouvrent, les infrastructures se développent, et les citoyens élisent leurs représentants dans un cadre démocratique et reconnu.

Prétendre que l’approche marocaine favorise l’expansion de la Chine ou de la Russie relève de l’illusion. Aucun de ces deux pays n’a d’ancrage diplomatique ou économique réel dans la région saharienne. Le Maroc, lui, joue un rôle stabilisateur central — qu’il s’agisse de la sécurité dans le Sahel, de la lutte contre le terrorisme ou des projets de développement transcontinentaux. Revenir sur ce partenariat, comme le suggère Bolton, serait une erreur stratégique majeure. Cela isolerait Washington de ses alliés arabes, minerait les équilibres régionaux et fragiliserait des initiatives comme les Accords d’Abraham, où le Maroc est un acteur essentiel.

Sur le terrain, le développement se voit, se touche : ports, universités, pôles touristiques, parcs solaires, hubs logistiques. C’est là que se joue l’avenir de la région, pas dans les mémoires diplomatiques poussiéreuses. Il est bien plus facile d’écrire depuis un bureau de Washington que de comprendre les dynamiques réelles d’un territoire.

« Il n’y a rien de diabolique à défendre une solution politique durable. Ce qui l’est, en revanche, c’est de vouloir souffler à nouveau sur les cendres d’un conflit que la communauté internationale s’efforce de dépasser »

John Bolton parle souvent de principes, mais il oublie la réalité des peuples. Le sien est un discours du passé, celui des années 1980, qui confond influence avec intimidation et paix avec rapport de force. Il ne s’agit pas ici de flatter des alliances ou d’inventer des menaces imaginaires. La communauté internationale voit clairement qui construit et qui bloque.

Il n’y a rien de diabolique à défendre une solution politique durable. Ce qui l’est, en revanche, c’est de vouloir souffler à nouveau sur les cendres d’un conflit que la communauté internationale s’efforce de dépasser. En cela, Bolton ne défend pas une cause — il incarne une posture. Et c’est bien là ce qui le place du mauvais côté de l’histoire.


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