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FIFM 2025 : Marrakech prend toute la lumière

La 22ᵉ édition du Festival international du film de Marrakech marque un tournant discret mais profond. Derrière le rituel du tapis rouge et l’alignement des grandes signatures du cinéma mondial, un autre mouvement se dessine. Celui d’un festival qui resserre ses liens avec son public, assume pleinement son rôle de laboratoire des nouvelles écritures venues du Sud et transforme Marrakech en véritable carrefour international des talents émergents comme des figures consacrées.

Par Kenza El Mdaghri


Entre le 28 novembre et le 6 décembre 2025, Marrakech a de nouveau vécu au rythme du cinéma. Les salles combles, la ferveur populaire autour des projections publiques et la montée en puissance des débats professionnels racontent plus qu’une saison de glamour. Ils révèlent une mue. Longtemps perçu comme un rendez-vous mondain avant d’être un espace de création, le FIFM opère désormais un rééquilibrage visible. La rencontre directe entre films exigeants et grand public devient centrale. Les foules réunies au Palais des Congrès pour des séances souvent affichées complètes témoignent de cette reconquête des spectateurs, curieux de découvertes internationales et avides de récits venus d’ailleurs.

Sous la présidence du cinéaste sud-coréen Bong Joon Ho, Palme d’or et Oscar pour Parasite, le festival affiche cette année une ambition claire. Mettre en dialogue les auteurs contemporains, valoriser les nouvelles générations de réalisateurs d’Afrique, du monde arabe et d’Asie, tout en consolidant Marrakech comme point de passage stratégique entre les grands réseaux du cinéma international et les cinématographies du Sud.

 

Une compétition internationale tournée vers les premiers films

La sélection officielle 2025 aligne 13 longs métrages, tous premiers ou seconds films, confirmant l’identité historique du festival comme plateforme de révélation d’auteurs. Le cinéma marocain y trouve une nouvelle visibilité internationale avec Behind the Palm Trees de Meryem Benm’Barek, coproduction entre le Maroc, la France, la Belgique et le Royaume-Uni, symbole d’un vivier national désormais solidement connecté aux grands circuits de coproduction.

La diversité géographique irrigue toute la compétition. L’Australie et les Philippines se croisent dans First Light de James J. Robinson, tandis que Taïwan est représenté par Before the Bright Day de Shih-Han Tsao. L’Afrique et sa diaspora occupent une place centrale avec My Father’s Shadow du Nigérian Akinola Davies Jr., coproduit avec le Royaume-Uni, Laundry de la Sud-Africaine Zamo Mkhwanazi, soutenu par les Ateliers de l’Atlas et ancré dans le Johannesburg de l’après-apartheid, ou encore Aisha Can’t Fly Away du réalisateur égyptien Morad Mostafa, porté par une vaste coproduction reliant l’Égypte, la France, l’Allemagne, la Tunisie, l’Arabie saoudite et le Soudan.

Le continent asiatique s’impose par la pluralité des formes avec Amoeba de la Singapourienne Siyou Tan, coproduction entre Singapour, les Pays-Bas, la France, l’Espagne et la Corée, et Ish, film en noir et blanc du Britannique d’origine bangladaise Imran Perretta, exploration intime de l’adolescence marquée par le deuil, les violences policières et la quête identitaire au Royaume-Uni. La sélection se complète avec Broken Voices du Tchèque Ondřej Provazník, Forastera de l’Espagnole Lucía Aleñar Iglesias, coproduction associant l’Espagne, la Suède et l’Italie, Promis le ciel de la Franco-Tunisienne Erige Sehiri, Straight Circle d’Oscar Hudson, Memory de Vladlena Sandu et My Father and Qaddafi de Jihan K., qui revisite l’histoire libyenne à travers un prisme intime.

À travers cet éventail de récits, la compétition compose un panorama d’histoires d’exil, de deuil, de fractures sociales, d’héritages politiques et de quêtes de liberté. Le jury a revendiqué dès la conférence de presse la centralité de ces récits forts et intimes, affirmant un choix éditorial où la fragilité, l’émotion et le politique deviennent des terrains privilégiés de cinéma.

