FICAK : Le cinéma africain face au défi irréversible des plateformes numériques
L'industrie du 7e art à l'ère du streaming : Lors du FICAK 2026 à Khouribga, réalisateurs et producteurs ont analysé l'impact irréversible des plateformes numériques sur le cinéma africain
LA VÉRITÉ
La transformation digitale n’est plus une simple tendance passagère ou une option technologique pour le septième art continental : elle est désormais ancrée dans les mœurs et redéfinit en profondeur l’avenir de la création. Cette réalité incontournable a constitué le fil conducteur du colloque d’envergure organisé à Khouribga, dans le cadre de la 26ème édition du Festival International du Cinéma Africain de Khouribga (FICAK 2026). Réunissant un large panel de chercheurs, de critiques, de réalisateurs et de producteurs venus des quatre coins de l’Afrique, cette rencontre s’est penchée sur un thème hautement d’actualité : « Les productions cinématographiques africaines à l’épreuve des plateformes de diffusion numérique ». Les débats ont mis en lumière les mutations structurelles que subit l’industrie face à la montée en puissance des géants du streaming, ainsi que les changements radicaux induits dans les processus de production, les réseaux de distribution et les nouvelles habitudes de consommation des spectateurs.
Intervenant lors de ce panel, le producteur marocain Abdessalam Meftahi a rappelé que la transition numérique est un sujet complexe et multidimensionnel qui dépasse la simple sphère technique. Selon lui, le cinéma africain ne peut et ne doit pas être réduit à de simples considérations mercantiles ou commerciales. En raison de sa portée culturelle, symbolique et civilisationnelle, le financement des œuvres cinématographiques doit être appréhendé par les États et les décideurs comme un investissement stratégique dans la culture et la mémoire collective du continent.
Abdessalam Meftahi a également insisté sur le fait que la pérennité du cinéma africain dans cet écosystème numérique mondialisé dépendra de sa capacité à innover de manière continue, tant au niveau de la création pure que des stratégies de diffusion. Pour exister sur ces nouvelles fenêtres mondiales, le cinéma du continent doit dépasser le statut de simple produit de divertissement pour s’affirmer comme un vecteur durable de rayonnement. L’enjeu majeur est de produire des œuvres technologiquement compétitives, capables de sauvegarder les récits traditionnels, les imaginaires locaux et les riches patrimoines africains, tout en s’adaptant avec agilité aux nouveaux canaux de diffusion.
De son côté, le producteur et critique burkinabè Victor Kabré a partagé une vision optimiste mais réaliste de cette transition, affirmant que l’émergence des plateformes numériques a profondément transformé l’industrie en ouvrant des perspectives inédites pour les créateurs africains. Cette révolution logistique offre une vitrine internationale sans précédent, facilitant l’accès des films africains à un public mondial jusqu’alors difficile à atteindre via les circuits de distribution en salle traditionnels. Cette évolution ne transforme pas uniquement les mécanismes de financement et de programmation, elle modifie aussi la réception des œuvres par les spectateurs, qui consomment désormais les images sur des supports nomades et interactifs.
Victor Kabré a par ailleurs tenu à rassurer sur la préservation de l’authenticité artistique. Historiquement, le cinéma africain s’est toujours construit à la lisière des techniques modernes occidentales et des héritages culturels propres au continent. L’avènement du numérique ne saurait altérer cette spécificité génétique : l’identité et l’âme africaines demeurent fortement ancrées dans les scénarios, indépendamment de la nature du support de diffusion. Il a ainsi exhorté les jeunes réalisateurs à embrasser pleinement cette dynamique digitale pour renouveler les formes d’expression visuelle et enrichir l’univers audiovisuel africain.
Le FICAK 2026 poursuit ses activités avec la projection des longs et courts métrages en compétition officielle, ainsi qu’une série d’ateliers pédagogiques pour enfants et de colloques thématiques, notamment axés sur les écritures africaines, la narration visuelle et le rôle pivot du psynariste dans l’écriture de scénarios adaptés aux exigences de notre époque.
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