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Illustrant la richesse de l’histoire commerciale et diplomatique du Maroc Atlantique


L’histoire de la ville d’Essaouira a été toujours intimement liée à celle de son port dit « Mogador » qui, outre son importance architecturale et civilisationnelle, symbolise toute la richesse et l’authenticité de l’histoire commerciale et diplomatique du Maroc Atlantique plus particulièrement durant le 17è siècle.

La mise en place de ce port emblématique dans le dessein bien clair d’assurer, à cette époque de l’histoire, le rayonnement commercial du Maroc à travers le monde, et permettre la consolidation de ses relations diplomatiques, fut accompagnée par l’ouverture dans la ville de Mogador d’un bon nombre de Consulats étrangers, confortant ainsi, très tôt, cet esprit d’ouverture qui caractérisait cette belle cité et ce, depuis son édification en 1764 par le Sultan Sidi Mohammed Ben Abdellah.

C’est ainsi que la ville d’Essaouira qui signifie ‘’La bien dessinée’’ va jouer un rôle commercial de taille, s’érigeant très tôt en plaque tournante pour les activités marchandes du sud du pays, à travers le port de Mogador, qui accueillera les caravanes venues d’Afrique avec leurs lourds chargements d’or et d’épices.

Ce rayonnement va durer plusieurs années permettant à cette cité d’être le seul port marocain ouvert au commerce extérieur, d’autant plus qu’il n’est pas sans intérêt de signaler que c’est d’ailleurs, par la porte de Mogador que le thé fut introduit au Maroc au 18è siècle au départ de la Chine.

Visible majestueusement de très loin grâce à sa Sqala, ses tours emblématiques et autres dépendances, le port de Mogador a des origines qui remontaient à une époque antérieure, car dans sa « Description de l’Afrique Septentrionale » au 11è siècle, le géographe Andalou, El Bekri était le premier à mentionner l’emplacement du futur port de Mogador, qualifiant la station d’hivernage ou encore le port d’Amgdoul de « mouillage sûr », a confié à la presse, Abdelfattah Ichkhakh, conservateur de la médina d’Essaouira à la Direction provinciale de la Culture.

Et d’ajouter que ‘’le port était en liaison avec le pays de Haha et de Souss et devait jouer un rôle dans les mouvements caravaniers dans la région de Tensift », relevant que plus tard, « les documents graphiques qui nous sont parvenus font état d’un noyau ancien, composé d’un port correspondant à un point côtier ayant un intérêt pour la navigation, comme en témoigne la carte Pisane, dite aussi carte de Petrus Vesconte, datée de 1311’’.

M. Ichkhakh a tenu à préciser que « par la suite, le nom de Mogador figure sur la carte Catalane en 1375, ce qui signifie un point connu et fréquenté par les navires de commerce », faisant savoir qu’à partir du 16è siècle, l’Europe s’intéressa, pour de multiples raisons, à la côte atlantique africaine.

Il a rappelé, dans ce sens, que la position du site de Mogador par rapport à l’axe MazaganAgadir avait attiré, très tôt, l’attention des Portugais, faisant savoir que dans la perspective de la mainmise sur Safi et Mazagan, le roi portugais Manuel Le Grand (1495-1521), dit ‘’le Fortuné’’, ordonna en 1506 la fondation d’une place forte sur le site de Mogador en face de la grande île : le Castello Real (Château Royal).

Sous le règne de Sidi Mohamed Ben Abdallah, Mogador faisait déjà partie d’un plan commercial et fiscal important qui procurait des revenus intéressants au trésor chérifien, a expliqué le Conservateur de la Médina d’Essaouira, faisant observer qu’une bonne partie du trafic intérieur, en particulier du sud-ouest de l’Empire, transitait par le nouveau port, et que le commerce international, en particulier avec l’Europe, était également florissant et se faisait par voie maritime.

Pour couronner son œuvre, le Sultan avait pensé au peuplement de la cité, en encourageant l’installation des européens (Consuls, banquiers et négociants), des membres de la communauté juive et des musulmans de différents horizons (Ahl Agadir, Bni Anter, Bouakher, Chbanat, Masguina, Mnabha, Rhala, Jbala), explique M. Ichkhakh, relevant que ce peuplement multiethnique a très vite créé un dynamisme économique dans la nouvelle cité portuaire, sous l’instigation du Sultan lui-même.

Ce dynamisme économique, a-t-il poursuivi, se manifesta également suite à la construction, en 1767, d’un atelier monétaire au sein du Méchouar (quartiers du Sultan) où, des pièces d’argent et de cuivre étaient frappées, soulignant que plus tard, Essaouira est devenue une des pièces maîtresses du commerce transsaharien, en raison de sa situation dans le réseau des routes commerciales. Un rôle qui s’était traduit par l’une des dénominations de la ville à savoir « le port de Tambouctou », précise-t-il.

