InnoTrans 2026 : le Maroc expose à Berlin son ambition de bâtir une industrie ferroviaire autour de 168 nouveaux trains
À la grand-messe mondiale du rail, ouverte le 22 septembre à Berlin, l’ONCF met en avant un programme de 168 nouvelles rames pour 29 milliards de dirhams, associé à une montée en puissance de la fabrication locale, du transfert de technologie et de l’intégration industrielle au Maroc

La Vérité
Le Maroc ne veut plus seulement importer ses trains. À InnoTrans 2026, l’ONCF met en avant une stratégie qui associe extension du réseau, renouvellement du matériel roulant et création d’un écosystème industriel national. Au cœur du programme : 168 nouvelles rames, 29 milliards de dirhams d’investissement et la perspective d’une usine de fabrication au Maroc.
Le programme ferroviaire engagé par le Royaume entre progressivement dans une nouvelle dimension industrielle. Présent cette semaine à InnoTrans, le grand rendez-vous mondial du ferroviaire organisé à Berlin, l’Office national des chemins de fer présente un plan de développement représentant 96 milliards de dirhams à l’horizon 2030.
L’enjeu dépasse toutefois l’extension de la LGV entre Kénitra et Marrakech ou le développement des futurs services ferroviaires métropolitains. Une part importante de l’investissement doit servir à faire émerger au Maroc des capacités de production, de maintenance et d’intégration industrielle dans le ferroviaire.
168 trains pour 29 milliards de dirhams
L’ONCF consacre 29 milliards de dirhams à l’acquisition de 168 trains de nouvelle génération. L’objectif est à la fois de renouveler le parc existant et d’absorber l’augmentation attendue du trafic avec l’extension du réseau à grande vitesse et le développement des dessertes de proximité.
Le programme présenté par l’Office comprend 18 trains à très grande vitesse attribués à Alstom, 40 trains Intervilles confiés à CAF et 110 trains destinés aux services de proximité attribués au sud-coréen Hyundai Rotem.
Pour les trains Intervilles, une précision s’impose : l’ONCF comptabilise 40 rames dans son programme global, tandis que CAF a annoncé un contrat ferme portant sur 30 unités accompagné d’une option pour dix trains supplémentaires.
Les 18 rames à grande vitesse seront des Avelia Horizon à deux niveaux. Alstom évalue son contrat à 781 millions d’euros. Ces trains, capables de circuler à plus de 300 km/h, doivent accompagner le prolongement de la grande vitesse jusqu’à Marrakech.
De l’achat de trains à la fabrication au Maroc
C’est cependant le volet industriel qui distingue ce programme des précédentes commandes de matériel roulant.
L’ONCF a intégré aux marchés des engagements de compensation industrielle imposant le développement d’activités au Maroc. L’objectif annoncé comprend notamment la création d’une usine locale destinée à fabriquer des trains de proximité.
L’Office veut ainsi augmenter progressivement le taux d’intégration industrielle et développer autour des commandes publiques un écosystème associant production, composants, ingénierie et maintenance.
À Berlin, le directeur général adjoint de l’ONCF, Mohammed Smouni, a insisté sur cette ambition de transformer les investissements ferroviaires en levier industriel, avec la fabrication locale d’une partie du matériel et une montée en puissance des compétences nationales.
La logique ne s’arrête pas au marché intérieur. L’ONCF évoque explicitement une ambition d’exportation à moyen et long terme pour les trains produits au Maroc.
Une usine qui peut changer la dimension du secteur
La fabrication de trains de proximité constitue donc l’un des points stratégiques du programme.
Si elle se concrétise à l’échelle annoncée, cette implantation permettrait au Maroc d’ajouter le ferroviaire aux filières industrielles dans lesquelles le Royaume cherche à approfondir son intégration locale.
Le programme peut également générer une demande durable pour des activités connexes : équipements électriques, câblage, électronique, systèmes embarqués, ingénierie, pièces mécaniques et maintenance.
L’ONCF prévoit parallèlement des partenariats avec les constructeurs pour assurer la maintenance des nouvelles rames sur plusieurs années.
Un programme ferroviaire de 96 milliards de dirhams
L’acquisition des trains s’intègre dans un programme plus vaste de 96 milliards de dirhams.
Sur ce total, 53 milliards sont consacrés aux infrastructures et équipements de la nouvelle LGV Kénitra-Marrakech, 29 milliards à l’acquisition des 168 trains et 14 milliards au maintien de la performance du réseau existant.
La nouvelle ligne à grande vitesse s’étend sur environ 430 kilomètres. Elle doit prolonger vers Marrakech l’axe déjà opérationnel entre Tanger et Kénitra, tout en libérant de la capacité sur certaines lignes classiques pour développer les services régionaux et métropolitains.
L’ONCF souligne également que près de 150 entreprises sont déjà mobilisées sur les différentes composantes du programme et qu’environ deux tiers d’entre elles sont marocaines.
À l’horizon 2030, la transformation du rail marocain ne se jouera donc pas seulement sur le nombre de kilomètres de voies nouvelles ou de trains mis en circulation. Le véritable changement d’échelle pourrait résider dans la capacité du Royaume à convertir ces commandes en production locale, en transfert de savoir-faire et, à terme, en une industrie ferroviaire capable de viser des marchés extérieurs.

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