Les experts internationaux se réunissent à Fès pour réconcilier contrôle des frontières et dignité humaine
Droits humains : Plus de cent experts internationaux se réunissent à Fès pour réconcilier contrôle des frontières et dignité humaine
LA VÉRITÉ
Alors que les promesses initiales de la mondialisation laissaient présager un effacement progressif des clivages géopolitiques, les barrières étatiques se multiplient aujourd’hui à un rythme inédit à travers la planète.
Cette hyper-mobilité contemporaine se heurte désormais de plein fouet au retour en force des clôtures nationales et au durcissement des politiques de souveraineté. Pour décrypter ce paradoxe sociopolitique majeur et jeter les bases d’une approche plus humaine, la ville de Fès a accueilli du 18 au 21 mai la deuxième édition de la Conférence internationale sur les études frontalières. Cet événement scientifique d’envergure a rassemblé plus de 100 experts, chercheurs et universitaires venus du monde entier pour ancrer définitivement la sécurité frontalière dans le respect inaliénable des droits humains.
La croissance soutenue des échanges économiques mondiaux contraste singulièrement avec le renforcement physique, technologique et juridique des limites territoriales. Les panélistes ont mené leurs réflexions dans un contexte d’intensification globale des mobilités, marqué par des projections démographiques indiquant que le trafic mondial devrait approcher les huit milliards de voyageurs d’ici une quinzaine d’années. Parallèlement, la persistance des traversées migratoires non réglementées continue de mettre à rude épreuve les mécanismes de contrôle traditionnels des États.
Face à ce constat, les débats ont soulevé une problématique centrale : déterminer les modalités juridiques et opérationnelles de conciliation entre l’impératif légitime de sécurité nationale et la protection des personnes. Les participants ont ainsi lancé un appel unanime pour repenser la démarcation frontalière non plus comme un instrument d’exclusion ou de rejet, mais comme un espace juridique protecteur, capable d’encadrer la circulation des personnes dans la dignité absolue.
Deux principes fondateurs pour guider le paradigme migratoire marocain
Intervenant lors des panels, Driss El Yazami, président du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), a fermement souligné la nécessité d’opposer des recherches académiques rigoureuses et scientifiques aux discours politiques démagogiques ou populistes qui saturent l’espace médiatique mondial.
Le responsable a rappelé avec insistance qu’une délimitation territoriale reste avant tout une institution inscrite dans le droit international et national. Selon lui, l’État a l’obligation d’y garantir les droits fondamentaux de l’ensemble des citoyens, mais également ceux des migrants dépourvus de documents de voyage légaux. Ce positionnement pose le premier principe d’une approche résolument axée sur le respect de la vie humaine.
Dans le prolongement direct de ces réflexions juridiques, le président de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Mustapha Ijjaali, a évoqué le regain d’intérêt massif pour les questions territoriales face aux récents bouleversements géopolitiques mondiaux.
L’universitaire a vivement encouragé l’assistance à cesser de percevoir les frontières comme de simples lignes de fracture géographique ou des barrières hermétiques. Il a plutôt proposé aux chercheurs de les analyser sous le prisme enrichissant des relations humaines, des échanges interculturels et des dynamiques historiques profondes, complétant ainsi le cadre conceptuel d’un nouveau modèle de gouvernance migratoire.
Trente pays engagés dans la production d’un savoir inclusif et souverain
De son côté, Mohammed Bouzlafa, doyen de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Fès, a mis en avant les choix stratégiques et pionniers du Maroc en la matière. Il a rappelé que, conformément aux hautes orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Royaume applique de manière constante une politique migratoire d’avant-garde, fondamentalement basée sur l’humanisme, la solidarité et l’intégration réelle des personnes déplacées. Pour illustrer la pertinence de ce modèle de gestion national, Bouzlafa a notamment mentionné les grandes opérations exceptionnelles de régularisation menées avec succès en faveur des ressortissants d’Afrique subsaharienne établis sur le territoire marocain.
Le doyen a également insisté sur l’importance capitale de croiser les savoirs et les expertises issus des trente pays représentés lors de cette conférence afin de construire des grilles d’analyse inédites et adaptées aux réalités du terrain. L’implication directe de spécialistes en provenance de divers continents a grandement favorisé l’émergence d’une vision globale et connectée des phénomènes transnationaux.
En guise de conclusion, les travaux de la conférence ont appelé la communauté internationale à valoriser et à intégrer pleinement les connaissances scientifiques produites par les chercheurs du Sud global. Cette reconnaissance académique est jugée indispensable pour apporter des réponses politiques et sécuritaires pérennes, équilibrées et justes aux défis contemporains de la sécurité et de la mobilité humaine.
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