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Gouvernance au Maroc : protéger l’argent public pour l’avenir

Par Yassine Andaloussi


Le Maroc se trouve aujourd’hui à un tournant stratégique de son développement. Alors que le pays accélère ses réformes structurelles et s’apprête à accueillir des événements sportifs majeurs tels que la Coupe d’Afrique des Nations 2025 et la Coupe du Monde 2030, la question de la bonne gouvernance et de la gestion rigoureuse des ressources publiques s’impose avec force. Les scandales liés au détournement, au gaspillage ou à l’inefficacité administrative ne sont pas seulement des faits divers, ils représentent une menace directe pour la crédibilité de l’État, la confiance des citoyens et l’attractivité internationale du Royaume. Dans ce contexte, protéger les ressources publiques est un impératif stratégique qui conditionne la réussite des projets nationaux, la stabilité sociale et la capacité du Maroc à se positionner comme un modèle de gouvernance en Afrique.

Les ressources publiques ne sont pas infinies. Chaque dirham détourné ou gaspillé équivaut à une école non construite, à un hôpital sous-équipé ou à une route inachevée. La réussite des grands chantiers, qu’il s’agisse du développement des infrastructures, de la transition énergétique ou de la préparation aux événements sportifs internationaux, repose avant tout sur la discipline budgétaire et la transparence.

Au-delà des chiffres, il s’agit d’un enjeu de confiance. Dans un monde globalisé, les investisseurs étrangers scrutent la solidité des institutions, la rigueur des mécanismes de contrôle et la crédibilité des engagements publics. Une gestion opaque ou laxiste peut rapidement refroidir l’appétit des partenaires économiques, alors qu’un système basé sur la transparence et la redevabilité renforce la compétitivité du pays.

Le Maroc dispose d’instances solides, comme la Cour des comptes, l’Autorité Nationale du Renseignement Financier, l’Inspection générale des finances ou encore l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption. Leurs rapports réguliers mettent en lumière des dysfonctionnements, des irrégularités financières et des pratiques contraires aux principes de bonne gestion.

Cependant, la principale faiblesse réside dans le suivi. Trop souvent, les recommandations restent lettre morte et les sanctions tardent à se concrétiser. Cette inertie nourrit un sentiment d’impunité et entretient la méfiance des citoyens. Le défi, désormais, n’est plus seulement de constater les manquements mais de garantir que chaque abus entraîne des conséquences réelles et dissuasives.

La nouvelle génération, connectée et informée, se montre particulièrement sensible aux questions de transparence et de justice sociale. Pour elle, le gaspillage et la corruption ne sont pas de simples défauts administratifs, mais plutot une injustice qui fragilise l’égalité des chances.

Dans une société où la jeunesse constitue la majorité démographique, ignorer ces attentes serait dangereux. L’adhésion des jeunes aux réformes passe par la conviction que les ressources du pays sont gérées avec sérieux et équité. C’est aussi une condition de la stabilité sociale et politique dans un contexte régional souvent marqué par des tensions.

La CAN 2025 et la Coupe du Monde 2030 sont bien plus que des compétitions sportives. Elles constituent des vitrines internationales où le Maroc sera observé non seulement sur sa capacité organisationnelle, mais aussi sur sa rigueur financière.

Le monde a déjà été témoin de scandales liés à la gestion d’événements similaires dans d’autres pays, budgets explosés, infrastructures inachevées, soupçons de corruption. Le Maroc, lui, a l’opportunité de démontrer qu’il peut rompre avec ces pratiques en faisant de la transparence un pilier de son modèle organisationnel. La finalisation du projet du Stade Moulay Abdellah à Rabat constitue un exemple concret de bonne gestion des fonds publics. Construit et rénové dans les délais et le budget prévus, ce stade illustre que les grands projets peuvent être réalisés efficacement, tout en respectant les normes financières et techniques.

Cela suppose des appels d’offres clairs, des audits indépendants et une communication régulière avec l’opinion publique, afin que chaque projet devienne une référence en matière de gouvernance et de responsabilité financière.

La corruption et le gaspillage ne se combattent pas uniquement par des lois et des institutions. Ils nécessitent une transformation culturelle profonde. Promouvoir une éthique de responsabilité dans l’administration, inculquer aux fonctionnaires une conscience citoyenne et renforcer la protection des lanceurs d’alerte sont des mesures indispensables.

L’éducation joue ici un rôle central. Former les jeunes à l’intégrité, valoriser les comportements exemplaires et intégrer des modules de citoyenneté dans les programmes scolaires contribuent à construire une nouvelle culture de gouvernance.

La protection des ressources publiques ne concerne pas seulement la politique intérieure. Elle a un impact direct sur la diplomatie économique du Royaume. Dans un contexte où le Maroc cherche à attirer davantage d’investissements étrangers, notamment en Afrique, la crédibilité financière et institutionnelle devient un argument de poids.

Un pays perçu comme transparent et rigoureux inspire confiance. À l’inverse, une réputation entachée par des scandales de corruption ou de mauvaise gestion peut décourager les investisseurs les plus sérieux et attirer des partenaires opportunistes peu soucieux de l’intérêt général.

La protection des ressources publiques doit s’inscrire dans une logique de pacte social. Les citoyens acceptent les efforts fiscaux et soutiennent les grands projets à condition de voir que l’argent public est utilisé de manière optimale. La redevabilité ne doit pas être perçue comme une menace pour les responsables mais comme un outil de légitimité et de consolidation du lien de confiance entre l’État et la société.

La mise en place de plateformes numériques ouvertes, où les citoyens peuvent suivre en temps réel l’évolution des projets financés par l’argent public, constituerait une avancée majeure. De telles initiatives permettraient d’associer la population à la gestion des ressources et de renforcer le sentiment d’appropriation collective.

À l’heure où le Maroc se projette vers des horizons ambitieux, la protection des ressources publiques apparaît comme un impératif stratégique. Elle conditionne non seulement la réussite des grands événements à venir, mais aussi la crédibilité de l’État, la stabilité sociale et l’image du pays à l’international.

Plus qu’une question de contrôle administratif, il s’agit d’un choix de société. Faire de la transparence et de la responsabilité les piliers de la gouvernance marocaine, c’est investir dans l’avenir, consolider le pacte entre l’État et les citoyens et offrir au monde l’image d’un pays en marche vers une modernité exemplaire.

 

 


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