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Fake News et citoyen marocain

LA VÉRITÉ


La montée de la désinformation représente aujourd’hui l’un des défis majeurs auxquels doivent faire face les sociétés modernes. Au Maroc, ce phénomène prend une ampleur préoccupante, s’attaquant directement au citoyen, influençant ses perceptions et brouillant sa compréhension des enjeux publics. Dans un environnement dominé par les réseaux sociaux, les algorithmes de recommandation et l’absence d’une culture numérique solide, les contenus trompeurs circulent avec une rapidité déconcertante, créant un terrain fertile pour la manipulation et l’instabilité.

Lors de la présentation de l’ouvrage « Lutter contre la désinformation savoirs, enjeux et pratiques » de Mohamed Benabid au Policy Center for the New South, l’auteur a rappelé que la désinformation ne constitue pas un accident isolé, mais un symptôme profond d’un déséquilibre démocratique durable. Elle prospère particulièrement dans les contextes fragilisés, où les citoyens disposent de peu d’outils pour vérifier les informations qui leur parviennent. Au Maroc, cette fragilité se manifeste par un manque d’éducation numérique, une dépendance accrue aux réseaux sociaux et l’absence de mécanismes accessibles pour discerner le vrai du faux. Maintenir le citoyen marocain dans une situation de non-éducation numérique pourrait par ailleurs entraver les orientations royales et les ambitions du Maroc Numérique Horizon 2030, qui visent à renforcer la transformation digitale et à développer une société connectée, responsable et informée.

Fort de son double ancrage dans les médias et la recherche académique, Benabid insiste sur l’importance d’une réponse structurée et articulée autour des plateformes numériques, des médias et du public. Les plateformes doivent renforcer la transparence, détecter les comptes malveillants et réduire la portée des contenus trompeurs. Le public, lui, doit être accompagné dans le développement de son esprit critique à travers des programmes d’éducation aux médias intégrés dans les espaces scolaires, culturels et communautaires.

Mais c’est surtout le rôle des médias nationaux qui appelle aujourd’hui une critique constructive. Malgré leur position centrale dans l’espace public, les médias marocains n’ont pas encore pleinement embrassé la mission de sensibilisation régulière à la désinformation. Les initiatives existantes demeurent ponctuelles, dispersées et souvent insuffisamment médiatisées, laissant un vide que les campagnes de manipulation exploitent aisément. La mise en place de programmes médiatiques structurés, réguliers et accessibles, dédiés à la dénonciation des fake news, apparaît comme une nécessité urgente. Un format hebdomadaire, une sorte de Weekly Report de la désinformation, permettrait de présenter de manière claire les intox les plus relayées, d’en expliquer les mécanismes et de fournir au public des outils simples pour ne plus s’y laisser prendre. Ce type de programme contribuerait non seulement à assainir l’espace informationnel, mais aussi à renforcer la confiance envers les médias nationaux en les positionnant comme des acteurs pédagogiques engagés dans la protection du citoyen.

En dénonçant chaque semaine les rumeurs, manipulations visuelles, citations tronquées ou montages viraux, les chaînes de télévision, radios et plateformes de presse en ligne joueraient un rôle de rempart contre le chaos informationnel. Elles offriraient au public marocain un rendez-vous régulier, fiable et attendu, participant à la construction d’une culture collective de vigilance numérique.

Dans un pays où le numérique occupe une place croissante dans le quotidien, la lutte contre la désinformation ne peut plus reposer sur des efforts isolés. Elle exige une stratégie nationale cohérente, fondée sur la transparence, la pédagogie et la collaboration entre plateformes, médias et citoyens. Renforcer la résilience du public marocain passe par la valorisation de l’esprit critique, la diffusion d’outils de vérification accessibles à tous et l’engagement clair des médias nationaux dans une mission de service public consistant à éclairer, protéger et accompagner.

C’est en adoptant cette approche globale que le Maroc pourra consolider un environnement informationnel sain, résistant aux manipulations et capable de soutenir une participation citoyenne lucide et éclairée, tout en avançant vers les objectifs stratégiques du Maroc Numérique Horizon 2030.


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