 

Marrakech, carrefour des grandes voix contemporaines

Le jury 2025 incarne cette dimension cosmopolite. Autour de Bong Joon Ho, président, siègent le réalisateur et artiste visuel brésilo-algérien Karim Aïnouz, le cinéaste marocain Hakim Belabbes, la réalisatrice française Julia Ducournau, l’acteur et cinéaste iranien Payman Maadi, l’actrice américaine Jenna Ortega, la scénariste et réalisatrice canadienne Celine Song et l’actrice anglo-argentine Anya Taylor-Joy.

Parallèlement, le programme Conversations s’affirme comme l’un des espaces les plus fréquentés du festival. Devant un public composé d’étudiants, de jeunes cinéastes et de cinéphiles, les invités acceptent un exercice rare de parole directe sur leurs doutes, leurs méthodes et les mutations profondes du septième art. L’édition réunit un plateau d’intervenants prestigieux où se croisent Guillermo del Toro, Andrew Dominik, Laurence Fishburne, Jodie Foster, Nadine Labaki, Kleber Mendonça Filho, Jafar Panahi, Tahar Rahim et Karan Johar, figure centrale du cinéma bollywoodien.

La question de l’intelligence artificielle traverse de nombreux échanges. Les membres du jury adoptent une ligne commune. Aucun personnage généré par algorithme ne saurait remplacer un acteur réel, car aucune technologie ne reproduira la complexité émotionnelle, la sensibilité et l’âme d’une interprétation humaine. Kleber Mendonça Filho défend l’idée d’un cinéma généreux, ancré dans des environnements concrets et reconnaissables. Virginie Efira et Chiara Mastroianni plaident pour un cinéma libre, affranchi des seuls impératifs de rentabilité, capable d’oser des formes narratives audacieuses, d’explorer l’inconscient et de jouer avec les contrastes entre le réel et le rêve.

 

Ateliers de l’Atlas : Marrakech, fabrique de cinéma

Le socle professionnel du festival se renforce avec la 8ᵉ édition des Ateliers de l’Atlas, incubateur des cinémas du Sud. 28 projets et films sont sélectionnés parmi lesquels 12 projets en développement, 10 films en tournage ou en postproduction et 5 premiers longs métrages issus de 9 pays, Angola, Burkina Faso, Égypte, Jordanie, Liban, Maroc, Mozambique, Palestine et Tanzanie.

Le Maroc occupe une place particulière avec 5 projets sélectionnés dans la section Regards sur l’Atlas, tous des premiers longs métrages, et 1 film national en fin de montage présenté dans Atlas Film Showcase, recherchant une avant-première internationale. Le dispositif est prolongé par Atlas Station, programme dédié au perfectionnement des compétences de 8 professionnelles marocaines, ainsi que par l’accompagnement de 4 courts métrages en postproduction.

Le volet Atlas Distribution réunit à Marrakech près de 60 distributeurs venus d’Afrique, du monde arabe et d’Europe, autour des Atlas Distribution Awards, afin de créer des passerelles concrètes entre création, diffusion et marchés internationaux.

 

Hommages croisés

L’histoire du cinéma est honorée à travers plusieurs distinctions. L’acteur, réalisateur et producteur égyptien Hussein Fahmi reçoit l’Étoile d’or remise par Youssra. Jodie Foster, doublement oscarisée, est célébrée pour l’ensemble de sa carrière et reçoit à son tour l’Étoile d’or des mains de Bong Joon Ho, accompagnée d’un message vidéo de Martin Scorsese. Sont également honorés Guillermo del Toro, maître des univers fantastiques contemporains, et l’actrice marocaine Raouya, Fatima Harandi, saluée pour une carrière emblématique du cinéma national.

 

Carrefour pour l’Academie des Oscars et les cinémas du sud

La présence de Bill Kramer, directeur général de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences, confirme le positionnement stratégique du festival comme espace de veille pour l’Académie sur les talents émergents d’Afrique et du Moyen-Orient. Le FIFM s’impose ainsi comme un point de passage recherché par les institutions internationales de reconnaissance cinématographique.

 

Loin d’une simple vitrine mondaine, le Festival international du film de Marrakech 2025 s’impose comme un rendez-vous structurant. L’événement conjugue exigence artistique, circulation professionnelle des talents et adhésion populaire croissante. Dans cet équilibre rare entre création, industrie et public, Marrakech confirme sa place parmi les grands pôles culturels émergents du cinéma mondial.

