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Fin d’un an d’incarcération : la grâce de Boualem Sansal est-elle le prélude à un apaisement historique entre la France et l’Algérie ?

L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, figure primée de la littérature francophone et détenu depuis un an, a été gracié par le président algérien Abdelmadjid Tebboune mercredi 12 novembre 2025, avant d'être immédiatement transféré à Berlin pour y recevoir des soins médicaux. Ce revirement fut la réponse favorable d'Alger à une requête de nature strictement humanitaire formulée par le président allemand Frank-Walter Steinmeier, justifiée par l'âge avancé (81 ans) et l'état de santé fragile de M. Sansal, traité notamment pour un cancer de la prostate. Le "geste d'humanité" salué par Emmanuel Macron signale un rare moment d'apaisement dans la crise diplomatique profonde qui opposait Paris et Alger depuis l'incarcération de l'écrivain pour "atteinte à l'unité nationale".

Avec AFP


Dans une volte-face diplomatique d’une rapidité étonnante, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a recouvré sa liberté mercredi 12 novembre 2025. Après une année d’incarcération qui avait exacerbé une crise déjà aigüe entre Alger et Paris, le romancier, désormais gracié par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, a été immédiatement transféré vers Berlin. C’est en Allemagne qu’il doit recevoir les soins médicaux requis par son état. Cet épilogue «humanitaire» résulte d’une médiation orchestrée en coulisses, révélant la complexité des liens politiques qui unissent le Maghreb à l’Europe. Des journalistes présents dans la capitale allemande ont d’ailleurs pu observer le convoi de trois véhicules noirs qui a quitté l’aéroport de Berlin en soirée, l’ambassadeur français François Delattre se trouvant parmi les passagers.

 

La mécanique d’une libération humanitaire

La démarche de clémence fut initiée par l’Allemagne. Le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, avait officiellement requis cette grâce auprès de son homologue algérien, insistant sur la nécessité d’accorder à M. Sansal la possibilité de recevoir des soins en Allemagne. M. Steinmeier avait formulé sa demande « compte tenu de son âge avancé et de son état de santé fragile ». En effet, l’écrivain, âgé de 81 ans, est traité pour un cancer de la prostate, ce qui justifiait amplement que la demande retienne l’attention de la présidence algérienne en raison de « sa nature et de ses motifs humanitaires ».

Par conséquent, M. Tebboune « a répondu favorablement » à cette sollicitation diplomatique. Le transfert vers l’Allemagne, dont l’État devait prendre « en charge le transfert et le traitement », s’est déroulé avec une célérité remarquable en quelques heures. Un conseiller du président allemand s’est dépêché à Alger pour escorter l’écrivain à bord d’un avion de l’armée allemande, qui a atterri le soir même à l’aéroport de Berlin. M. Sansal devait être pris en charge aussitôt dans un hôpital de l’armée allemande situé au centre de Berlin. De plus, sa femme, elle aussi venue d’Algérie, devait le rejoindre dès jeudi.

 

L’ombre portée des tensions diplomatiques

L’incarcération de l’essayiste, figure primée de la littérature francophone nord-africaine et critique reconnu des autorités algériennes et des islamistes, avait débuté le 16 novembre 2024, lors de son arrestation à l’aéroport d’Alger. L’écrivain, qui a obtenu la nationalité française en 2024, a passé un an en prison. Il avait été condamné en première instance le 27 mars, et cette peine de cinq ans avait été confirmée en appel le 1er juillet par la Cour d’appel d’Alger. L’accusation portait sur une « atteinte à l’unité nationale ».

Cette sentence faisait suite à des propos controversés tenus en octobre 2024 au média français  Frontières, dans lesquels M. Sansal avait dit que l’Algérie a hérité sous la colonisation française de régions occidentales, telles qu’Oran et Mascara, lesquelles auraient auparavant appartenu au Maroc. En conséquence, cette affaire était devenue le point d’orgue d’une brouille diplomatique majeure entre Paris et Alger. En outre, cette crise sans précédent avait été exacerbée en juillet 2024 par la reconnaissance française de la souveraineté marocaine sur le Sahara. Ayant renoncé à se pourvoir en cassation, M. Sansal s’était rendu éligible à la grâce présidentielle.

 

Réactions croisées et apaisement politique

Dès l’annonce du transfert, les chefs d’État concernés ont immédiatement réagi. M. Steinmeier a tenu à saluer ce que le président allemand considère comme « ce geste humanitaire important ». Il est vrai que M. Steinmeier avait insisté auprès de son homologue algérien sur le fait qu' »un tel geste serait l’expression d’une attitude humanitaire et d’une vision politique à long terme ». De même, il a souligné que cet acte « témoigne également de la qualité des relations et de la confiance entre l’Allemagne et l’Algérie », faisant écho à sa « relation personnelle de longue date avec le président Tebboune ». Il est à noter que M. Tebboune lui-même avait été soigné en Allemagne après avoir contracté le Covid-19 entre fin 2020 et début 2021.

En déplacement à Toulouse, le président français, Emmanuel Macron, a également exprimé sa gratitude, remerciant M. Steinmeier pour les « bons offices de l’Allemagne » et M. Tebboune pour « ce geste d’humanité ». Macron a tenu à préciser que cette libération était perçue comme « le fruit des efforts constants de la France et d’une méthode faite de respect, de calme et d’exigence ». Pendant ce temps, la famille de l’écrivain exprimait un immense soulagement, sa fille Sabeha Sansal confiant son « immense soulagement » et son « impatience » à l’idée de le retrouver.

 

En résumé, la grâce accordée à Boualem Sansal marque un rare moment d’apaisement dans une période de forte tension diplomatique qui s’était traduite par des restrictions sur les visas, des expulsions de fonctionnaires et le rappel des ambassadeurs des deux pays. Cet événement illustre la prévalence des motifs strictement humanitaires pour dénouer, du moins temporairement, des nœuds politiques profonds. Après ce dénouement, Macron s’est dit « disponible pour échanger avec lui sur l’ensemble des sujets d’intérêt pour nos deux pays ». Dès lors, la question demeure en suspens pour les observateurs attentifs : ce « geste d’humanité » du président Tebboune, obtenu par l’entremise allemande, ouvre-t-il la voie à une véritable reprise du dialogue et à l’atténuation de la crise historique entre Paris et Alger, ou n’est-il qu’une parenthèse fragile dans une brouille de longue durée ?


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