Finances criminelles, cybermenaces et terrorisme : l’offensive judiciaire du Maroc à Abou Dhabi
Lors du 15e Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime, la Présidence du Ministère Public a présenté un dispositif combinant spécialisation des magistrats, protection des victimes et coopération internationale. Du programme de réconciliation « Mousalaha » au renforcement des enquêtes financières parallèles, la justice marocaine privilégie la saisie et le recouvrement systématique des avoirs criminels. Grâce aux formations sur les preuves numériques et au traitement de plus de 23 000 affaires écologiques en 2025, le Royaume adapte ses poursuites aux enjeux contemporains.

Lors du 15e Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime à Abou Dhabi, la Présidence du Ministère Public du Maroc a exposé sa stratégie globale contre la criminalité financière, le terrorisme et la cybercriminalité. Fondée sur la spécialisation judiciaire, la saisie des avoirs criminels et la coopération internationale, cette réponse institutionnelle vise à neutraliser les réseaux délinquants à la source.
Le Secrétaire général de la Présidence du Ministère Public, Ahmed Ouali Alami, est intervenu lors du 15e Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et la justice pénale réuni à Abou Dhabi. Placée sous la présidence de l’Ambassadeur Azzeddine Farhane, Représentant permanent du Maroc auprès de l’Office des Nations Unies à Vienne, cette session a permis de détailler la réponse judiciaire marocaine face aux formes nouvelles et émergentes de criminalité organisée. L’action du Royaume combine la spécialisation des magistrats, la protection des victimes, l’efficacité des poursuites et le tarissement systématique des revenus illicites.
Un dispositif intégré contre le terrorisme et la traite d’êtres humains
Selon les informations communiquées par la Présidence du Ministère Public, la lutte nationale contre le terrorisme s’inscrit dans une approche globale articulant volets sécuritaire, judiciaire, préventif et réinsertion sociale. Ce schéma intègre notamment le programme de réconciliation « Mousalaha », arrivé à sa vingtième session, qui a bénéficié à plus de 436 personnes depuis son lancement en 2017.
En matière de traite des êtres humains, le Maroc déploie le Plan national de lutte et de prévention 2023-2030 adossé à son plan d’action stratégique. D’après M. Ouali Alami, cette feuille de route s’articule autour de la prévention, de la protection, des poursuites et de la coopération internationale, tout en consolidant la coordination territoriale entre les autorités judiciaires, sécuritaires et la société civile.
Criminalité financière : cibler les flux et recouvrer les avoirs
Sur le volet de la moralisation publique et de la lutte contre le blanchiment d’argent, l’action judiciaire privilégie la neutralisation des ressources financières des réseaux criminels. Selon le responsable judiciaire, la seule condamnation pénale des prévenus reste insuffisante si les bénéfices tirés du crime échappent aux saisies. Pour garantir un traitement réactif des dénonciations de corruption, le Ministère public maintient la ligne d’un numéro vert dédié à la détection immédiate des infractions.
En parallèle, les enquêtes pénales sont désormais couplées à des investigations financières parallèles afin de faciliter le gel, la saisie et la confiscation des biens mal acquis. Le Royaume a en outre rejoint le Réseau régional pour le recouvrement des avoirs en Moyen-Orient et Afrique du Nord pour renforcer la traçabilité des fonds. Cette démarche s’appuie également sur un accord de coopération avec l’Instance Nationale de la Probité, de la Prévention et de la Lutte contre la Corruption (INPPLC), institution constitutionnelle indépendante engagée dans une stratégie quinquennale 2025-2030.
Digitalisation des enquêtes et protection environnementale
Face à la cybercriminalité, devenue un vecteur transversal de fraude, d’extorsion et de traite humaine, le pouvoir judiciaire adapte ses outils d’enquête numérique. À la suite de la ratification par le Maroc de la Convention des Nations Unies contre la cybercriminalité le 25 octobre 2015, des dispositions spécifiques ont été intégrées au Code de procédure pénale. D’après la Présidence du Ministère Public, les magistrats des parquets spécialisés bénéficient de formations renforcées menées conjointement avec l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC) et le Conseil de l’Europe.
Enfin, l’institution judiciaire maintient une rigueur stricte à l’encontre des atteintes à l’environnement et aux ressources naturelles. Les statistiques officielles font état de 23 739 affaires écologiques enregistrées en 2025, témoignant d’une coordination suivie entre les parquets et les services de contrôle territorial.

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