« Grand Israël » : L’escalade verbale de Netanyahu met le feu aux poudres diplomatiques
Un retour aux discours expansionnistes menace de torpiller les fragiles équilibres du Moyen-Orient
Par Fayçal El Amrani
Les récentes déclarations de Benjamin Netanyahu sur le concept de « Grand Israël » viennent relancer une polémique aux conséquences potentiellement explosives. Lors d’une interview accordée à la chaîne israélienne I24 News le 13 août, le Premier ministre israélien a clairement affirmé son adhésion à cette vision controversée, répondant par deux fois « Tout à fait » à la question de savoir s’il partageait cette idéologie.
Cette déclaration ne tombe pas dans le vide. Le concept de « Grand Israël », qui fait référence aux frontières bibliques du temps du roi Salomon, ambitionne d’étendre les frontières israéliennes bien au-delà de la Cisjordanie pour englober des parties de la Jordanie, du Liban et de la Syrie. Pour certains extrémistes israéliens, cette entité s’étendrait même « du Nil jusqu’à l’Euphrate », englobant littéralement des territoires appartenant à des États souverains reconnus par la communauté internationale.
Face à cette escalade verbale, le monde arabe s’est mobilisé avec unité. Le Maroc, aux côtés de trente autres États arabo-islamiques, a signé un communiqué conjoint condamnant fermement ces propos qualifiés de « mépris flagrant et de violation dangereuse des règles du droit international ». Ce document, soutenu par la Ligue arabe, le Conseil de Coopération du Golfe et l’Organisation de la Coopération Islamique, met en garde contre « une menace directe pour la sécurité nationale arabe, la souveraineté des États, ainsi que pour la paix et la sécurité régionales et internationales ».
L’Égypte, dont le Sinaï fut occupé par Israël après la guerre de 1967, a été parmi les premiers à réagir, exigeant des « clarifications » sur ces déclarations qu’elle considère comme « une provocation à l’instabilité et un rejet de l’option de la paix ». De son côté, la Jordanie n’a pas caché son indignation, dénonçant une « dangereuse escalade provocatrice ». L’Irak, dont le territoire est évoqué dans cette vision expansionniste, a condamné des « déclarations qui révèlent clairement les ambitions expansionnistes » d’Israël.
Cette sortie médiatique de Netanyahu intervient dans un contexte déjà tendu, marqué par la récente décision du ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, d’approuver la construction d’une colonie destinée à séparer Al Qods-Est de la Cisjordanie. Une manœuvre transparente visant à torpiller définitivement le projet d’un État palestinien viable, alors même que la solution à deux États reste, selon le président de la Chambre des représentants marocaine Rachid Talbi El Alami, « l’unique voie politique pour parvenir à un règlement au conflit israélo-palestinien ».
En tant que président du Comité Al-Qods, le Roi Mohammed VI a toujours défendu une solution juste et durable au conflit israélo-palestinien, fondée sur le respect des résolutions internationales et la reconnaissance de l’État palestinien avec Al-Qods-Est comme capitale. Les déclarations de Netanyahu, venant s’ajouter aux politiques d’expansion territoriale sur le terrain, représentent une remise en cause directe de cette vision.
Plus préoccupant encore, cette rhétorique expansionniste n’est pas nouvelle. En février dernier, Netanyahu avait déjà suscité l’indignation en suggérant la création d’un État palestinien… sur le sol saoudien. Ces dérapages successifs révèlent une stratégie délibérée de déstabilisation du processus de paix, alors que la communauté internationale, y compris le Secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres, réaffirme régulièrement que « la seule voie durable pour rétablir l’espoir au Moyen-Orient est d’ouvrir la voie à la solution à deux États ».
Face à cette situation, le Maroc continue de jouer un rôle de médiateur crédible, enraciné dans une position historique claire et respectée. Le Royaume maintient fermement que toute avancée doit s’accompagner de progrès concrets vers la création d’un État palestinien souverain.
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