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    Par:  

    Abdelhak Najib

  • 11 août 2020  à 13:33
  • Temps de lecture: 7 minutes
  • CULTUREFatalisme et fatalité

    Fatalisme et fatalité

    Un ami politologue nous pose la question de l’air le plus sérieux possible, comme ébahi devant l’énormité de sa propre question : «Avons-nous réellement besoin d’un gouvernement, aujourd’hui au Maroc ?» Cela sonne comme un couperet, après un réquisitoire «mûrement réfléchi», pour reprendre la formule, usitée par le chef du gouvernement marocain le 26 juillet 2020, désormais connue comme “La nuit de la fuite”. À cette différence que la décision de faire sortir les Marocains à 6 heures de l’après-midi, pour défier le temps compté, les routes bloquées, les accidents mortels, les embouteillages monstres et les risques de mort certaine, la question de notre ami, professeur de sciences politiques, se légitime du simple fait que les erreurs accumulées par ce gouvernement qui réfléchit longtemps, sont nombreuses et très lourdes de conséquences. Nos confrères ont titré : «Y a-t-il un pilote dans l’avion ?» «Les responsables du massacre du 26 juillet doivent payer ». «Le chef du gouvernement doit démissionner ». «De qui se moque le chef du gouvernement ? » Ce dernier titre répond peut-être à une vidéo où ce même chef de l’exécutif dit, en riant et en faisant de l’humour, «Ce n’est pas un miracle des temps que je devienne chef du gouvernement ? » Si l’intéressé n’y croit pas, pourquoi voulez-vous qu’on y adhère ?  Notre ami ajoute : « Le Maroc a un Roi et une Administration qui fonctionne.

    Le gouvernement semble être une formalité ». Dans un sens, il a raison. Remarquez que c’est toujours le Roi qui prend les bonnes décisions. C’est toujours le Roi qui prend les bonnes initiatives. C’est toujours le Roi qui réfléchit mûrement l’avenir de ce pays. C’est encore le Roi qui pense aux populations. C’est encore et toujours le Roi qui répare les erreurs de certains de nos ministres. Et de l’autre côté, il y a une Administration rôdée, avec ces travers et ses problèmes, mais elle travaille, elle fait ce qu’il faut pour que le Maroc tourne et avance. Sans vouloir minimiser le travail du gouvernement, excepté quelques rares responsables, le reste est aux abonnés absents. Aucune initiative. Aucune audace.  Aucune vision. Aucune prise de risque, parce que la politique, surtout par temps de crise, c’est aussi prendre les devants, affronter ce qui ne va pas, se battre pour les populations, monter au créneau, proposer des idées, des plans A, B, C et Z. Ce qui n’est pas le cas. Certains observateurs se demandent même s’il y a encore un gouvernement dans ce pays ? A juste titre, du reste. L’état sanitaire du pays va de plus en plus mal. Nous comptons les morts chaque jour, et la liste s’allonge. 

    Les populations souffrent et se disent oubliées, marginalisées par ce même gouvernement et en appellent à la générosité du Roi pour les aider, pour les sauver. Quand les choses ont un semblant que ça va bien, certains politiciens se gargarisent. Quand ça va mal, Sa Majesté est là. L’équation devient du coup très simple et sans inconnue : le Roi, le Peuple, la Nation. Et le gouvernement ? On s’en passe. Puisqu’il brille par son absence. Puisqu’il est invisible. 

    Puisqu’il a revendiqué son droit au mutisme et à l’immobilité. Nous passons sur les erreurs de casting dans les gouvernements marocains. Nous mettons de côté les incompétences de beaucoup de responsables : mais aujourd’hui, le chef du gouvernement a montré toutes ses limites. L’ancien chef du gouvernement lui a légué des facéties, de l’humour inapproprié et des sorties de pistes. Et l’homme responsable des Droits de l’Homme est au cœur d’un scandale corsé. Notez que c’est le même parti politique. Ses trois ténors ont échoué. La messe est dite. « Le Maroc, surtout avec cette grave pandémie, mérite un grand chef de gouvernement », confesse notre ami politologue. Mais lequel ? Où le trouver ? Tu as des noms à proposer ? Ou avons-nous enterré le dernier grand politicien avec le départ de monsieur El Youssoufi, parti alors que le pays était confiné… 

    Le moment est grave. Le Maroc traverse l’une de ses plus grandes crises sanitaire, humaine et économique. Quant à la crise politique, il n’y en a pas. Savez-vous pourquoi ? Parce que la politique et les politiciens font défaut. Cela s’apparente à une démission presque généralisée, ce silence, ces cafouillages, ces erreurs à la pelle, ces approximations, ces dérives, ces voix dissonantes, cette cacophonie stridente. Chaque responsable dit ce qu’il veut. Quitte à dire le contraire de l’autre. Chacun y va de son cru. Chacun apporte une preuve supplémentaire que la chose politique au Maroc est en déshérence. Errance de discours, contradictions des propos, amalgames des prises de positions, le tout mâtiné des petites et archaïques et hors de propos guéguerres des hizbicules. Puisqu’il ne faut pas se leurrer, il n’y a plus de parti fort dans ce pays. Il n’y a plus de parti fédérateur. Un parti avec des voix sérieuses, des voix fortes, des leaders crédibles, charismatiques et au fait de ce que les populations attendant, au fait d’où va le pays et de ce que sera l’avenir de tous dans cette chère Nation. Les véritables hommes politiques, quelle que puissent être leur obédience se distinguent par temps de grave crise. Ils imposent leur vision. Ils se battent pour sortir le pays de l’ornière et le faire avancer. Aujourd’hui, ce n’est absolument pas le cas. En dehors du Roi Mohammed VI qui se bat, qui parle au peuple, qui rassure les populations, qui propose, qui trouve des solutions, qui lance des projets, qui prépare le futur de cette Nation, le reste patauge dans des désirs de maroquins jusqu’aux prochaines élections. 

    Triste réalité que vit mon pays, aujourd’hui. On dirait qu’une sorte de fatalité du ratage poursuit les gouvernements qui se succèdent. Il est impardonnable pour ce pays de faire presque un sans-faute durant 90 jours, avec la discipline des populations (ce qui en a surpris plus d’un), une grande cohésion, une vision, puis la débandade, les dissonances, le chacun tire la couverture vers lui-même, l’absence criarde d’un début de logique. On ne reviendra pas sur ceux qui sont responsable de ce fiasco. Ils se sont désignés eux-mêmes aux yeux de tous les Marocains. Mais nous devons souligner avec insistance que ce sont nous, les Marocains, qui sommes allés dans les bureaux de vote, certes, nous n’étions pas des légions (taux d’abstention alarmant, vous souvenez-vous ?), mais ce sont ces mêmes populations qui ont porté tel parti à la chefferie du gouvernement. Ce sont les choix de beaucoup d’entre nous qui se sont avérés mauvais, caducs et hors piste. Vous allez nous demander : C’est quoi la solution alors ? Personne d’entre nous n’a la science infuse, sauf les responsables du gouvernement marocain qui semblent satisfaits de leurs erreurs, défiant, du coup, les voix du peuple, la colère des médias, dans une configuration où nous enterrons des frères et des sœurs, tous les jours. Comme nous sommes gérés en ce moment par un parti islamiste, il faut peut-être se rendre à la fatalité de la prière ! Puisque c’est tout ce qui semble proposé : fatalisme et fatalité. En attendant une sortie du tunnel, c’est bien la médiocrité qu’il faut confiner au Maroc. Les Marocains et leur Roi méritent beaucoup mieux.         

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