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    Par:  

    Najib BENSBIA

  • 21 octobre 2021  à 14:31
  • Temps de lecture: 10 minutes
  • CHRONIQUESÉtat de surveillance et pass de toutes les déviances

    État de surveillance et pass de toutes les déviances

    Le Gouvernement marocain vient d’instituer l’obligation de pass vaccinal pour accéder aux lieux et services publics et privés. Pour appliquer cette interdiction d’accès, les autorités ont informé les responsables d’administrations ainsi que les patrons/gérants des établissements industriels, commerciaux et de services (centres commerciaux, restaurants, salles de sport, hammams et tous lieux de loisirs ou assimilés) pour veiller à la mise en application de cette obligation de pass. Or, l’obligation est préjudicielle et le pass est inconstitutionnel. Voilà pourquoi.

    Posons alors la première vraie question : Pourquoi instaurer une obligation de pass vaccinal, est-ce pour disposer de données fiables qui éclaireraient la situation sur une potentielle immunité collective, ou pour instituer des passe-droits, phénomène condamnable par la raison, l’éthique et la loi ? – La réponse est évidente par elle-même, tant ce pass est une aberration plurielle notamment au double plan constitutionnel et normatif.

    Cette interrogation amène une deuxième question conséquente : De quelle autorité des personnes qui ne sont pas investies de l’autorité publique pourraient-ils se réclamer pour mettre en exécution cet interdit d’accès ? Car, à n’en pas douter une seconde, seule un agent d’autorité publique dûment habilité a le droit de mettre en application cette obligation, ce qui n’est le cas d’aucun patron/gérant ou employé de tous les établissements industriels, commerciaux et autres services à la clientèle. En d’autres termes, avec ce pass vaccinal, le pays baigne dans l’imbroglio/fantaisie absolus.

    Un nouvel Exécutif, des erreurs en un temps éclair

    L’enfer est pavé de bonnes intentions dit l’adage. La nouvelle gouvernance a démarré par deux grosses fausses notes. La première concerne le cafouillage quant-à la nomination/démission d’une ministre-femme et son remplacement par un ministre-homme en dehors des partis de la nouvelle majorité. La deuxième est cette obligation de pass vaccinal, en copié-collé des erreurs substantielles commises en permanence par notre reflet/miroir du zèle administratif, la France de notre passé colonial, que nous mimons sans interpeller l’essence de nos décisions.

    Or, ce pays-reflet est un concentré de tous les égarements : racisme, xénophobie, radicalités en tous genres, conservatisme outrancier, recentrage narcissique sur soi, bavardage irrévérencieux interminable, ahurissement national-chauvin…

    En tout état de cause, cette deuxième décision par laquelle ce nouvel Exécutif inaugure sa gouvernance (sic !), est une autre de plus et de trop prise en un temps éclair par un gouvernement que l’on a supposé (parmi les profanes j’entends) être celui de l’espoir (bein voyons !). Cette deuxième malencontreuse incidence du nouvel exécutif pose en fait une question subsidiaire : Quelles sont les catégories de population qui sont encore réticentes à se faire vacciner ?
    Selon les statistiques officielles, les jeunes entre 15 et 35 ans constituent la majorité de cette population.

    Hasard de calendrier ou simple péripétie d’un agenda politique fringant de revanche ? – On le sait pourtant, il n’y a pas de hasard en politique. Cette décision sonne comme une alerte, tant le Chef de gouvernement actuel a un passé récent passif et conflictuel avec cette tranche d’âge, avide de réseaux sociaux et de lobbying en ligne destructeur, qui lui a mené la vie dure dans un passé récent[1].

    Il est dit en arrière base de légitimation de cette décision que l’obligation de pass vaccinal a été prise sur recommandation du Conseil scientifique. Mais, nous interrogeons-nous, quelle est la mission de ce conseil alors : se concentrer sur les données médicales et épidémiologiques pour sortir le pays de la zone rouge de la pandémie, en veillant à garantir la santé des citoyens en priorité, ou ordonner des décisions qui relèvent du pouvoir législatif (et non réglementaire), ce qui n’est ni de son ressort ni de sa mission.

    En tout état de cause, le pass vaccinal n’est pas le produit de ce nouveau gouvernement. Cette initiative était dans la pipe des actions du précédent Exécutif dirigé par une locomotive arrière-gardiste qui a éreinté le Maroc moderne. Il n’en demeure pas moins que le gouvernement à tête islamiste a hésité à installer cette obligation pour diverses raisons dont une, essentielle : Ce pass pose problème, à la fois au plan social, politique et normatif. Au plan stratégique, cette décision est impopulaire, du moins chez les gens rationnels d’abord, chez les citoyens avertis de la tentation de l’autoritarisme ensuite et, enfin, chez tout citoyen critique (au sens constructif bien sûr).

    Pourquoi alors inaugurer cette nouvelle gouvernance par une telle erreur tactique ? Et, en l’occurrence, l’opposition serait bel et bien inspirée de déposer une recours en inconstitutionnalité devant le Cour constitutionnelle pour faire annuler cette décision. Les citoyens lui en sauraient gré, le politique la gratifierait d’un satisfecit indéniable et le sens commun l’approuverait sans réserve.

    Surveiller et punir n’est pas de la gouvernance

    L’Etat de surveillance est devenu aujourd’hui un état de fait permanent, depuis que le Covid-19 a prêté prétexte idéal aux politiques déculturés et à toute la panoplie de répression symbolique de masse. Et, par mimétisme glauque de ce qui se passe ailleurs, dans des pays où le la loi et le Droit contrôlent tout de même les abus et les déviances, les autorités de ce bon pays qui est le nôtre se sont érigés en censeurs sans limites devant l’Eternel, épiant nos pas, cadenassant nos déplacements et censurant notre liberté, toutes nos libertés.

