Handicap : 8,7 % de la population concernée, un ménage sur trois touché

La Vérité
La troisième enquête nationale sur le handicap révèle une hausse du taux de prévalence à 8,7 % en 2026, contre 6,8 % en 2014. Plus qu’un chiffre, l’étude met en lumière une réalité qui touche directement près d’un ménage marocain sur trois et révèle de fortes disparités entre les régions.
Le chiffre interpelle. 8,7 % de la population marocaine vit désormais avec une situation de handicap, selon les premiers résultats de la troisième Enquête nationale sur le handicap, présentés le 3 septembre à Rabat par le secrétaire d’État chargé de l’Insertion sociale, Abdeljebbar Rachidi. En 2014, le taux s’établissait à 6,8 %. La progression atteint donc 1,9 point.
Mais derrière cette évolution se trouve une réalité encore plus large. L’enquête estime à 3,15 millions le nombre de personnes en situation de handicap en 2026, contre 2,26 millions en 2014. Surtout, près de 29 % des ménages marocains comptent au moins une personne en situation de handicap. Autrement dit, presque une famille sur trois se trouve directement concernée.
Cette donnée change la lecture du phénomène. Le handicap ne concerne pas uniquement la personne qui en souffre. Il implique souvent la famille dans les soins, l’accompagnement, les déplacements, la scolarisation et les dépenses supplémentaires. Selon les résultats présentés, 65,6 % des personnes en situation de handicap déclarent que les dépenses liées aux médicaments et aux produits pharmaceutiques restent à la charge de leur famille.
Une progression à interpréter avec prudence
La hausse du taux national ne signifie pas nécessairement que le handicap a progressé mécaniquement de 1,9 point en douze ans. L’enquête de 2026 utilise une méthodologie plus large. Elle intègre notamment les enfants âgés de 2 à 17 ans, avec des normes développées par l’Unicef, ainsi que la liste élargie du Groupe de Washington pour les personnes âgées de 18 ans et plus. Le vieillissement de la population constitue également un facteur explicatif.
La comparaison avec 2014 doit donc tenir compte de cette évolution méthodologique. L’objectif de la nouvelle enquête consiste justement à produire une photographie plus complète des situations de handicap et des difficultés rencontrées par les personnes concernées.
Pour renforcer cette photographie, l’échantillon est passé d’environ 16.000 ménages en 2014 à 20.412 en 2026. L’opération a mobilisé 47 équipes et 236 enquêteurs, dans le cadre d’un dispositif associant notamment le Secrétariat d’État chargé de l’Insertion sociale, le HCP, l’ONDH et l’UNFPA.
Des écarts régionaux qui interrogent
Au-delà de la moyenne nationale, c’est la géographie du handicap qui attire l’attention. Les premiers résultats font apparaître des écarts considérables entre les territoires.
Béni Mellal-Khénifra arrive en tête avec 14,2 %, suivie de Fès-Meknès avec 12 % et de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma avec 11,7 %. Rabat-Salé-Kénitra atteint 10,4 %, tandis que l’Oriental se situe à 9,1 %. À l’autre extrémité, Dakhla-Oued Ed-Dahab affiche 2,4 %, Casablanca-Settat 4,6 % et Souss-Massa 6,2 %.
Ces différences ne peuvent pas être réduites à une simple hiérarchie statistique. Elles renvoient à des réalités démographiques, sanitaires, sociales et territoriales différentes. Elles devront surtout faire l’objet d’analyses plus approfondies afin de déterminer les facteurs qui expliquent de tels écarts.
Pour le Maroc, cette cartographie pose une question essentielle : peut-on répondre de la même manière aux besoins d’une personne en situation de handicap à Béni Mellal, à Tanger, à Casablanca ou à Dakhla ?
La réponse semble de plus en plus évidente : les politiques nationales doivent conserver un socle commun de droits, mais leur mise en œuvre doit tenir compte des réalités locales.
Santé, école, emploi : le véritable défi commence maintenant
L’enquête ne se limite pas au décompte des personnes concernées. Elle cherche également à mesurer leur accès à la santé, à l’éducation, à l’emploi, à la protection sociale et aux différents services publics. Les attentes exprimées par les personnes en situation de handicap et leurs familles portent précisément sur l’accès effectif à ces droits et services de base.
Le handicap sévère représente pour sa part 2,3 % de la population. Cette réalité nécessite des dispositifs d’accompagnement particulièrement adaptés, notamment dans les domaines de la santé, de la mobilité et de l’autonomie.
Le défi est également économique. Lorsqu’un membre d’une famille nécessite un accompagnement quotidien, un proche peut réduire ou abandonner son activité professionnelle. Les dépenses médicales, les équipements adaptés et les déplacements peuvent également peser lourdement sur le budget familial.
Ainsi, les 29 % de ménages concernés constituent probablement l’un des indicateurs les plus significatifs de cette enquête. Ils montrent que la politique du handicap dépasse largement la seule question de l’assistance. Elle touche directement la cohésion sociale, l’égalité territoriale et l’accès aux opportunités.
Une nouvelle cartographie pour l’action publique
La troisième enquête nationale fournit donc au Maroc une base statistique actualisée pour revoir ses politiques publiques. L’enjeu ne consiste plus seulement à connaître le nombre de personnes en situation de handicap, mais à savoir où elles vivent, quels obstacles elles rencontrent et quels services leur font réellement défaut.
L’éducation inclusive, l’accessibilité des bâtiments et des transports, l’accès aux soins, la formation professionnelle et l’emploi constituent autant de chantiers qui devront désormais être abordés à partir de données territoriales plus précises.
L’enquête apporte une photographie plus complète du handicap au Maroc. Le véritable test commencera toutefois après les chiffres : transformer cette connaissance en services accessibles, en accompagnement concret et en opportunités réelles d’inclusion.

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