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Gazoduc Afrique Atlantique face au projet transsaharien : L’année décisive

Par Fayçal El Amrani


Deux corridors, une même ressource, une même fenêtre européenne. Entre le Gazoduc Afrique Atlantique et le projet transsaharien Nigeria–Niger–Algérie, la compétition ne porte plus sur les cartes mais sur la capacité à déclencher une décision finale d’investissement en 2026. Derrière les annonces diplomatiques, ce sont des contrats, des milliards et un calendrier serré jusqu’à 2050 qui trancheront.

Le débat sur les grands corridors gaziers ouest africains a longtemps relevé de la projection stratégique. En février 2026, il entre dans une phase décisive. Le Gazoduc Afrique Atlantique, conçu en 2016 et progressivement élargi à une douzaine de pays longeant la façade atlantique, se rapproche du moment clé qui transforme un projet en chantier, la décision finale d’investissement. En face, le projet transsaharien Nigeria–Niger–Algérie revient dans l’actualité avec une relance politique affichée et la promesse d’une accélération après le Ramadan. Les deux trajectoires se croisent au même endroit, le gaz nigérian, et visent, en partie ou en totalité, le marché européen.

Le Gazoduc Afrique Atlantique s’inscrit dans une logique de corridor continental. Son tracé dépasse 5 000 km et sa capacité cible avoisine 30 milliards de m³ par an. L’ambition repose sur un équilibre entre marchés africains et débouché européen. Une part substantielle des volumes est destinée à l’Afrique de l’Ouest pour soutenir la production électrique, l’industrialisation et la fabrication d’engrais. L’autre part pourrait être injectée vers l’Europe via les interconnexions existantes entre le Maroc et l’Espagne. Cette architecture donne au projet une profondeur régionale qui ne se limite pas à l’exportation brute.

Les études techniques sont achevées, les tronçons identifiés et la structuration institutionnelle engagée à travers des sociétés de projet et des véhicules segmentés. Du côté nigérian, le corridor atlantique a été récemment classé parmi les priorités stratégiques pour 2026. Le 4 février 2026, les autorités nigérianes ont inscrit le Gazoduc Afrique Atlantique parmi leurs projets prioritaires, signal fort dans la mesure où le Nigéria constitue la source principale d’approvisionnement. Le calendrier évoqué converge vers une décision finale d’investissement dans le courant de l’année 2026, un lancement des travaux autour de 2027 et des premières livraisons vers 2030 ou 2031. À partir de là, la mise en service complète s’étalerait jusqu’au milieu de la décennie 2030.

En face, le projet transsaharien conserve un argument de linéarité. Il relierait le Nigéria au Niger puis à l’Algérie avant d’atteindre l’Europe via les gazoducs déjà opérationnels vers l’Italie et l’Espagne. Le tracé est plus direct sur le papier et le projet est étudié depuis plus de 15 ans. Le 17 février 2026, une nouvelle séquence diplomatique entre Alger et Niamey a relancé la perspective d’un démarrage des étapes préparatoires après le Ramadan, accompagnée d’accords tripartites visant à accélérer le processus. La simplicité géographique ne suffit pourtant pas à garantir la bancabilité.

Car le véritable enjeu n’est plus la faisabilité technique. Les études existent pour les deux projets. L’arbitrage porte sur la capacité à mobiliser 20 à 25 milliards de dollars d’investissement, à sécuriser des contrats d’achat à long terme et à rassurer financeurs et industriels sur la stabilité du corridor sur 30 à 40 ans. Les deux projets se concurrencent d’abord sur la même ressource, le gaz nigérian. Même si le corridor atlantique peut intégrer à terme des apports complémentaires provenant du Sénégal ou de la Mauritanie, la base reste le Nigéria. Ils se concurrencent ensuite sur le marché européen, dont la profondeur temporelle est contrainte par l’objectif climatique 2050. Une mise en service au début des années 2030 laisserait une fenêtre de 15 à 20 ans pour des contrats compatibles avec cet horizon.

Le marché et le financement constituent les deux leviers déterminants. Deux mégaprojets issus du même bassin gazier, visant partiellement le même débouché européen, peinent à se financer simultanément. Les banques internationales, les institutions de développement et les acheteurs privilégieront le corridor offrant la meilleure combinaison entre stabilité politique, clarté de gouvernance et visibilité contractuelle. La perception du risque, notamment dans l’espace sahélien pour le transsaharien, pèse lourdement dans cette équation.

L’année 2026 apparaît ainsi comme l’année de la bascule. Si le Gazoduc Afrique Atlantique parvient à franchir le seuil de la décision finale d’investissement, il enclenchera un effet d’irréversibilité qui captera l’essentiel des engagements financiers et commerciaux. Si cette décision tarde, la relance transsaharienne pourrait tenter de saisir la fenêtre. Dans les deux cas, le duel ne se réglera ni à coups de communiqués ni par la simple longueur des tracés. Il se jouera sur des signatures, des garanties et un calendrier compatible avec la décennie 2030.

Au-delà de la compétition, l’enjeu dépasse la rivalité de corridors. Il concerne la capacité de l’Afrique de l’Ouest à structurer un espace énergétique intégré, à sécuriser son approvisionnement électrique et industriel et à peser dans les équilibres gaziers euro africains. Le premier projet qui transformera ses promesses en contrats redessinera durablement la carte énergétique du continent.


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