Génération Z : en quête de perspectives, Benkirane en quête de rôle
Par Fayçal El Amrani
Les manifestations récentes menées par la Génération Z ont révélé la profondeur d’un malaise social qui ne cesse de s’accentuer. Cette jeunesse connectée, instruite et impatiente de changement a exprimé dans la rue son refus du statu quo. Les slogans scandés, souvent spontanés et dénués de toute structure partisane, traduisent une demande de dignité, d’emplois et de perspectives claires. Dans ce contexte, le Parti de la justice et du développement (PJD), désormais relégué dans l’opposition, tente de s’emparer du débat, dénonçant l’échec du gouvernement actuel à répondre aux attentes de la population.
Un malaise social amplifié par le numérique
D’abord, il convient de souligner que cette contestation dépasse largement le champ partisan. Les réseaux sociaux ont transformé les colères individuelles en un discours collectif, donnant à la rue marocaine une caisse de résonance inédite. Les jeunes utilisent TikTok, Instagram ou X pour partager leurs frustrations, leurs espoirs et leurs critiques, créant un espace parallèle où la liberté d’expression s’affirme plus qu’ailleurs. Cependant, cette dynamique inquiète les autorités, qui craignent des débordements difficiles à canaliser.
Une réponse dominée par la logique sécuritaire

Ensuite, la réaction des pouvoirs publics s’est inscrite dans une logique de maintien de l’ordre. Arrestations, encadrements musclés et communication officielle stricte illustrent la volonté d’éviter tout dérapage. Pour l’État, l’ordre public reste une priorité absolue dans un contexte régional marqué par l’instabilité. Pourtant, cette approche unilatérale comporte un risque : accentuer le fossé entre une jeunesse frustrée et des institutions perçues comme sourdes à ses aspirations.
Le PJD face à une opportunité politique fragile
Le PJD cherche à capitaliser sur ce mécontentement. Affaibli par sa défaite électorale de 2021, le parti islamiste tente de retrouver une légitimité en accusant le gouvernement en place d’échec économique et social. Ses dirigeants soulignent que la gestion actuelle, marquée par la répression et l’absence de solutions concrètes, ne fait qu’exacerber la colère des jeunes.
Cependant, sur le terrain, les manifestants n’expriment aucune loyauté envers une formation politique. Leur discours reste largement détaché des cadres partisans traditionnels, révélant une crise de représentation profonde. Le PJD, en quête d’un nouveau souffle, se heurte donc à une génération qui rejette aussi bien le pouvoir que l’opposition classique.
Vers une refondation nécessaire du dialogue national
Enfin, la question essentielle demeure celle de la réponse politique. Le Maroc ne peut ignorer les attentes de cette jeunesse qui constitue la majorité démographique du pays. Plutôt que de s’enfermer dans une logique défensive, les institutions gagneraient à ouvrir un espace de dialogue réel et inclusif. Intégrer les aspirations des jeunes dans les politiques publiques, valoriser leur créativité et reconnaître leur rôle dans la construction de l’avenir national sont des impératifs. Quant au PJD, il devra clarifier sa position : incarner une opposition constructive capable de proposer des alternatives crédibles, ou se limiter à dénoncer sans convaincre.
Les mobilisations de la Génération Z et la posture du PJD traduisent un double tournant pour le Maroc : social, avec l’émergence d’une jeunesse qui revendique sa place, et politique, avec une opposition en quête de pertinence. Entre gestion sécuritaire et ouverture au dialogue, entre immobilisme partisan et refondation de la représentation, l’avenir dépendra de la capacité des acteurs à bâtir un contrat social renouvelé. La fracture qui se dessine n’est pas inévitable, mais elle impose des choix clairs et courageux.
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