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Face aux urgences du monde moderne, Tanger réaffirme la nécessité de la parole poétique

Kasbah de Tanger : la deuxième édition des Rencontres méditerranéennes érige la poésie en rôle « nécessaire » face à l'urgence matérielle. Vecteur de résistance et rappel des valeurs humaines : les intervenants défendent une parole créatrice libérée de la recherche d'audience massive. Mutation du langage et transmission précoce : la création poétique surmonte les difficultés d'édition en s'investissant dans le slam, le rap et l'éveil de la sensibilité.


Réunis le vendredi 25 septembre 2026 dans l’enceinte de la Kasbah de Tanger, des poètes, écrivains et universitaires ont réaffirmé le rôle fondamental de la poésie face aux urgences matérielles de la société moderne. Organisé dans le cadre de la deuxième édition des Rencontres méditerranéennes par la Fondation Founoun Al Boughaz, cet échange a mis en lumière la création poétique comme un espace de résistance, de transmission et de renouvellement du langage.

Dans une époque marquée par la primauté de l’urgence et des préoccupations matérielles, la parole poétique conserve une exigence de présence et de sens. Ce vendredi 25 septembre 2026, l’enceinte historique de la Kasbah de Tanger a accueilli un débat consacré à la place de la poésie dans les sociétés modernes. Réunissant les poètes et écrivains Kaïsse Ben Yahya et Noureddine Bousfiha, sous la modération du romancier et poète Kebir Mustapha Ammi, cette rencontre s’est tenue dans le cadre de la deuxième édition des Rencontres méditerranéennes de Tanger. L’objectif central de cet échange consistait à interroger le rôle « nécessaire » de la parole poétique au sein des sociétés contemporaines.

 

Une forme de résistance et un rappel des valeurs humaines

Le poète et écrivain Kaïsse Ben Yahya a indiqué que la poésie ne prétend ni résoudre les crises ni arrêter les guerres. La création poétique permet en revanche de rappeler à l’être humain ses valeurs fondamentales et constitue, à ce titre, une forme de résistance. L’intervenant a estimé qu’un poète n’a pas besoin de toucher un vaste public pour accomplir cette mission, l’essentiel résidant dans la circulation continue de sa parole et dans sa capacité à émouvoir.

Détaillant sa démarche créative, l’auteur a décrit une écriture née de l’émotion immédiate, parfois consignée directement sur son téléphone portable. Le choix d’expression en langue arabe ou française s’impose à lui selon la nature de l’idée à véhiculer, tandis que la musicalité des mots et leur portée émotionnelle demeurent au cœur de l’œuvre poétique.

 

Le travail du langage et la diversification des formes d’expression

De son côté, l’écrivain Noureddine Bousfiha a insisté sur le travail méticuleux du langage, des images et des métaphores. D’après son analyse, la poésie offre un regard singulier sur le monde qui permet de révéler des pans de la réalité échappant aux explications ordinaires. L’auteur a néanmoins déploré le manque d’accompagnement dont souffre la poésie dans le secteur de l’édition, tout en soulignant son redéploiement à travers de nouvelles formes d’expression contemporaines telles que le slam et le rap.

Les échanges avec l’assistance ont prolongé la réflexion sur l’accessibilité du texte poétique et sur la place accordée à la sensibilité dans une société souvent dominée par la raison. Les participants ont souligné à cet égard l’intérêt de transmettre et de partager le poème dès le plus jeune âge.

 

Une errance créatrice intégrée à un festival méditerranéen

La matinée poétique s’est également enrichie d’une conversation avec le poète et universitaire Abdelkhalek Jayed, qualifié de « voix buissonnière » des débats. Ce dernier a appréhendé la poésie comme une « errance créatrice et libératrice » résistant à toute tentative de définition rigide. Selon l’universitaire, chaque poète développe une conception propre et une approche singulière modelées par sa vision du monde.

L’événement est orchestré par la Fondation Founoun Al Boughaz – Arts du Détroit, avec le soutien du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication ainsi que de la mairie de Tanger. La deuxième édition des Rencontres méditerranéennes de Tanger, qui se poursuit jusqu’au 27 septembre 2026, est consacrée aux voix, aux regards et aux récits des femmes de la Méditerranée.


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