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FAO: Une crise alimentaire redoutée mais peut être évitée

LA VÉRITÉ / MAP


Partout dans le monde, se nourrir coûte de plus en plus cher. Les tickets de caisse des consommateurs pèsent lourd sur leurs portefeuilles, déjà fragilisés par la crise sanitaire. Remplir son panier d’épicerie s’avère une tâche difficile voire impossible pour les plus vulnérables. L’inflation a gagné les prix des produits alimentaires, notamment les denrées vitales, au plus haut depuis près de dix ans, alors que la famine menace de se propager à travers le monde. Et cela risque de s’aggraver, certainement pendant l’année en cours, selon plusieurs experts qui redoutent une sérieuse crise alimentaire mondiale.

 »Les tendances récentes en matière d’insécurité alimentaire sont alarmantes », a affirmé à la MAP Upali Wickramasinghe, économiste à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Les consommateurs du monde entier ne devraient pas voir d’amélioration sur les étals de marché. Les étiquettes ont affiché des prix records en mars. L’Indice FAO des prix des produits alimentaires s’est établi à 159,3 points en mars 2022, son plus haut niveau depuis sa création en 1990.

Blé, produits laitiers et huiles végétales sont tout particulièrement concernés, a signalé l’expert, rappelant que l’indice FAO, qui agrège les prix sur les marchés internationaux de plusieurs denrées de base (céréales, sucre, viande, produits laitiers…), a déjà grimpé de plus de 28% en 2021.

Cette nouvelle hausse s’explique par les niveaux historiques atteints par les sous-indices des huiles végétales, des céréales et de la viande et par l’augmentation, elle aussi considérable, de ceux du sucre et des produits laitiers.

Des constats alarmants qui alimentent des doutes de voir une crise économique et alimentaire s’installer, alors que le monde n’en a toujours pas fini avec l’impact de la pandémie de Covid-19.

Plusieurs raisons conjuguées expliquent ces hausses. Le conflit en Ukraine a exacerbé l’insécurité alimentaire à travers le monde, a relevé M.Wickramasinghe, notant que la Russie et l’Ukraine réalisent ensemble près de 30% des exportations mondiales de blé et près de 80% des exportations mondiales d’huile de tournesol.

Une forte demande mondiale est venue mettre l’offre sous pression, a expliqué l’expert, soulignant que les chaînes d’approvisionnement alimentaire ont été perturbées dans le monde entier.

Au-delà de la guerre en Ukraine, une combinaison de facteurs ont mené à cette situation.

« A cause de la crise sanitaire, il est devenu difficile pour les migrants de franchir les frontières, ce qui a limité la main-d’œuvre, l’un des principaux acteurs de la production », a-t-il fait observer, notant que la volatilité des prix du pétrole et du gaz est également largement responsable des hausses des prix.

L’agriculture est une activité énergivore. La flambée des factures énergétiques a fait grimper les coûts de transport mais encore des engrais.

Par ailleurs, M.Wickramasinghe a indiqué que des aléas climatiques sont intervenus dans différents pays producteurs et ont réduit les récoltes, notamment la Niña, ayant pour origine une anomalie thermique des eaux équatoriales de surface de l’océan Pacifique centre et caractérisée par une température anormalement basse de ces eaux.

Ce phénomène rend certaines régions extrêmement humides et d’autres extrêmement sèches, ce qui impacte la production agricole.

Tous ces facteurs s’inscrivent dans un panorama déjà préoccupant où près d’une personne sur dix souffre de la faim, et un tiers de la population mondiale n’a pas accès de façon régulière à une alimentation adéquate.

Selon l’économiste, l’impact pourrait particulièrement se ressentir aux niveaux de certains pays déjà menacés par l’insécurité alimentaire, notamment le Congo, le Nigeria, l’Afghanistan et le Yémen.

En 2008, le monde a connu une forte crise alimentaire qui a mené le nombre de personnes souffrant de malnutrition à plus d’un milliard et a mis à rude épreuve les portefeuilles des consommateurs. Cependant, cette crise a été “relativement courte” grâce à la réponse rapide du système alimentaire mondial.

La communauté internationale doit aujourd’hui réagir en urgence, accroître son engagement politique et adopter de nouvelles approches, afin de remédier à la fragilité des systèmes agroalimentaires mondiaux, de favoriser le développement rural et de restaurer les équilibres, a estimé l’expert.

Selon le directeur général de la FAO, une crise alimentaire mondiale de l’ampleur de celle de 2008 peut encore être évitée à condition d’agir plus fort!


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