Israël veut élargir les Accords d’Abraham au Liban et à la Syrie
Par Fayçal El Amrani
Dans une déclaration qui pourrait bouleverser les équilibres diplomatiques du Moyen-Orient, Israël a exprimé son intention d’inclure le Liban et la Syrie dans les Accords d’Abraham.
Cette initiative vise à renforcer la dynamique de normalisation des relations entre Israël et plusieurs pays arabes, amorcée en 2020 sous l’impulsion des États-Unis de Donald Trump.
C’est Gideon Saar, ministre israélien des Affaires étrangères, qui a annoncé cette volonté lors d’une conférence de presse à Jérusalem, aux côtés de Beate Meinl-Reisinger, ministre autrichienne des Affaires européennes et internationales. « Nous souhaitons voir nos voisins, le Liban et la Syrie, rejoindre le cercle de la paix et de la normalisation, tout en garantissant les intérêts essentiels et la sécurité d’Israël », a déclaré Gideon Saar.
Cette volonté affichée ne masque pas les nombreux défis diplomatiques et territoriaux qui subsistent.
Le ministre israélien a rappelé qu’en aucun cas Israël ne renoncerait aux hauteurs du Golan, un territoire stratégique annexé unilatéralement en 1981 – une décision jamais reconnue par la communauté internationale.
« Les hauteurs du Golan resteront partie intégrante d’Israël dans tout accord de paix », a-t-il martelé, un point qui risque de bloquer toute discussion avec Damas.
L’annonce intervient dans un contexte régional toujours tendu, notamment avec l’escalade du conflit israélo-libanais, sur fond de guerre en cours à Gaza.
Les affrontements à la frontière nord d’Israël avec le Liban, théâtre de frappes et contre-frappes entre l’armée israélienne et le Hezbollah, rendent difficile l’idée même de dialogue diplomatique. Pourtant, certains observateurs y voient une opportunité historique de sortir ces deux pays de décennies d’isolement, de conflit et de crise économique profonde.
Les Accords d’Abraham, signés en septembre 2020 sous l’égide de l’administration Trump, avaient marqué un tournant majeur. Ils avaient permis la normalisation des relations diplomatiques entre Israël et plusieurs pays arabes comme les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc.
Ces accords ont donné naissance à une coopération accrue dans des domaines aussi variés que la sécurité, le commerce, la technologie ou encore la défense.
Au-delà des bénéfices économiques, ces accords visaient également à créer un front commun face à l’influence grandissante de l’Iran dans la région est régulièrement accusée de soutenir et d’armer les groupes paramilitaires chiites dans plusieurs pays du Moyen-Orient, notamment le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen et des milices en Irak.
Inclure le Liban et la Syrie dans cette dynamique représenterait une avancée diplomatique majeure, bien que semée d’embûches.
La Syrie, dirigée depuis peu par un gouvernement provisoire mené par Ahmed Al-Sharaa, traverse une période de transition instable. La chute de Bachar al-Assad a laissé place à une gouvernance fragile, dans un pays ruiné par plus d’une décennie de guerre civile.
Pour Damas, une ouverture diplomatique avec Israël pourrait offrir une bouée de sauvetage économique et politique, à condition que les lignes rouges historiques puissent être réexaminées.
Quant au Liban, il reste officiellement en état de guerre avec Israël. Englué dans une crise économique abyssale, et profondément influencé par le Hezbollah – soutenu par l’Iran – le pays est pris dans une spirale de tensions depuis le 7 octobre 2023.
Pour Tel-Aviv, le Hezbollah constitue l’un des principaux obstacles à la pacification. Toutefois, des voix au sein de la société civile libanaise et de certains cercles économiques voient dans une éventuelle normalisation une chance de reconstruction, de stabilité et de sortie du chaos.
Le Maroc, en tant que signataire des Accords d’Abraham, suit de près cette tentative d’élargissement.
Le Royaume a toujours défendu une approche pragmatique fondée sur la coexistence, le dialogue et le respect mutuel. Il pourrait jouer un rôle de facilitateur si des discussions concrètes venaient à s’engager avec Damas ou Beyrouth.
Reste que la voie est étroite : les traumatismes du passé, les revendications territoriales et les jeux d’influence régionaux compliquent toute perspective de normalisation rapide.
Mais dans un Proche-Orient marqué par l’épuisement des peuples, la lassitude des conflits et une volonté croissante de développement, même les initiatives les plus improbables peuvent ouvrir des brèches.
Israël tente ainsi un pari audacieux, en misant sur l’évolution des réalités géopolitiques et la recherche d’un nouvel équilibre régional. Un pari qui, s’il réussit, pourrait transformer en profondeur le visage du Moyen-Orient.
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