 

Ateliers de l’Atlas, pilier industriel du festival

Derrière les projections publiques et les cérémonies officielles, le Festival international du film de Marrakech s’est progressivement doté d’un outil structurant rarement égalé dans la région. Les Ateliers de l’Atlas, dont la 8ᵉ édition se tient du 30 novembre au 4 décembre 2025, constituent aujourd’hui l’un des principaux leviers de développement des cinémas d’Afrique, du monde arabe et du Maroc. Cette année, 28 projets sont accompagnés au total, représentant 9 pays africains et moyen-orientaux.

Parmi ces projets, 12 sont en développement, portés majoritairement par de jeunes réalisateurs venus du Maroc, du Liban, d’Égypte, de Jordanie, du Mozambique et de Palestine. Ils bénéficient de résidences d’écriture intensives, de séances de mentorat artistique et éditorial, ainsi que d’un accompagnement juridique et financier destiné à structurer des dossiers de coproduction aux standards européens et internationaux.

À ces projets s’ajoutent 10 films en tournage ou en postproduction, sélectionnés au sein du programme Atlas Post-Production, qui viennent présenter des extraits de montage devant un public de programmateurs, de fonds de soutien et de distributeurs internationaux. Parmi eux figurent plusieurs œuvres marocaines en phase finale, confirmant l’ancrage désormais très concret de l’industrie nationale dans cet écosystème régional.

La section Regards sur l’Atlas met spécialement à l’honneur 5 premiers longs métrages marocains, en offrant à leurs réalisateurs un accompagnement renforcé, depuis le développement artistique jusqu’à la stratégie de diffusion internationale. Un film national supplémentaire, présenté dans le cadre de Atlas Film Showcase, recherche activement une avant-première mondiale et un distributeur international, démontrant combien Marrakech est devenu un lieu où se négocient désormais des trajectoires de carrière réelles.

 

Une hub de coproduction sud-sud et euro-africain

L’originalité des Ateliers de l’Atlas réside dans leur positionnement. Marrakech ne fonctionne ni comme un simple marché du film calqué sur les modèles occidentaux, ni comme un incubateur fermé. Le programme agit comme un hub de coproduction Sud-Sud et euro-africain, reliant cinéastes indépendants aux grands fonds internationaux.

Chaque année, producteurs et responsables de structures européennes comme le World Cinema Fund, le Doha Film Institute, le Fondation IDFA Bertha, ou encore les guichets régionaux français et belges participent aux sessions de pitch et de mentorat. Les projets marocains bénéficient particulièrement de ce dispositif, qui leur permet d’intégrer des plateformes de financement jusque-là difficilement accessibles sans accompagnement spécialisé.

Cette année encore, les échanges ont permis la mise en relation directe de porteurs de projets avec des coproducteurs établis en France, en Allemagne, en Belgique, en Espagne, aux Pays-Bas et dans plusieurs pays du Golfe. Plusieurs films développés à Marrakech sont déjà annoncés sur les sélections parallèles de grands festivals à venir, illustrant la crédibilité désormais acquise par le label “développé aux Ateliers de l’Atlas”.

 

Atlas Distribution, la bataille de la circulation des films

L’un des angles majeurs du programme professionnel 2025 concerne la question de la diffusion. Produire ne suffit plus. Il faut pouvoir faire circuler les films, défi récurrent des cinémas africains et arabes confrontés à la faiblesse de leurs réseaux de salles.

Le dispositif Atlas Distribution s’articule autour des Atlas Distribution Awards et réunit près de 60 distributeurs et exploitants venus d’Afrique de l’Ouest, du Maghreb, du Moyen-Orient et d’Europe. Objectif. Nouer des accords de sortie régionale, mutualiser les coûts de promotion, tester de nouveaux modèles combinant exploitation en salles, plateformes VOD et diffusion télévisée.

Les sessions organisées cette année ont porté sur les stratégies de “plateformes hybrides”, conciliant diffusion locale et exportation internationale, ainsi que sur la coopération entre salles indépendantes marocaines, tunisiennes et sénégalaises pour organiser des circuits communs de projections événementielles.

