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    Par:  

    Mohammed Taoufiq Bennani

  • 17 juin 2020  à 22:58
  • Temps de lecture: 6 minutes
  • POLITIQUE« JE NE PEUX PLUS RESPIRER »

    « JE NE PEUX PLUS RESPIRER »
    La jeune génération politique au Maroc face aux politiciens nénuphars

    Aujourd’hui, l’optimisme pâtit, chez nous, d’une mauvaise presse ; lorsqu’il s’adosse à des données relevées par des autochtones on le suspecte d’absence d’objectivité et de lucidité.

    Ainsi lorsque l’Algérie est furieuse contre l’OMS qui dit craindre une hausse du nombre de cas de coronavirus en Afrique du Sud, en Algérie, et au Cameroun, on se braque sur le Maroc qui ne figure pas sur cette liste mortifère.

    Pourquoi, lit-on sur des sites, ce royaume, peu cajolé par les pétrodollars, est si résistant à une conjoncture qui réclame, pour son dépassement, la mobilisation de moyens financiers, organisationnels colossaux ? Quant aux devins et lecteurs des sombres desseins, ils fleurissent comme les marguerites champêtres. Ils répètent à l’unisson : « Où va le Maroc ? Toujours confiné et l’économie en léthargie volontaire ? Comment en est-on arrivé là ? »

    D’aucuns relèvent ces temps-ci un discours pessimiste, dominant et majoritaire, des partis politiques. Heureusement que les détenteurs de ce qu’on appelle la matière grise sont convaincus de nos jours que l’arrogance de nos partis politiques est responsable de la mollesse de notre développement.

    Depuis son accession au trône, le roi Mohammed VI a exprimé à plusieurs reprises, sa volonté de consolider le rôle des partis politiques en tant qu’« école de la démocratie » et de doter ceux-ci d’une législation spécifique leur permettant « […] de remplir pleinement leur mission constitutionnelle en matière de représentation et d’encadrement des citoyens, et de formation d’élites aptes à participer aux institutions démocratiques. »

    Ces vœux furent exprimés par le Souverain il y a 16 ans déjà. Hélas les partis politiques ne sont toujours pas ces intermédiaires entre gouvernants et gouvernés.

    Que peut-on espérer de mieux avec le déconfinement qu’une recomposition du champ politique marocain. Cette épreuve ne devrait, de toutes les façons, générer qu’une réflexion saine dans le sens d’un renouveau général.

    La restructuration du paysage politique dépend, on le sait, de la qualité des militants qui sont appelés à porter le projet, des apports de ces derniers aux programmes de leurs partis politiques, et en amont, de leur idéologie et de la culture politique qui prévaut dans l’écosystème.

    L’expérience dans les pays démocratiques montre toutefois que le mode de scrutin peut favoriser la constitution d’alliances et donc la formation de gouvernements stables. Or, dans le cas du Maroc, l’évolution du processus démocratique est apparemment essoufflée. Et pourtant le règne du roi Mohammed VI a été accompagné de plusieurs ruptures qui ont marqué une distanciation politico-économique impressionnante par rapport au passé. Nombreux sont ceux qui appréhendent un retour en arrière.

    Ils constatent une marginalisation accrue des institutions constitutionnelles (notamment du parlement), par le chef du gouvernement et les ministres de son bord. En particulier les cas de violations des droits de l’Homme par le département en charge de ces droits lui-même.

    Or dans un État de droit, tout régime fort de sa légitimité démocratique ne peut qu’appeler à l’extension des libertés consacrant les partis politiques en tant qu’intermédiaires entre gouvernants et gouvernés. C’est pourquoi, la dernière réforme constitutionnelle a cherché à réhabiliter les partis politiques au Maroc en conférant, d’une part, aux institutions représentatives de vrais pouvoirs et, d’autre part, aux partis politiques, leur rôle véritable qui n’est autre que de contribuer à la mobilisation et l’éducation politique des citoyens.

    Que les partis politiques assument leurs responsabilités ou qu’ils dégagent la scène pour PERMETTRE à cette génération de Mohammed VI de RESPIRER.

    Non au pessimisme

    En ces temps de confinement où fleurit le pessimisme, il y a lieu de signaler que dans certains milieux, on va jusqu’à décerner un prix d’intelligence aux nihilistes, à celui qui crache sur l’existence, au clowns sinistres qui expriment « bof », aux boudeurs qui radotent : « de toute façon, ça va mal et ça finira mal ».

    On néglige que l’optimisme et le pessimisme partent d’un constat identique : la douleur, le mal, la précarité de notre vigueur, la brièveté de nos jours.

    Tandis que le pessimisme consent à la mollesse, se rend complice du négatif, se noie sans résister, l’optimiste, par un coup de rein énergique, tente d’émerger, cherchant le chemin du salut. Revenir à la surface, ce n’est pas se révéler « superficiel », mais remonter des profondeurs sombres pour se maintenir, sous le soleil de midi, d’une façon qui PERMET de RESPIRER.

    La réalité partisane actuelle casserait les vocations montantes

    A la question « quelles sont les freins à l’ambition politique de la jeune génération politique », on aurait tendance à répondre, la faible estime de soi, le peu d’opportunités, surtout chez les jeunes femmes.

    Mais il n’en n’est rien si on en croit les déclarations de certaines individualités remarquables qui seraient prêtes à s’engager politiquement si la structure d’accueil était encadrée par les compétences idoines. Mais voilà : se mettre au service des dirigeants actuels, non merci. Leur modèle de société ne les fait pas faire des concessions du tout, leur ambition juste bloquée par une hygiène politique et morale rebutante les ferait même plutôt fuir cette idée…

    L’ambition est pourtant toujours présente

    On le constate de plus en plus, le paysage politique marocain, issu des dernières décennies, se signale par de vieux chevaux de retour occupant encore la place aujourd’hui a brisé les ambitions qui émergeaient.

    Certains disent que la jeune génération manque d’ambition ou refuse de devenir adulte en restant en marge du champ politique. Pourtant les prétendants ne manquent pas d’atouts : ils font des études plus longues, ils travaillent sur leur propre projet, ils créent leur « vision » propre mais qui repose sur de solides bases théoriques et académiques.

    Certes ce n’est pas « suffisant », ils ne sont pas dans le moule du parfait homme politique à la marocaine, ils ne maîtrisent pas cette fameuse intrigue qu’on appelle « Tkhalouid » mais ils ont de l’ambition à l’état pur. Une ambition plurielle, celle de vivre plusieurs vies en une, incompatible avec le monde des Zaïms autoproclamés, qui véhicule l’image du briseur de rêve.

    Celui ou celle qui ne rentre pas dans ce moule et n’accepte pas de renoncer à ses rêves peut dire adieu à son ambition, il n’y a pas de place pour les « marginaux » en politique, prétendent les caciques.

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