Hydrogène vert et CO₂ capturé : OCP bâtit une souveraineté industrielle, hydrique et agricole
LA VÉRITÉ
Le Groupe OCP franchit un cap décisif en combinant capture du CO₂, hydrogène vert et dessalement. Deux initiatives récentes, menées à Jorf Lasfar et via un partenariat stratégique avec la start-up Peregrine Hydrogen, traduisent une même ambition : transformer les contraintes énergétiques et hydriques en leviers de durabilité et de souveraineté pour l’agriculture et l’industrie.
Au Maroc, le Groupe OCP avance à pas sûrs sur une trajectoire qui redéfinit les équilibres de l’industrie mondiale des engrais. Deux initiatives récentes en sont la preuve : la valorisation du CO₂ capturé sur la plateforme de Jorf Lasfar, et le partenariat conclu avec la start-up californienne Peregrine Hydrogen pour co-produire hydrogène vert et acide sulfurique. À elles seules, elles témoignent d’un modèle inédit où l’eau, l’énergie et l’agriculture s’entrelacent pour bâtir une économie circulaire à grande échelle.
À Jorf Lasfar, la plus grande plateforme intégrée d’engrais phosphatés au monde, OCP Nutricrops a signé deux protocoles d’accord avec OCP Green Water et INNOVX. Objectif : transformer le CO₂ capturé en ressource stratégique. Pour OCP Green Water, ce gaz devient un allié dans ses projets de dessalement, en permettant l’ajustement du pH et la reminéralisation de l’eau dessalée, afin de la rendre adaptée aux usages domestiques, industriels et agricoles. C’est un levier crucial au moment où le Maroc, frappé par une succession d’années sèches, doit assurer un approvisionnement durable en eau. La filiale a déjà atteint une capacité de dessalement de 185 millions de m³ en 2024 et vise 610 millions de m³ en 2027, couvrant les besoins d’OCP mais aussi ceux de villes comme Safi, El Jadida et Casablanca. Le pipeline J2K de 203 kilomètres, reliant Jorf Lasfar à Khouribga, a marqué une étape décisive en permettant à OCP de sécuriser son autonomie en eau deux ans plus tôt que prévu, tout en générant près d’un million de jours-homme d’emploi, dont plus de 85 % localement.
Avec INNOVX, le CO₂ capturé devient le socle d’innovations pour l’agriculture et l’industrie. Les projets portent sur la mise au point d’engrais à faible teneur en carbone et de solutions issues du recyclage de coproduits comme le phosphogypse. Le principe est clair : transformer des résidus en intrants précieux, afin de renforcer la sécurité alimentaire mondiale et de répondre à la demande d’engrais durables. Cette logique circulaire n’est pas un simple slogan, elle repose sur une vision intégrée où chaque tonne de carbone capturé est réinjectée dans un cycle productif utile.
Dans le même temps, OCP a signé une lettre d’intention avec Peregrine Hydrogen, start-up américaine dont la technologie d’électrolyse de nouvelle génération permet de produire simultanément hydrogène vert et acide sulfurique. Ce dernier est un intrant indispensable à la production d’acide phosphorique, et donc d’engrais phosphatés. OCP en consomme plusieurs millions de tonnes chaque année, ce qui en fait l’un des plus gros utilisateurs mondiaux. Assurer une production locale et décarbonée d’acide sulfurique est donc un enjeu stratégique, à la fois industriel et géopolitique. Quant à l’hydrogène vert, il constitue l’un des piliers de la transition énergétique mondiale, et sa compétitivité dépendra précisément de la capacité à en réduire les coûts de production. En associant sa fabrication à celle d’un intrant déjà vital pour ses usines, OCP franchit une étape qui peut repositionner le Maroc comme pionnier dans ce domaine.
Ces deux chantiers, le CO₂ capturé et l’hydrogène vert, ne doivent pas être vus comme des initiatives isolées. Ils sont au contraire les pièces d’une stratégie globale de décarbonation et de souveraineté. OCP a déjà annoncé son objectif de neutralité carbone d’ici 2040, avec un jalon intermédiaire en 2030 pour les scopes 1 et 2. Cela suppose un basculement complet vers les énergies renouvelables d’ici 2027, la couverture intégrale des besoins en eau par des ressources non conventionnelles, et une réorganisation profonde de la chaîne de valeur agricole.
Ce qui frappe dans cette trajectoire, c’est l’articulation entre le local et le global. Local, parce que les projets irriguent directement les territoires : dessalement pour Khouribga et Safi, emplois massifs pour les régions minières, sécurité hydrique pour l’industrie et les villes. Global, parce que ces innovations répondent aux défis mondiaux : nourrir une population croissante, réduire les émissions, sécuriser des intrants critiques. En combinant capture du CO₂, électrolyse verte et dessalement, le Maroc propose un modèle intégré qui pourrait inspirer d’autres pays confrontés aux mêmes pressions climatiques et énergétiques.
Le pari est audacieux, mais il est déjà en marche. Chaque mètre de pipeline construit, chaque module de capture installé, chaque électrolyseur déployé inscrit OCP dans une logique où l’industrie lourde ne s’oppose plus à la durabilité mais en devient le moteur. L’eau, l’énergie et l’agriculture, longtemps traitées comme des enjeux distincts, se rejoignent désormais dans une même équation stratégique. Et au cœur de cette équation, le Maroc trace une voie singulière : transformer ses contraintes en leviers, et ses défis en opportunités de souveraineté.
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