Pour le cinéma marocain, cette bataille de la distribution est centrale. Malgré une reprise progressive de la fréquentation dans certaines grandes villes du Royaume, le nombre de salles reste limité à l’échelle nationale, rendant indispensable une stratégie régionale élargie. Marrakech devient ainsi l’un des rares lieux du continent où ces problématiques sont abordées de façon structurée et opérationnelle.

 

Atlas Station, la montée en compétence des talents marocains

Au-delà des films eux-mêmes, la professionnalisation des équipes constitue l’autre pierre angulaire du dispositif. Le programme Atlas Station accompagne 8 professionnelles marocaines issues des métiers de la production, du scénario et de la diffusion. L’objectif est clair. Former une nouvelle génération de productrices capables de structurer durablement des projets, de sécuriser des financements internationaux et d’assurer la gestion de carrières artistiques sur le long terme.

Des modules spécifiques sont dédiés à la négociation de coproductions internationales, à la gestion des droits, aux stratégies de festivals et à la promotion internationale. Cette transmission de compétences répond à un besoin identifié depuis plusieurs années. Le cinéma marocain dispose de talents créatifs abondants mais manque encore de profils intermédiaires capables d’accompagner ces auteurs sur la durée.

 

Un impact économique local bien réel

Au-delà de l’industrie cinématographique stricto sensu, le FIFM génère une activité économique directe pour la ville de Marrakech. Hôtellerie, restauration, sociétés de transport, techniciens audiovisuels, traducteurs, photographes, équipes de sous-titrage et prestataires événementiels sont mobilisés pendant 10 jours, créant un écosystème temporaire mais significatif.

Cette économie culturelle bénéficie également au tissu de formation marocain. Les partenariats avec l’ISMAC, les écoles de communication, de cinéma et les universités locales permettent à de nombreux étudiants d’intégrer les équipes de production et de logistique du festival à titre de stages de terrain, constituant souvent leurs premiers pas professionnels dans le secteur.

 

À travers les Ateliers de l’Atlas, Atlas Distribution et Atlas Station, le Festival international du film de Marrakech s’affirme désormais comme l’un des principaux pôles industriels du cinéma africain. Loin d’un simple événement annuel, il contribue à structurer durablement des carrières, à connecter des marchés autrefois cloisonnés et à faire émerger un modèle marocain de soutien à la création fondé sur l’accompagnement long, la coproduction et la circulation internationale des œuvres.

 

Le cinéma marocain au temps de la maturation

Le Festival international du film de Marrakech 2025 confirme une évolution de fond du cinéma marocain. La présence nationale ne repose plus sur une logique symbolique ou protocolaire, mais sur une réalité artistique mesurable. 15 films marocains sont programmés cette année toutes sections confondues, une visibilité inédite qui reflète la densité créative atteinte par une génération désormais reconnue au-delà des frontières du Royaume.

Dans la compétition internationale, Behind the Palm Trees de Meryem Benm’Barek marque une avancée significative. Première réalisatrice marocaine en compétition officielle depuis plusieurs années, elle signe un film construit comme un thriller social, observant les fractures de classe dans un Maroc contemporain où les lignes de pouvoir sont devenues plus complexes et moins visibles. Cette présence dans la section reine constitue un signal fort pour une industrie nationale longtemps cantonnée aux programmations parallèles.

La sélection de gala accueille Rue Málaga de Maryam Touzani, portée par la comédienne espagnole Carmen Maura et tournée entre Tanger et Tétouan. Le film s’inscrit dans une veine sensible, explorant la mémoire croisée maroco-espagnole et les traces intimes laissées par l’histoire coloniale et migratoire. La reconnaissance internationale acquise par la réalisatrice avec Le Bleu du caftan trouve ici une confirmation dans un registre plus ample, mêlant récit intime et fresque urbaine.

 

Une nouvelle génération à l’écran

Au-delà de ces figures désormais identifiées, la véritable nouveauté réside dans l’arrivée d’une génération d’auteurs formés au croisement des écoles marocaines, des résidences internationales et des Ateliers de l’Atlas. Le Panorama du cinéma marocain met en lumière cette relève avec 7 films, parmi lesquels Cinq Regards de Karim Debbagh, fresque chorale sur la jeunesse urbaine confrontée à des trajectoires sociales divergentes, et Porte-Bagage d’Abdelkarim El-Fassi, film plus intime consacré aux destins suspendus des travailleurs de transit dans les grandes villes du Royaume.