Au 19è siècle, Essaouira conservait toujours son rayonnement sur l’ensemble du pays du Souss. Le commerce avec l’Amérique, l’Orient et l’Europe a connu un développement important comme, en témoignent les lignes régulières entre les grandes métropoles (Liverpool, Londres, Amsterdam, Marseille) et le port d’Essaouira, at-il ajouté.

Ce n’est que vers la fin du 19è siècle que le port commence à perdre son importance à cause d’une multitude de facteurs liés à l’émergence de nouveaux ports (Casablanca, Safi, Mazagan, Larache…), la déchéance du protectionnisme de l’Etat, la régression du commerce avec l’Afrique et la faillite des grandes maisons de commerce, précise M. Ichkhakh, notant qu’à cela s’ajouta, l’ensablement de la Baie, causé par les alluvions de l’oued Ksob. Ainsi, la rade ne pouvait plus accueillir les grands navires dont la coque touchait le fond marin.

La configuration actuelle du port est le résultat de divers travaux d’aménagement et d’extensions réalisés en 1915 (aménagement d’un port à barcasses d’une superficie de 4 hectares dont 1 hectare de terres-plein) et entre 1924 et 1967 (consolidation des quais, prolongement de la jetée…), a-t-il précisé.

La renommé du port de Mogador s’est accompagnée sur le plan diplomatique par l’ouverture de plusieurs consulats d’une richesse architecturale et décorative importante, inspirée à la fois du style de construction classique européen et marocain (consulats danois, espagnol, français, italien, brésilien, portugais, hollandais et d’Angleterre…), outre des demeures privées (riads) qui attestaient déjà à cette époque, du goût raffiné de leurs constructeurs.

Parmi ces consulats, on note celui espagnol, bâti vers la fin du 18è siècle sur une superficie de 271 m², devenu un bien du ministère de l’intérieur depuis le 08 mars 1946, et fut le siège du premier arrondissement de la ville. De nos jours, le bâtiment est le siège du conservatoire de musique.

Le Consulat de France, réalisé sur une superficie de 340 m², est une grande maison de la partie nord de la Kasbah, ou encore le Consulat d’Italie de forme rectangulaire, dont la richesse architecturale et la portée historique ne sont plus à démontrer, et permettent d’en faire l’un des monuments historiques les plus importants de la cité des alizés.

Enfin on dénombre le Consulat de Danemark construit en 1765 dans le quartier de la Kasbah sur une superficie de près de 1000 m². Un monument de grande importance dans la médina d’Essaouira qui, eu égard à son architecture, sa taille et à son histoire, avait largement contribué à la dynamique économique d’Essaouira et ses régions, et avait servi de lieu pour la promotion du dialogue culturel soit avec les Marocains ou encore, avec les autres représentations diplomatiques présentes dans la cité des Alizés.

Ce consulat fera l’objet prochainement de travaux de restauration et de réhabilitation (20 millions de DH) pour s’ériger en véritable centre culturel de proximité, doté des équipements les plus modernes.

Pour accompagner l’attractivité touristique de la ville d’Essaouira, le port de la ville vit actuellement aux rythmes de travaux d’extension et ce, dans le cadre d’un projet intégré piloté par l’Agence Nationale des Ports (ANP) visant à le doter d’infrastructures adéquates, pour un montant total de 127,5 MDH.

Ces travaux portent sur l’élargissement de terre-plein sur 2 ha, la construction d’un quai de déchargement de poisson, la construction d’une darse pour élévateur à bateaux, la construction d’une digue de protection de la Sqala, le dragage et déroctage du bassin et la mise en place d’appontements flottants.

Ce projet, dont les travaux s’étaleront sur 24 mois, s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale portuaire à l’horizon 2030, et devra à terme permettre à ce port de disposer d’un plus grand espace pour les installations et équipements de salubrité pour la pêche, en conformité avec les normes internationales.

In fine, il convient de noter qu’avec cette infrastructure portuaire de portée historique et stratégique indéniable, les anciens Consulats de pays étrangers, et plusieurs autres espaces et lieux de spiritualité et de cultes pour musulmans, juifs et chrétiens, la ville d’Essaouira a de tout temps servi de ce « porte étendard » des valeurs humaines d’ouverture, de partage, de tolérance, de coexistence et du vivre-ensemble. Des principes qui forgent en permanence l’ADN de cette cité paisible.

 Samir Lotfy


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