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    Par:  

    Abdelhak Najib

  • 01 mars 2021  à 15:32
  • Temps de lecture: 7 minutes
  • CHRONIQUESHomo technicus

    Homo technicus
    Abdelhak Najib: Ecrivain-Journaliste

    « Le progrès ? Pensez seulement aux hommes qu’on avait il y a cent ans, avant le progrès : Beethoven! Goethe! Napoléon! Hebbel! » De quel progrès parlons-nous quand celui-ci sonne le glas de toute grandeur humaine. Curieux comme nous croyons dur comme fer qu’avec des gratte-ciel, des routes sinueuses, des satellites qui polluent l’espace, des gadgets High-Tech, du cyber-savoir et de nombreuses autres technicités entre numérisation de la vie et sa digitalisation, nous pouvons nous targuer d’affirmer que nous vivons l’âge d’or de ladite civilisation thermo-industrielle ! C’est tout à fait le contraire auquel nous assistons.

    Nous assistons à la fin d’une ère. Nous traversons la pire crise humaine de ses dix derniers siècles. Nous avons entamé la chute de cette pseudo-civilisation. Et pour reprendre l’exemple cité plus haut par Robert Musil sur le progrès et les grands hommes qui écrivent l’Histoire de l’humanité, nous n’avons plus ni Wagner, ni Nietzsche, ni Proust, ni Kafka, ni Dostoïevski, ni Rilke, ni Fulcanelli, ni Tesla, ni Einstein, ni Hubble, ni Beckett, Ni Joyce, ni Soljenitsyne, ni Conrad, ni Durrell ni Henry Miller.

    La liste des grands noms qui ont façonné le regard de l’humanité est très longue. On peut y ajouter les noms de Camus, Char, Heidegger, Cioran… Aujourd’hui en 2021, nous avons bien entamé le XXIème siècle avec en guise d’exemples des criminels, des assassins, des sanguinaires, des médiocres et des financiers qui s’autoproclament leaders de ce monde. Dans un monde où l’on érige les parcours de Bill Gates, George Bezos, Jack Ma, Steve Jobs, Elon Musk, Mark Zuckerberg, Lionel Messi, Cristiano Ronaldo… et d’autres, du même acabit, comme exemples de réussite à suivre, s’en est fini de toute profondeur, de toute exigence envers soi, de toute connaissance solide pour affronter les intempéries de l’Histoire. Quand on a mis l’argent comme valeur suprême dans ce monde, on a du même coup signé l’arrêt de mort de l’humanité. Jamais le cumul des billets de banque n’a été garant de la grandeur d’une civilisation.

    La renaissance a bien vu l’installation d’une gestion des finances en phase avec l’époque, mais dans le même temps, l’équilibre était établi par les travaux d’un Leonardo Da Vinci, d’un Michel-Ange, un Botticelli, Raphaël, Donatello, Érasme, Titien, Le Caravage, Bellini, Bosch… et plus tard Galilée, Kepler, Brahe, Copernic et Newton. Sans parler des grands compositeurs, des grands peintres, des grands scientifiques qui ont changé le visage de l’humanité en la portant vers la grandeur et la pérennité. Le savoir et la connaissance étaient les seules valeurs suprêmes.

    L’argent n’était qu’un moyen parmi tant d’autres pour aller vers plus de découvertes et donc plus de détermination de faire de l’humanité à la fois une source de lumière et une promesse de progrès. Les lumières ont accouché de deux guerres mondiales au nom de la finance et le progrès a donné corps à l’hégémonie du gadget qui signe l’arrêt de mort de l’être humain. Bientôt, dans un futur très proche, les humains n’auront plus aucune utilité, en dehors du fait qu’ils doivent continuer à remplir leur rôle de consommateurs de tout ce que ladite civilisation technologique produit en grandes quantités.

    Avec une grande priorité, concédée à la technologie et à la nanotechnologie qui nous fera passer de l’ère de la cybernétique, à l’ère de la machine, qui se suffit à elle-même. C’est d’ailleurs déjà le cas puisque dans de nombreux domaines de production, l’homme a été banni pour laisser la place à des robots qui remplissent leur fonction avec une grande exactitude. Même pour les sales besognes militaires, la machine a déjà pris le pouvoir. Le drone auto-dirigeable et les machines de guerre ultra sophistiquées qui se passent de l’expertise des hommes.