Ces œuvres partagent une écriture débarrassée de l’exotisme parfois attendu du cinéma maghrébin. Les récits se recentrent sur des problématiques contemporaines. Mobilité sociale bloquée, migration interne, reconfiguration des liens familiaux, quête d’émancipation féminine et tensions entre traditions locales et normes globalisées. Le regard porté est frontal, souvent minimaliste, nourri par un souci d’authenticité et un rapport direct aux territoires filmés.

 

Du laboratoire à l’écran

L’une des grandes évolutions tient à la fluidité nouvelle entre les dispositifs de développement et la visibilité publique. Plusieurs films marocains sélectionnés cette année sont issus directement des Ateliers de l’Atlas, révélant l’efficacité croissante du dispositif. Les projets soutenus durant leurs phases d’écriture et de préproduction accèdent désormais plus régulièrement à des sélections prestigieuses, rompant avec une période où l’accompagnement institutionnel peinait à produire des résultats tangibles.

Les parcours de réalisatrices comme Asmae El Moudir, dont le travail documentaire est désormais reconnu dans les circuits internationaux, ou de Zineb Wakrim, présente cette année avec son projet de fiction Siméon Idriss en développement aux Ateliers, témoignent de cette maturation. Le passage par Marrakech devient un marqueur structurant de carrière, un espace où se consolident les réseaux professionnels et se sécurisent les premières collaborations internationales.

 

La question économique toujours vive

Malgré cette reconnaissance artistique croissante, l’économie du cinéma marocain demeure fragile. Les budgets des longs métrages restent modestes comparés aux standards européens, oscillant le plus souvent entre 5 et 12 millions de dirhams, dépendant fortement des coproductions étrangères pour atteindre une finition compétitive.

La distribution constitue l’autre point de tension. Le parc national compte encore un nombre limité de salles actives, concentrées dans quelques grandes villes. Même lorsque les films marocains bénéficient d’une reconnaissance critique internationale, leur exploitation demeure fragile sur le territoire. Les débats organisés cette année autour de Atlas Distribution ont souligné cette urgence. Sans réseau de diffusion renforcé, l’élan créatif risque de demeurer cantonné aux festivals sans véritable retentissement populaire durable.

Toutefois, un frémissement est perceptible. La fréquentation progresse légèrement à Casablanca, Rabat et Marrakech, soutenue par la multiplication des projections événementielles et des débats publics autour des films marocains. Le FIFM joue ici un rôle d’aiguillon culturel. Les salles combles observées durant le festival créent un effet d’entraînement qui bénéficie progressivement aux distributeurs nationaux.

 

Un nouveau lien avec le public marocain

La transformation la plus marquante de cette édition reste sans doute la relation renouvelée entre le cinéma marocain et son public. Les séances du Panorama marocain et plusieurs projections en plein air ont attiré une audience jeune et majoritairement locale, attentive à des récits qui parlent directement de son vécu. Ce retour du public vers des films nationaux d’auteur rompt avec une décennie de déconnexion progressive, durant laquelle le cinéma marocain paraissait parfois réservé aux cercles de festivals plus qu’aux spectateurs nationaux.

La présence de cinéastes lors des débats après projection, la multiplication des masterclass ouvertes et les rencontres avec les équipes de tournage contribuent à réhumaniser la relation entre œuvres et publics. Le cinéma cesse d’apparaître comme un produit culturel distant pour redevenir un espace de discussion collective, parfois critique mais toujours engagé.

 

Le Festival international du film de Marrakech 2025 agit comme un révélateur d’une maturité nouvelle du cinéma marocain. Une génération d’auteurs trouve désormais un espace d’expression cohérent, soutenu par des dispositifs d’accompagnement devenus réellement efficaces. Les fragilités économiques persistent, notamment en matière de distribution, mais l’élan artistique est solide. Pour la première fois depuis longtemps, la création nationale semble en mesure de reconnecter durablement avec son public, donnant au cinéma marocain les fondations d’une reconnaissance nationale qui accompagne enfin son succès international.


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