    Il est probable, voire relativement certain, que le vaccin anti-covid soit une arme pour lutter contre ce mal qui nous est venu par inadvertance. Or, tel que les choses virussiennes évoluent un peu partout dans le monde, ce vaccin semble avoir une portée limitée dans le temps et, parfois, non-recommandée de par certains de ses à-côtés néfastes (effets indésirable disent-ils) pour nombre d’individus. Il devrait être cependant clair, dans tous les cas de figure, que se faire vacciner ne saurait relever que de la liberté individuelle et non le résultat de décisions administratives répressives même symboliquement.

    Or, en mimant les autres pays de manière tardive, notamment la France chez qui nous empruntons toutes les décisions et pratiques déviantes, sans tenir-compte des réalités citoyennes locales, l’Etat trouve là un terrain propice pour donner un autre tour de vis à ce qui est déjà étroit, nos espaces de respiration et nos sphères de circulation, cela en affront direct aux dispositions constitutionnelles et normatives bien établies. Il faut, à cet égard, souligner que les pays à tradition démocratique pérenne et réelle n’ont imposé aucun pass vaccinal pour, justement, ne pas stratifier leurs populations en bons élèves disciplinés et en récalcitrants à punir, ce qui est le propre de cette obligation de pass vaccinal dont nous découvrons, Ô bel hasard ( !), les vertus.

    Instaurer une obligation de pass vaccinal relève donc non seulement d’un mimétisme glauque et injustifié du point de vue des us et coutumes nationales, d’une part et, d’autre part, de la réalité des pratiques populaires. Cette décision peut être considérée, également et surtout, comme une affliction à nos sentiments de citoyens ne jouissant déjà que de ce que les gouvernants daignent à nous reconnaître pour ne pas mourir complètement bêtes.

    Par ailleurs, ce qui est plus vicieux, cet acte administratif (ce qu’il est dans les faits et le Droit) se fraie son chemin immunitaire (c’est vraiment le cas de le dire) en conquérant, car l’on sait (là où cela a été décidé) que personne n’oserait contre-attaquer cet acte devant une quelconque autorité judiciaire ou constitutionnelle. Car, ni devant le tribunal administratif ni auprès de la Cour constitutionnelle (qui exclut le citoyen de toutes les façons), un tel recours ne saurait être sollicité pour bloquer cette décision pour le moins abusive, pour la simple raison que le citoyen n’a pas confiance en ce qui en adviendrait après coup ou parce qu’il en ignore la possibilité.

    Le pass vaccinal, une anomalie aux plans normatif, légal et de bonne gouvernance

    Le pass vaccinal est une violation de la liberté au regard de l’esprit, de la lettre et de la philosophie de la constitution de 2011. Un tel acte crée des obligations, donc une limitation de la liberté citoyenne que seul le législateur est en droit de prendre et non le politique. Or, cela est tautologique, tout gouvernement est guidé par des ambitions politiques et non par des a priori éthiques, d’où la propension à l’erreur.

    Le pass vaccinal est un instrument d’exclusion et non un alliant de cohésion, qu’elle soit sociale, sanitaire ou civique. C’est pourquoi ce nouvel acte répressif constitue, par ailleurs et par extension de lecture comparée, un mimétisme glauque qui ne puise son fondement d’aucune essence normative, même et surtout en termes de santé publique collective. Car, au moment où les 2/3 environ de la population est vaccinée (21,088 millions d’habitants ayant reçu les 2 doses, au 19 octobre 20211, sur une population totale de 36 millions d’habitants), sortir cette carte mélodramatique comme une boite de pandore ne se justifie aucunement.

    Il est bien patent, en effet, que le tiers restant non vacciné est celui qui fera l’objet d’une double sanction : cible à la fois d’une potentielle contamination et l’exclu de tous les espaces d’utilité sociale. De quelle logique/justice relève donc ce nouvel interdit, qui s’ajoute à tous les autres qu’endure le citoyen ? Car, au final, si l’Etat a pour objectif principiel de vacciner tous les citoyens, pourquoi n’ouvre-t-il pas les dispensaires et centres de soins de proximité à la vaccination, voire à mobiliser des unités mobiles qui vont vers le citoyen au lieu d’obliger celui-ci à aller vers des centres précis dédiés ?

    De fait, on pourrait croire que l’arrière-fond de ces lieux de vaccination exclusivement identifiés aurait un objectif non déclaré de fichage de masse. D’où le rebus que cela suscite auprès de nombre de récalcitrants à se faire vacciner au regard de cet encadrement pour le moins zélé, indépendamment des raisons subjectives que les poussent à refuser de se faire vacciner.

    C’est en cela que l’on pourrait considérer cette obligation de pass vaccinal comme une sorte de chantage qui obligerait le citoyen à obtempérer. Aussi et en définitive, à défaut de subir en permanence un capitalisme de surveillance qui opère un peu partout à travers le monde, nous voilà soumis, de nouveau, au prisme de l’Etat de surveillance, cet état de fait qui nous rappelle un passé pas très glorieux de ce bon pays qui est le nôtre, malgré tout !


    Note :
    [1] Les produits du Groupe industriel de M. Aziz Akhannouch, actuel Chef de gouvernement, ont fait l’objet d’une sévère campagne de boycott sur les réseaux sociaux en 2018, qui ont causé des pertes financiers et boursières énormes et entrainé un déficit d’image dont les traces restent encore vivaces dans les esprits de Marocains.

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