Israël–Iran, l’onde de choc mondiale d’un duel nucléaire inachevé
Par Fayçal El Amrani
Alors que les bombes s’abattent depuis plusieurs jours sur Téhéran, Natanz, Tel-Aviv et Haïfa, le conflit entre Israël et l’Iran vient d’ouvrir une ère géopolitique incertaine, marquée par une escalade militaire fulgurante, un choc pétrolier sous tension et des conséquences économiques globales dont l’ampleur reste difficile à anticiper. L’opération israélienne « Rising Lion », déclenchée dans la nuit du 13 juin, a visé de façon chirurgicale, mais avec une intensité redoutable, plus de 130 cibles stratégiques à travers le territoire iranien, allant des bases des Gardiens de la Révolution aux raffineries et infrastructures nucléaires. Natanz, cœur symbolique du programme d’enrichissement iranien, a été touché à plusieurs reprises. Selon les premiers constats techniques transmis par l’AIEA, l’installation aurait perdu plusieurs unités de production en surface, mais l’essentiel des activités souterraines serait resté intact, tout comme le site très enfoui de Fordow, inaccessible aux frappes conventionnelles. Ce que l’attaque n’a pas détruit militairement, elle l’a ciblé humainement : quatorze scientifiques iraniens, impliqués de près dans le programme nucléaire civil et militaire, ont péri dans des frappes précises, parfois sur leur domicile ou leur véhicule, alimentant les soupçons d’une campagne d’élimination ciblée parallèle.
La riposte iranienne n’a pas tardé. Dans un contexte de mobilisation nationale, le régime a lancé plus de 350 missiles balistiques à longue portée, ainsi que des essaims de drones Shahed-136, sur des villes israéliennes clés. Malgré les systèmes d’interception israéliens, plusieurs frappes ont provoqué des dégâts significatifs, notamment à Haïfa et Rehovot, causant la mort d’au moins 24 civils et blessant plus de 600 personnes. Le gouvernement Netanyahu affirme avoir détruit la majorité des vecteurs offensifs ennemis, mais la panique est tangible. À Téhéran, des milliers d’habitants ont fui les quartiers centraux, tandis que des centres de commandement ont été déplacés vers les montagnes du nord de l’Iran, dans un climat de guerre désormais totale.
Au-delà de la destruction matérielle et du drame humain, c’est toute l’équation énergétique mondiale qui vacille. En frappant l’Iran, troisième producteur de l’OPEP, Israël a provoqué une onde de choc sur les marchés du pétrole. Le Brent a bondi à près de 75 dollars le baril, sous l’effet conjugué des risques sur le détroit d’Hormuz, qui concentre plus de 20 % du trafic pétrolier mondial, et des craintes d’un embargo indirect ou d’un sabotage des infrastructures exportatrices iraniennes. Si aucune raffinerie majeure n’a encore été détruite, les marchés intègrent le risque d’un durcissement prolongé, aggravé par la rhétorique iranienne évoquant la possibilité de bloquer l’accès au Golfe via des mines maritimes ou des frappes asymétriques sur des tankers étrangers. Les répercussions sont déjà palpables : les prix à la pompe grimpent, les coûts de fret maritime augmentent avec les primes d’assurance, et les principales banques centrales mondiales revoient leurs calendriers de baisse des taux, par crainte d’une relance de l’inflation importée.
La menace nucléaire, bien que non déclarée, plane sur ce bras de fer stratégique. Si le programme iranien a été temporairement ralenti, certains experts estiment qu’une telle attaque pourrait renforcer la volonté de Téhéran d’aller jusqu’au bout de la logique de dissuasion, comme dernier rempart contre ce qu’il qualifie de « terrorisme d’État ». L’arrêt brutal des négociations nucléaires avec les États-Unis, initialement prévues à Oman, signe l’échec diplomatique d’un cycle entier de pourparlers indirects, et ferme pour l’instant toute voie de désescalade politique. Washington, dans une position ambivalente, soutient Israël sur le fond mais redoute une extension régionale, notamment via les relais chiites au Liban, en Syrie, en Irak ou au Yémen, qui pourraient entrer en scène à tout moment. Les puissances du Golfe, en particulier l’Arabie saoudite et les Émirats, observent avec nervosité les mouvements autour du détroit, redoutant une attaque sur leurs installations ou un effondrement partiel du commerce maritime.
L’Europe, elle, appelle à la retenue sans réel levier. Ses diplomaties sont en état d’alerte, tandis que les capitales occidentales évacuent leurs ressortissants de plusieurs villes iraniennes. La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni mais aussi l’Italie ont mis en veille leurs ambassades à Téhéran. Sur le plan intérieur, la crise pourrait peser sur les économies fragiles : le FMI redoute un glissement inflationniste de 0,4 à 0,6 % en moyenne dans les pays importateurs nets de pétrole si les tensions se maintiennent au-delà de deux semaines. Le Maroc, pour sa part, reste relativement protégé sur le plan énergétique à court terme, mais pourrait subir un contrecoup par l’effet combiné du prix des hydrocarbures et des perturbations logistiques sur les chaînes d’approvisionnement internationales.
Après quatre jours de guerre ouverte, le front militaire ne recule pas et la diplomatie piétine. La guerre Israël–Iran, déjà meurtrière, pourrait encore s’élargir, avec des conséquences régionales, nucléaires, économiques et sociales redoutables. À l’heure où ni l’un ni l’autre des deux protagonistes ne semble vouloir céder, c’est le monde entier qui retient son souffle, suspendu aux sirènes de missiles, aux alertes des radars, aux rapports de l’AIEA et aux cours du brut.
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