    Nous sommes déjà depuis plusieurs décennies dans ce que nous pouvons appeler : l’ère de l’homme ordinaire. L’homme superficiel, superflu, remplaçable, limité, apeuré, lâche et immobile. Un homme qui consomme et se consume en attendant la fin, n’importe quelle fin, sur laquelle il n’a aucun impact, puisque l’histoire s’écrit désormais sur ses vestiges. Fernando Pessoa avait vu venir la catastrophe de très loin : « J’éprouve un dégoût physique pour l’humanité ordinaire : c’est d’ailleurs la seule qui existe. »

    Passons maintenant à un autre point lancinant. Là où le regard se porte aujourd’hui, la normalité conjuguée à la normopathie, la médiocrité et son corollaire l’ignorance, l’ordinaire bas son plein et ne laisse plus aucune place ni chance à des étincelles extraordinaires. La règle est d’abdiquer. La loi qui prévaut est celle qui te somme de rentrer dans le rang et de ne jamais revendiquer ton individualité, dans ce qui la caractérise comme différences, comme rêves et comme espoir de ne pas entrer dans le moule et devenir un numéro de série, parmi des milliards d’autres numéros.

    Le règne de l’ordinaire a été bien étudié avant de devenir la norme. On a préparé cette humanité finissante à devenir rampante, ployant sous le poids de tant de dépendances, avec à leur tête l’addiction pathologique à la technologie avilissante. Ce qui ne laisse plus aucun autre choix aux humains aujourd’hui. Prends ton gadget et connecte-toi à la virtualité. Oublie ce monde réel, ne t’en préoccupe pas, nous sommes là pour nous en occuper ? Toi, l’humain désorienté d’aujourd’hui, tu n’as qu’à suivre ce qu’on t’indique et tout ira bien pour toi. Tu ne sentiras plus de la douleur face aux drames humains, parce qu’on t’aura abreuvé de spectacles horribles jusqu’à t’ôter toute empathie. Nous avons envahi ta vie avec des scènes insoutenables de meurtres, de tragédies humaines, de catastrophes naturelles, d’injustice de tous bords pour tuer en toi toute réaction à ce qui fait mal à cette humanité à laquelle tu appartiens encore avant de basculer dans l’ère du virtuel tous azimuts, une ère où tu ne seras plus qu’un consommateur débile et ahuri face à une monde que tu ne reconnaît plus.

    On tue la souffrance en toi et la douleur pour que tu ne ressens plus ce qui fait mal à cette humanité qui crie sa déshérence dans un désert sourd et muet. Alors que nous le savons, on ne peut prétendre à l’humanité sans avoir cette profonde capacité de ressentir la douleur et l’empathie, la rage et la colère face au mal et au désastre. « La souffrance et la douleur sont toujours indispensables pour une conscience large et pour un coeur profond. Les hommes qui sont vraiment grands, me semble-t-il, doivent ressentir dans le monde une grande tristesse ». (Fiodor Dostoïevski). Encore plus aujourd’hui, qu’il y a un siècle. Toute la douleur du monde est exacerbée. Le monde étant devenu factice, superficiel, un monde fait de surfaces en strates, chacune plus insignifiante que l’autre, notre capacité de sentir le sens tragique de la vie se doit de répondre à la vacuité de la société moderne avec autant de force et d’acuité.

    Face à cette vacuité béante qui fait peur, tu te demandes, comment t’en sortir, toi, l’homme ? Tu veux retrouver un peu de ton humanité perdue, mais tu ne sais pas comment. Tu essaies et tu échoues, tout le temps, parce que tout te dépasse. Il te suffit de faire un arrêt, de refuser d’avancer dans un monde hostile qui te prive de tes sentiments élémentaires et de tes émotions primales. Il te faudra, pour te libérer, renoncer à tout et réapprendre à t’aimer. «Dans un monde en déshérence, renoncer, c’est nous libérer. Ne rien vouloir, c’est pouvoir.» (Fernando Pessoa)

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