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Guerre commerciale : où en sommes-nous ?

Par Fayçal El Amrani


Ce qui, au départ, semblait n’être qu’un bras de fer commercial entre les États-Unis et la Chine est devenu, en l’espace de quelques mois, une toile d’araignée complexe qui englobe désormais plusieurs dizaines de pays de l’Asie du Sud-Est à l’Europe, en passant par l’Afrique et l’Amérique latine.

« Les droits de douane annoncés oscillent entre 25 % et 40 %, et pourraient entrer en vigueur dès le 1er août si aucun accord bilatéral n’est trouvé »

L’annonce récente de Donald Trump d’imposer une nouvelle vague de tarifs douaniers punitifs à 14 nations, dont des économies majeures comme la Chine, le Japon, la Corée du Sud ou l’Inde, marque une nouvelle étape dans une guerre commerciale dont les enjeux ne sont plus seulement économiques, mais profondément géopolitiques.

Les droits de douane annoncés oscillent entre 25 % et 40 %, et pourraient entrer en vigueur dès le 1er août si aucun accord bilatéral n’est trouvé. Pour certains pays, comme le Bangladesh ou la Thaïlande, dont les économies reposent largement sur les exportations de textiles ou de produits industriels, l’impact pourrait être dramatique. Pour d’autres, comme la Chine, il s’agit avant tout d’une question de principe : Pékin a d’ores et déjà dénoncé un acte de « sabotage économique » et promis des représailles.

Mais derrière les postures et les menaces, une réalité s’impose : cette guerre commerciale fragilise le commerce mondial, augmente le coût de la vie, et multiplie les incertitudes dans un contexte déjà tendu. Les chaînes d’approvisionnement sont perturbées, les prix des produits de base grimpent, et les partenariats construits au fil des décennies s’érodent au profit d’un climat de méfiance.

Séoul parle d’une décision « inappropriée », Tokyo d’un choix « regrettable ». Mais tous tentent de négocier. Car l’enjeu n’est pas idéologique : il est vital

L’Asie du Sud-Est, en particulier, se retrouve au cœur du cyclone. Des pays comme la Malaisie, le Vietnam ou les Philippines doivent choisir entre se rapprocher des États-Unis — au risque de froisser la Chine — ou maintenir une posture de neutralité stratégique. À Kuala Lumpur, les ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN se sont réunis cette semaine pour tenter de comprendre les nouvelles règles du jeu. Un diplomate malaisien l’a résumé ainsi : « L’ASEAN n’est pas un pion, c’est un acteur. Elle collaborera, mais à ses propres conditions ».

Dans ce jeu de pressions et de contre-pressions, les États-Unis affirment vouloir construire une coalition économique anti-Chine. Mais cette approche, perçue comme unilatérale, crée plus d’inquiétudes que d’adhésions. Même des alliés proches comme la Corée du Sud ou le Japon affichent leur réserve. Séoul parle d’une décision « inappropriée », Tokyo d’un choix « regrettable ». Mais tous tentent de négocier. Car l’enjeu n’est pas idéologique : il est vital.

L’Europe, quant à elle, observe avec prudence. Une trêve a été obtenue jusqu’au 1er août. Bruxelles espère encore un accord pour éviter les sanctions, comme celles qui avaient été imposées à l’acier ou aux produits technologiques par le passé. Une conversation téléphonique entre Donald Trump et Ursula von der Leyen aurait permis, selon certains responsables, de « progresser politiquement ». Mais chacun sait que les marges de manœuvre sont étroites.

« Nous sommes donc entrés dans une ère nouvelle. Une époque où le commerce n’est plus un simple vecteur de croissance, mais un levier de pouvoir »

Face à cette escalade, la Chine ne reste pas passive. Elle active ses réseaux régionaux, renforce ses liens commerciaux avec le Cambodge, la Malaisie, le Vietnam. Xi Jinping multiplie les accords et les gestes d’ouverture pour montrer que l’Asie peut exister sans dépendre des États-Unis. Une manière de déplacer le centre de gravité de l’économie mondiale, sans déclaration de guerre, mais avec constance.

Nous sommes donc entrés dans une ère nouvelle. Une époque où le commerce n’est plus un simple vecteur de croissance, mais un levier de pouvoir. Et cette bascule nous concerne tous, car elle redéfinit ce que veut dire « être allié », « être compétitif », ou simplement « commercer ».

Il est encore temps de dialoguer. Mais la fenêtre se referme vite. La guerre commerciale n’est plus une menace abstraite. Elle est là, concrète, fragmentée, et potentiellement dévastatrice. Reste à savoir si les dirigeants du monde choisiront la confrontation permanente ou l’invention de nouvelles règles du jeu. Pour l’instant, tout reste suspendu à la date du 1er août.


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