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Festival international du film de Marrakech : cinq questions à l’écrivaine franco-marocaine Leila Slimani

Propos recueillis par : Manal Koubia


L’écrivaine franco-marocaine, Leila Slimani, qui fait partie du jury de la 20ème édition du Festival international du film de Marrakech, a accordé un entretien à la MAP dans lequel elle livre son regard sur le festival, le lien entre la littérature et le cinéma, et le poids du cinéma marocain sur la scène internationale.

En tant qu’écrivaine, quel regard portez-vous sur le festival international du film de Marrakech et que pensez-vous de l’adaptation de votre roman « Chanson douce » au cinéma ?

En tant qu’écrivaine et membre du jury de ce festival, je suis très heureuse de pouvoir visionner des films aussi différents les uns que les autres, qui mettent en avant la qualité du travail des réalisateurs et réalisatrices et leur vision singulière concernant une large variété de thèmes.

L’adaptation en film de mon roman a été une expérience assez étrange, parce qu’à la fois vous reconnaissez votre histoire et en même temps elle ne vous appartient plus vraiment, puisque quelqu’un l’a repris à son compte et a choisi des acteurs et un décor.

C’est comme si c’était une autre dimension et je voyais mon livre vivre sa vie, je dirais que c’est très agréable.

Quel lien faites-vous entre la littérature et le cinéma?

Ce sont deux mondes qui ont toujours été en contact. Depuis que le cinéma existe, les réalisateurs ont toujours été proches des romanciers et les romanciers proches du cinéma. Je pense qu’on se fascine mutuellement.

Notre travail est le même: raconter des histoires, émouvoir les gens, créer des personnages, imaginer des lieux et faire revivre le passé.

Au fond on est habités par les mêmes obsessions, certains ont une caméra, d’autres un stylo, mais on trouve souvent un terrain d’entente.

Quelle place a le cinéma marocain sur la scène internationale ?

Je crois qu’il va prendre une place de plus en plus importante, puisque la grande force du cinéma marocain aujourd’hui est cette jeune génération de réalisateurs à la fois profondément marocains et en même temps très universels qui racontent un lieu et en même temps parlent à tout le monde. Je pense qu’aujourd’hui un bulgare ou un anglais qui regarde un film marocain se sent concerné par cette histoire et c’est cela notre grande force.

Qu’en est-il de la place des femmes dans la littérature et le cinéma ?

Les femmes ont une place prédominante dans ces deux domaines. Pour vous dire les choses, je reçois à peu près un manuscrit par semaine d’une femme marocaine, très rarement des manuscrits d’hommes. C’est majoritairement des femmes qui écrivent.

Dans la jeune génération de réalisatrices, parmi les amies il y a Meryem Ben M’Barek et Sofia Alaoui, nous avons vu aujourd’hui encore un film d’une réalisatrice marocaine, Asmae El Moudir, donc les femmes sont là et ont des choses très fortes à dire.

Je pense également à Leila Marrakchi, elles sont toutes courageuses et je suis vraiment très fière de faire partie de cette génération de femmes marocaines qui ont envie de raconter des choses.

Comment votre double culture a influencé votre travail ?

Je crois que cela m’a obligé à une forme de complexité, c’est à dire que j’ai envie de raconter la complexité de ce que c’est que d’être à la fois française et marocaine, à la fois européenne et africaine, à la fois sujette d’une monarchie et enfant d’une République et j’ai envie de dire aux gens que c’est possible, que dans la vie on n’est pas toujours obligé de choisir un camp, qu’on peut être plusieurs choses à la fois tant qu’on est dans la curiosité, le respect et l’amour des autres et j’espère que les gens seront ouverts à cette idée d’une identité diverse.

D’ailleurs, le Maroc est un pays où on peut être divers dans nos traditions, c’est quelque chose qui existe est qu’on ne doit surtout pas perdre.


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